Conférence
de presse du 08 décembre 2005
L’importance
des modèles économiques
dans
les négociations internationales
I
Les
modèles économiques :
un rôle central dans les négociations internationales
Un modèle est une construction
intellectuelle qui permet de synthétiser et de quantifier les
différents effets, parfois contradictoires d’une politique économique grâce à une
simplification de
la
réalité. Par analogie, on peut considérer qu’un modèle
économique a les mêmes fonctions qu’une paire de lunettes :
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> être adapté aux
problèmes de vision spécifique que l’on a.
Ainsi, l’utilisation d ‘un modèle économique sera
différente selon que l’on cherche à se projeter 15 ans ou 30 ans dans
l’avenir, ou si l’on s’intéresse à l’impact
d’une suppression des barrières douanières ou à l’effet
d’une libéralisation totale des marchés agricoles.
> être le plus
transparent possible car l’objectif est d’avoir une vision
précise et fidèle des réalités probables.
Ces deux termes sont essentiels car il ne faut pas rechercher une clarté
factice qui serait obtenue par le biais d’un prisme déformant. Tout
modèle doit donc faire connaître ses limites et ses imperfections afin de
pouvoir en tenir compte dans les conclusions qu’on en tire. |
Les modèles économiques peuvent être
utilisés dans des domaines très variés, dès qu’il s’agit de mesurer
l’impact d’une politique, reposant sur des
hypothèses clairement définies. Il en existe des centaines de par le monde
et, dans tous les domaines d’activité : l’énergie, les
transports, l’industrie, la santé,…
Leur utilisation s’est fortement répandue depuis le milieu des années
1990 (au lendemain de l’Uruguay Round), et ils contribuent directement
aux décisions politiques importantes car ils sont devenus le langage
universel des négociations.
Ceci est dû à deux principales
raisons :
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> Ils disposent aujourd’hui de capacités
de simulation de plus en plus grandes.
> La prééminence de la culture anglo-saxonne
d’inspiration libérale dans les enceintes internationales leur confère un rôle prépondérant. |
Les modèles économiques sont ainsi
devenus de véritables supports de communication et ont abandonné leur
rôle initial de simple outil d’aide à
la décision. Ils ne se
contentent plus d’éclairer l’opinion,
mais tendent à la façonner et à l’orienter.
Les modèles économiques sont donc utilisés comme de véritables armes
stratégiques au sein des négociations internationales, par la
plupart des grandes institutions et des gouvernements. Il faut noter à cet
égard que l’Union
Européenne ne dispose pas de modèle agricole en propre et cherche à en
développer un sur la base du modèle américain du Fapri.
Lorsque l’on voit le rôle
stratégique et déterminant des modèles économiques dans la poursuite des
négociations, on ne peut que s’inquiéter d’une telle situation.
Les trois modèles principalement utilisés au sein des négociations
internationales sont :
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> le modèle de
la Banque Mondiale (modèle Linkage),
qui bénéficie d’une très forte crédibilité auprès des grandes
instances internationales, et qui oriente fortement l’évolution des
négociations de l’OMC.
> le modèle du Fapri (Food and Agricultural Policy Research Institute),
élaboré au sein de deux universités américaines (Iowa et Missouri), qui est
un modèle très influent dans l’élaboration des scénarios d’accord
à l’OMC.
> le modèle de l’OCDE (modèle Aglink),
assez proche du Fapri, qui permet aux pays de
l’OCDE de donner un cadre commun à leurs simulations. |
II
Les
grandes imperfections des modèles internationaux agricoles
Bien que par définition, un modèle
soit une simplification de la réalité, les modèles économiques utilisés dans le cadre des négociations agricoles internationales notamment à l’OMC reposent sur une vision simplifiée et imparfaite ne prenant
pas en compte les caractéristiques spécifiques et stratégiques de
l’agriculture. Ils faussent ainsi la vision de
l’avenir du monde et justifient des stratégies inadaptées et lourdes de
conséquences.
Cette situation conduit l’agriculture mondiale dans une véritable impasse, aussi bien pour les PED,
que pour l’Europe et même les Etats-Unis et empêche qu’une véritable stratégie mondiale de lutte contre la
pauvreté ne soit définie.
C’est
pourquoi le MOMA demande un report des
négociations agricoles dans le cadre de l’OMC,
le temps qu’un vrai modèle, fondé sur les sept critères qui doivent
guider les décisions internationales, soit réalisé.
Il est donc urgent,
et c’est le premier combat du MOMA de :
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> Démontrer les
imperfections et insuffisances majeures des modèles utilisés dans les
négociations internationales.
> Présenter
l’architecture du futur modèle, qui présidera à
l’organisation équitable des échanges internationaux et que le MOMA
développe dès à présent : le modèle NRA. |
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Les
insuffisances et imperfections majeures :
Les principaux modèles agricoles
internationaux :
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> considèrent que la
demande est totalement élastique par rapport aux prix…
c’est-à-dire qu’on mangera au moins deux fois
plus si le prix du produit agricole est divisé par deux.
> n’intègrent pas les
accords préférentiels essentiels pour les PED, ce qui
donne l’illusion que la suppression systématique des
droits de douane enrichirait les pays pauvres.
> estiment que le
secteur agricole est complètement indépendant de son environnement,
une sorte de « lévitation bienheureuse » où ni
l’énergie, ni les coûts de transports, ni les réglementations
phytosanitaires, ni les contraintes environnementales ne sont intégrées.
> supposent que l’économie se
trouve en situation de plein
emploi.
> partent du principe, selon la
plus pure théorie économique du début du XIXe siècle, que l’offre
s’ajuste automatiquement à la demande, ce qui
néglige totalement l’impact des facteurs climatiques, des
phénomènes de spéculation et de stockage.
> enfin considèrent le
capital comme indéfiniment disponible, partout, à tout
moment et sans coût. |
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En un mot, ces modèles,
qui pourtant constituent le socle de toutes les décisions techniques et
politiques prises dans le cadre de l’OMC, et
par ricochet dans le cadre de la PAC, sont des instruments
inadaptés qui peuvent mettre en péril
l’équilibre du monde si on les applique sans discernement.
C’est ainsi que, selon eux, la
libéralisation des marchés agricoles engendrerait des gains de
bien-être pour l’ensemble des populations du monde, de 340
milliards de dollars pour la collectivité mondiale dont 240 iraient vers les PED.
Non seulement, ce montant est très faible en termes de PIB mondial (0.8%),
mais récemment il a été révisé à la baisse par des économistes de
la Banque Mondiale à un niveau de gain très faible, de l’ordre de 25 milliards
de dollars par an pour les PED, ce qui équivaudrait à 1 euro par
an et par habitant pendant 10 ans pour ces populations. Ce
n’est pas avec un montant aussi dérisoire que ces pays sortiront de la
pauvreté.
Enfin, il suffirait de faire varier
une hypothèse pour que l’on aboutisse à un résultat totalement
différent.
Comment dans ses conditions, accepter que ces modèles constituent la base de
négociations internationales qui auront directement ou indirectement un
impact sur les 2,6 Milliards de la population mondiale agricole (soit environ
41% de la population mondiale) !
Les sept
critères sont :
Les principaux modèles
agricoles internationaux :
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1 Le niveau de dépendance vis-à-vis
de l’extérieur
2 La
prise en compte des risques climatiques et de marché
3 Les effets sur la pauvreté
4 La croissance et les effets
intergénérationnels
5 La prise en compte de
l’innovation
6 Le lien entre
l’environnement et l’équilibre des marchés
7 Le développement durable et
l’avenir de la planète |
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Une analyse précise
des modèles agricoles internationaux à l’aune de ces sept critères,
menée par les économistes du MOMA, est disponible sur le site internet du MOMA.
>
Illustration de la fragilité des modèles agricoles standard
Les conclusions
optimistes en termes de bien-être des modèles standard, dans le cas
d’une libéralisation des échanges agricoles internationaux, sont
totalement infondées car elles résultent
d’un ajustement automatique de l’offre à la demande, ce
qui n’est évidemment pas le cas en agriculture,…
Gains ou pertes de PIB
associés à la libéralisation des échanges dans le cas des modèles standard |

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Ces conclusions
optimistes deviennent une évolution chaotique de gains et pertes en termes de
bien-être dès que l’on intègre une seule variable complémentaire mais
essentielle : l’ajustement aléatoire de l’offre à la demande.
Gains ou pertes de PIB
associés à la libéralisation des échanges en prenant en compte
une seule spécificité du secteur agricole |

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