A new vision for agriculture
momagri, movement for a world agricultural organization, is a think tank chaired by Christian Pèes.
It brings together, managers from the agricultural world and important people from external perspectives,
such as health, development, strategy and defense. Its objective is to promote regulation
of agricultural markets by creating new evaluation tools, such as economic models and indicators,
and by drawing up proposals for an agricultural and international food policy.
Focus on issues

Terre-net
  Regard sur l'actualité  
 

BREXIT
Le budget de la PAC sous pression



Article paru dans Terre-net

18 Septembre 2017

Seule politique européenne financée à 100 % par l'Union, la Politique agricole commune (Pac) est de nouveau au coeur d'une réflexion pour une réforme après 2020, sous la menace de voir son budget réduit au profit de nouvelles initiatives.

« Je suis en politique depuis 32 ans. Et je n'ai jamais vu une discussion dans le contexte du budget de l'UE sans que tout le monde ne veuille récupérer de l'argent attribué à l'agriculture. Parfois ils réussissent, parfois non », a reconnu Phil Hogan, le commissaire européen à l'agriculture lors d'une réunion début septembre à Tallinn.

Depuis le milieu des années 1980, la part de la Pac dans le budget européen a été réduite de moitié, pour en représenter un peu moins de 40 %. Dans le même temps, avec l'élargissement, le nombre d'agriculteurs a été multiplié par deux. Elle a vu d'importantes réformes, en particulier sur les aides directes (70 % du budget de la Pac) qui ne sont plus corrélées aux types et volumes de production, et désormais pour un tiers liées au respect de certaines pratiques agricoles durables.

Mais les ambitions de la Commission Juncker et les nouveaux défis à relever - défense, sécurité, lutte antiterroriste, migration - risquent de peser sur les fonds de la politique agricole. Fin juin, la Commission a publié un « document de réflexion » sur « l'avenir des finances de l'UE ». Et dans les cinq scénarios qu'elle imagine, quatre supposent un budget moins élevé pour la Pac.

Phil Hogan le concède, il va se retrouver « sous une pression certaine question finances » pour son budget. D'autant plus que le départ prévu du Royaume-Uni de l'UE va laisser un trou de 12 milliards d'euros dans le budget après 2020. Une des solutions, optimiste, serait que les Etats membres augmentent leur contribution nette au budget.

Dans une étude portant sur l'effet du Brexit sur le budget de l'UE, Jörg Haas et Eulalia Rubio, chercheurs à l'Institut Delors, estiment qu'« en ce qui concerne la politique agricole commune, l'impact d'une hausse des contributions serait distribué entre un moins grand nombre de pays ». Ainsi l'Allemagne pourrait voir ses contributions à la Pac augmenter d'1,2 milliard d'euros. « Les pays les plus affectés par le Brexit dans ce domaine sont probablement ceux qui sont déjà plus ouverts à une réforme du modèle financier de la Pac », notent les deux auteurs. « La seule exception, qui pourrait créer la surprise, c'est la France, qui a traditionnellement été un fervent défenseur de la Pac mais qui en est un contributeur net aujourd'hui et paierait encore davantage après le Brexit », poursuivent-ils.


Sauver le budget

Le document de réflexion sur l'avenir des finances de l'UE avance une proposition clé pour la Pac, bien loin de faire l'unanimité : le co-financement par les Etats membres des aides directes, accompagné d'une réforme visant à réduire les paiements directs aux grandes exploitations.

« Le budget agricole doit être sauvegardé. Il est nécessaire de maintenir l'autonomie budgétaire en Europe », soutient Michel Dantin, co-auteur avec le ministre allemand de l'agriculture, Christian Schmidt, d'un rapport pour son groupe, le PPE (conservateur), principale force politique au Parlement européen. Selon eux, le co-financement « reviendrait à renationaliser la Pac et pourrait potentiellement fausser le marché unique ».

Pour le ministre portugais de l'agriculture, Capoulas Santos, la solution est de donner un rôle pivot aux agriculteurs dans l'une des grandes batailles politiques à venir : la lutte contre le changement climatique. « Pour défendre un bon budget, les agriculteurs doivent devenir des défenseurs de l'environnement », a-t-il assuré.

L'eurodéputé socialiste français Eric Andrieu confesse à l'AFP son agacement devant la frilosité du débat sur la réforme de la Pac. « Tous les budgets agricoles d'autres Etats-continents, le Brésil, la Chine en particulier, ont été majorés », observe-t-il. « On traite de la santé humaine, de l'environnement, de l'emploi et des territoires. Il faut des politiques publiques pour accompagner, mais il faut d'abord fixer le niveau de objectifs », plaide Eric Andrieu. « Autrement la sécurité alimentaire en Europe, dans les 15 ou 20 ans qui viennent, au regard du contexte climatique, technologique et économique, sera menacée si on ne mène pas une vraie réforme ».


Terre-net
Page Header
Paris, 24 October 2017