A new vision for agriculture
momagri, movement for a world agricultural organization, is a think tank chaired by Christian Pèes.
It brings together, managers from the agricultural world and important people from external perspectives,
such as health, development, strategy and defense. Its objective is to promote regulation
of agricultural markets by creating new evaluation tools, such as economic models and indicators,
and by drawing up proposals for an agricultural and international food policy.
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Gestion de la ressource des thonidés : un exemple de construction d’une gouvernance mondiale efficace

28 Novembre 2016


La pêche est souvent prise en exemple pour illustrer les enjeux de la gestion collective des ressources communes. On parle même parfois de « tragédie des communs » en paraphrasant l’écologue Garett Hardin pour parler de la difficulté à faire coïncider intérêts particuliers et intérêt collectif via des règles de gestion ayant pour but d’éviter l’épuisement d’une ressource. De nombreux débats académiques et pratiques portent sur la gestion des biens communs avec d’un côté ceux qui plaident pour la privatisation des ressources comme seul moyen d’endiguer leur pillage, et de l’autre, ceux qui, avec l’économiste Elinor Ostrom, cherchent à comprendre les fondements d’une gestion réussie de ressources communes.

A rebours des positions défaitistes souvent entendues à propos de la pêche, la gestion de la pêche des thonidés constitue un exemple intéressant de construction d’une gouvernance mondiale d’une ressource naturelle. Alors que les différentes espèces de thons subissaient une pression de pêche excessive mettant à mal l’évolution de la ressource, la mise en place de mesures de gestion adaptés (tailles minimales, poids minimum et surtout quantités maximales à pêcher) a permis d’améliorer franchement la situation du thon rouge en Atlantique et en Méditerranée depuis quelques années. Faire respecter des baisses de quotas de pêche n’a pas été chose aisée mais les résultats sont maintenant à la clé, le plan de reconstitution des stocks engagé en 2006 et renforcé en 2010 a porté ses fruits et les estimations scientifiques de population de thonidés font état d’un quintuplement depuis les années 20001.

Si la surpêche et la pêche clandestine demeurent des défis de taille, l’adoption de plans de gestion durables et concrets, de mesures réglementaires et de recommandations, la mise en place de structures ad hoc de suivi, de contrôle, de surveillance et d’application restent nécessaire pour encadrer la gestion et la conservation durables des ressources halieutiques. On relève d’ailleurs que le contrôle des échanges internationaux constitue un levier possible pour vérifier l’application des recommandations dans chaque pays.

Une telle gouvernance mondiale ne s’est certes pas construite en un jour. Pour l’Atlantique et la Méditerranée, la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (ICCAT) existe depuis 50 ans et compte 51 parties contractantes, dont les États-Unis, le Japon et l'Union européenne. Lors de la 20e réunion spéciale de l’ICCAT à Vilamoura au Portugal le 22 novembre dernier, les contractants ont pu rappeler l’importance de la cogestion et de la préservation des ressources halieutiques. Ainsi ont été approuvées « 19 nouvelles recommandations et cinq résolutions, couvrant un certain nombre de questions importantes relatives aux espèces suivantes : stocks de thon rouge, germon, albacore et thon obèse, ainsi qu'espadon, requins et voiliers. Pour certaines de ces espèces, il s'agissait de la première fois que l'ICCAT adoptait des limites de capture pour l'espadon de la Méditerranée et le requin peau bleue de l’Atlantique »2.

Intégrant avis scientifiques sur les ressources biologiques, intérêts économiques et sociaux des acteurs, gouvernance et contrôle des outils juridiques de gestion, l’ICCAT constitue une initiative exemplaire attestant de la capacité à construire une gouvernance mondiale dès lors que la volonté politique se structure et cherche à s’institutionnaliser. L’expérience montre qu’il faut malheureusement parfois en arriver à des situations critiques pour commencer à envisager des collaborations nécessaires. Il en va de même pour la gouvernance des marchés agricoles, dont la stabilité peut également se rapprocher de la notion de bien commun ou de bien public : personne n’a intérêt individuellement à contribuer à la stabilité mais tout le monde en profite. Les dogmes libéraux ont longtemps voulu nous faire croire que la libre confrontation des offres et des demandes conduirait spontanément les marchés à se stabiliser. On sait qu’il n’en est rien tant les sources d’instabilité des marchés agricoles sont nombreuses. C’est donc là aussi par une meilleure coordination des politiques nationales que la stabilisation des marchés agricoles internationaux sera construite dans une gouvernance mondiale renouvelée.


1 http://www.comite-peches.fr/wp-content/uploads/SCRS2014.pdf
2 http://www.iccat.org/Documents/Commission/Press_release_2016_FRA_final.pdf


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Paris, 26 February 2017