A new vision for agriculture
momagri, movement for a world agricultural organization, is a think tank chaired by Christian Pèes.
It brings together, managers from the agricultural world and important people from external perspectives,
such as health, development, strategy and defense. Its objective is to promote regulation
of agricultural markets by creating new evaluation tools, such as economic models and indicators,
and by drawing up proposals for an agricultural and international food policy.
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Avant que ce monde ne sombre



Lettre économique des Chambres d’Agriculture, Octobre 2017

30 Octobre 2017

Derrière ce titre pour le moins alarmiste, c’est un appel à l’audace politique telle celle qui prévalue lors du New Deal et du Plan Marshall qu’il faut voir. Nous reprenons en effet ci-dessous l’analyse
1 que tire Thierry Pouch, économiste à l’APCA (Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture), du rapport annuel de la CNUCED (Conférence des Nations Unies pour le Commerce Et le Développement)2 intitulé « Au-delà de l’austérité : pour une nouvelle donne (new deal) globale ».

L’organisation des Nations Unies met en avant un nouveau triptyque « reprise, régulation et redistribution » en basant son analyse sur les dégâts de la crise financière de 2008 et de « l’hyper-mondialisation » qui caractérise pour elle l’ordre économique mondial actuel. On relèvera en particulier deux problématiques présentées comme nous éloignant d’un développement économique stable et durable. Tout d’abord le rapport met en avant l’absence d’une Nation « stimulus » pour l’économie internationale. Autrefois porté par les Etats-Unis, ce rôle d’absorption des excédents de l’économie mondiale est désormais vacant. A l’inverse, les politiques d’austérité mises en place pour répondre à la crise ne sont d’aucun recours, et les auteurs pointent la nécessité d’une « stratégie d’expansion coordonnée à l’échelle mondiale et menée par un accroissement des dépenses publiques » pour s’inscrire dans le cadre d’une réalisation des ODD (Objectifs du Développement Durable).

Le rapport pointe également les changements de stratégies des grandes entreprises, qui se sont détournés d’une stratégie d’ « activité entrepreunariale innovante » pour davantage se baser sur la recherche de rentes et de positions dominantes sur les marchés. A la clé, des « profits sans prospérité » et une accentuation des inégalités. Il devient donc urgent de « réparer les déséquilibres de pouvoir » et de promouvoir l’investissement dans l’économie réelle y compris par la dépense publique dans l’esprit du New Deal. L’adaptation au changement climatique et la protection des ressources naturelles en général étant les objectifs complémentaires que la réalité de notre époque nécessitent d’intégrer à la réorientation souhaitée par la CNUCED.

La rédaction de Momagri



Il y a dix ans, surgissait la crise économique et financière. Partie des Etats-Unis avec l’éclatement de la bulle immobilière – crise des subprimes – elle s’est propagée avec une vitesse fulgurante à l’Europe, puis aux pays émergents. Que l’on évite de souffler les bougies pour célébrer l’anniversaire d’une des pires crises qu’ait connu le capitalisme depuis le XIXe siècle, pourquoi pas, mais l’on n'échappera pas à la lecture du Rapport 2017 sur le commerce et le développement publié récemment par la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement). En un mot comme en cent, c’est bel et bien le procès de l’hypermondialisation que dresse la CNUCED dans son dernier Rapport sur le commerce et du développement dans le monde. Dix ans après le tsunami financier qui a déferlé sur les Etats-Unis, se propageant au reste du monde avec une rapidité guère surprenante en raison du degré d’interdépendance des nations, la croissance économique mondiale reste anémiée, en dépit d’un certain regain. Avec ce Rapport, la CNUCED apporte une contribution intéressante, pour ne pas dire décisive, au débat sur les limites de la mondialisation, et la nécessité de réexaminer son mode de fonctionnement et ses finalités. Le Rapport est riche d’enseignements à tirer sur les ravages de la mondialisation, en particulier en matière d’inégalités. L’institution des Nations Unies suggère de définir une « nouvelle donne mondiale », centrée sur la réduction des inégalités et un vaste programme d’investissements publics, dans l’objectif de réveiller une croissance économique inclusive et durable.


Gravité de la crise, inefficacité des réponses

Les mots employés par la CNUCED pour qualifier la crise qui s’étale sur une décennie sont durs, voire très durs. Sans doute pour marquer les consciences et appeler à un sursaut salvateur pour l’avenir du monde. Il est indiqué que les réponses à la crise de 2007 ont davantage porté sur les politiques monétaires, et qu’elles ont prématurément mis en sommeil les politiques budgétaires, lesquelles, nous le savons depuis les années 1930, peuvent puissamment contribuer à restaurer les conditions d’une croissance durable. Si les politiques monétaires accommodantes ont permis aux banques de rétablir leur bilan, la relégation des politiques budgétaires a lourdement hypothéqué la relance de la demande globale, réunissant investissement et consommation. Le privilège accordé au recouvrement de la stabilité du système bancaire et financier occidental illustre le basculement des rapports de force au sein du capitalisme mondial, en faveur de financiers dont la stratégie est prioritairement tournée vers la valorisation de leurs actifs. Dit autrement, faire de l’argent avec de l’argent.


Revenir à l’économie productive

Le processus de mondialisation était présenté par ses promoteurs comme une chance pour les agents économiques. Les vertus du marché devaient à la fois augmenter les richesses produites et accroître les gains de chacun. Il devait s’accompagner d’un retrait de l’Etat des mé- canismes économiques. En réalité, la mondialisation a été pilotée par la finance, obligeant l’économie réelle à s’engager dans des projets spéculatifs dévastateurs, souvent réduits sur du court terme. Au passage, les productions physiques furent reléguées au second plan, à l’instar des matières premières agricoles et des biens alimentaires, dont on supposait qu’ils pouvaient être fournis par des puissances émergentes. La crise a été une puissante force de rappel. L’économie réelle revient au premier plan, et les produits de base, comme ceux issus de l’agriculture, redeviennent des enjeux décisifs pour l’avenir de la planète. Il est ici suggéré de croiser la lecture du Rapport de la CNUCED et celui, également récent, de la FAO. Le Rapport sur l’état de la sécurité alimentaire dans le monde indique en effet que le nombre de personnes sous-alimentées sur la planète augmente à nouveau, après plusieurs années de baisse. Il s’ensuit que, dans la mondialisation en cours, l’agriculture joue et jouera un rôle plus qu’important, et sera au centre de l’avenir du monde, même si le rapport de la CNUCED n’en fait que très peu mention. La CNUCED invite alors à adopter une politique expansionniste coordonnée à l’échelle mondiale. Cela passe par un recyclage des excédents dégagés par certains pays, dont l’Allemagne, dans des projets de croissance, par une politique budgétaire coordonnée et pilotée par les principales puissances économiques mondiales. Ce que préconise ni plus ni moins la CNUCED, c’est de sortir de l’austérité imposée depuis plus de dix ans, qui a engendré inégalités et hausse massive du chômage, et de privilégier l’investissement public (travaux publics, climat…) et de réguler la finance internationale pour canaliser les capitaux vers des projets productifs. On sait que, pour ce qui est de la zone euro, l’austérité économique infligée à plusieurs de ses Etats membres a été dévastatrice, pour les citoyens, pour les infrastructures… A ce jeu-là, nul doute que les agriculteurs peuvent former un levier du redressement de l’économie mondiale. Ils sont en effet ouverts à l’esprit de la modernisation, mais pas sous n’importe quelles conditions.


L’ombre de F.-D. Roosevelt

La CNUCED pousse sa démonstration jusqu’au bout en invitant à élever au rang mondial la politique économique pratiquée dans les années de grande dé- pression par le Président Franklin Delano Roosevelt (1882-1945). Elle y voit une source d’inspiration possible pour relever les défis de demain. Or, au sein de ce New Deal, figurait en bonne place une politique agricole dont la philosophie subsiste encore aujourd’hui. Après des années de mondialisation, de dérégulation des économies, l’étonnement s’empare du lecteur avisé du Rapport de la CNUCED. Car ce dernier tourne le dos à cette mondialisation financière dont les origines sont lointaines. Diagnostic et propositions roboratifs indéniablement. Sauf que n’est pas Roosevelt qui veut. Le personnel politique d’aujourd’hui laisse penser qu’il n’est pas véritablement à la hauteur des enjeux et des défis. Ce n’est pas faire injure au nouveau Président français que de dire que la vision planétaire des questions qui se posent aux sociétés lui fait singulièrement défaut, suscitant, côté chinois, un questionnement bien compréhensible. De plus, Roosevelt sut s’entourer de conseillers – notamment économiques – ayant une conscience aiguë des dangers que courait le monde durant les années 1930, et des périls qui pesaient sur la démocratie américaine en particulier, pour construire une politique robuste et équitable. Preuve en fut l’importance des moyens accordés à l’agriculture, notamment par le prisme de l’aide alimentaire. Le traumatisme de la crise de 1930 reste bien ancré dans la mémoire américaine, et explique que, contre vents et marées, la politique agricole a été pré- servée depuis les années 1930. Une nouvelle étape difficile attend toutefois le Farm Bill à partir de 2018. Avoir une vision du monde n’est guère réductible avec une approche comptable des choses. Le message de la CNUCED devrait être diffusé largement. Il en va de l’avenir de l’économie mondiale. La référence à Roosevelt est lourde de sens en ces temps historiques troublés. A quelques encablures des discussions budgétaires dans l’UE, et singulièrement s’agissant de la PAC, la Commission devrait examiner attentivement ce Rapport de la CNUCED. A bon entendeur…


1 http://www.chambres-agriculture.fr/(...)/National/FAL_commun/publications/National/LETeco377_Oct2017.pdf
2 http://unctad.org/en/pages/PublicationWebflyer.aspx?publicationid=1852


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Paris, 13 December 2018