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Accord de libre-échange UE-Canada : Ce que disent deux rapports accablants sur les effets du Ceta sur l'élevage



Arnaud Carpon, Terre-net Magazine


Article paru sur Web-agri

6 Février 2017

Alors que le Ceta, l'accord de libre-échange entre l'UE et le Canada, pourrait être définitivement voté par le Parlement européen le 15 février, deux rapports accablants pointent du doigt ses incidences négatives sur les filières d'élevage.

En seulement deux semaines, deux rapports sur le Ceta, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, viennent dénoncer les conséquences à venir de son application pour les filières d’élevage françaises et européennes.

Le premier, rendu public le 18 janvier dernier, émane de députés membres de la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale. Ces derniers se sont penchés sur les effets du Ceta sur l’emploi, l’environnement et la démocratie », avec un passage consacré à l’emploi agricole et à la production agricole.

« Le Canada ne pourra exporter, libres de droits, que 50 000 t de viande bovine et 75 000 t de viande porcine par an. Or, il est évident que ces quotas d’importation – qui ne prennent d’ailleurs pas en compte la sortie prévue du Royaume-Uni de l’Union européenne – risquent de déstabiliser des filières d’élevage qui sont particulièrement fragiles dans notre pays », rappelle le rapport parlementaire. « Ces craintes quant à l’effet de l’AECG sur le secteur agricole ne sont pas seulement européennes. Elles existent également au Canada. »

Au vu du court délai avant la signature du Ceta au Parlement européen prévue le 15 février, la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale n’a pas jugé utile de voter une nouvelle résolution s’opposant à l’accord. Entre-temps, un autre rapport se limitant à l’impact sur l’élevage a été rendu public jeudi 2 février 2017.

Ce dernier a été présenté par l’Institut de l’élevage-Idele, l’Ifip et AgroParisTech, à la demande d’Interbev et du groupe Verts au Parlement européen, emmené, rappelons-le, par Yannick Jadot, élu EELV au Parlement européen.

« Aucune étude académique ne s’est penchée sur les conséquences spécifiques de cet accord sur les marchés agricoles et les agricultures de l’Union européenne et du Canada », ont rappelé Yannick Jadot et des représentants d’Interbev, réunis côte-à-côte lors de la conférence de presse.


Différentiel significatif de compétitivité entre l’UE et le Canada

« Il n’y a pas lieu de craindre une arrivée massive et permanente de viandes bovine et porcine canadiennes sur les marchés européens. » Dans un premier temps, les contingents à droit nul resteront limités et peu attractifs, d’autant que les filières canadiennes doivent s’organiser pour fournir du porc produit sans ractopamine et des bovins sans hormone.

Ceci dit, « le Canada se verra offrir de nouvelles opportunités pour développer une production porcine sans ractopamine et bovine sans hormone, avec un contingent offert qui va augmenter. La porte de l’Europe ouverte avec des volumes croissants ne va pas manquer d’intéresser les exportateurs canadiens très performants dans leur capacité à diversifier leurs débouchés et avides de le faire. »

Surtout, « le différentiel de compétitivité dans les maillons engraissement et surtout abattage-découpe entre Canada et l’UE est tel que les contingents ouverts seront pratiquement remplis à coup sûr ». Le contingent de près de 70 000 tec (tonnes équivalent carbone) représentera un quart de leurs exportations totales de viande bovines enregistrées en 2015. Cela constituera donc « une réelle opportunité pour la filière canadienne », un stimulus puissant au développement d’une filière bovine spécifique garantie sans hormone, d’autant que la demande est en expansion dans les grandes villes d’Amérique du Nord. »

Et le rapport d’être plus précis : « Il y a tout à parier que les volumes supplémentaires alloués au Canada seront en quasi-totalité servis en pièces arrière de haute qualité, surtout en côtes et aloyaux, principalement à destination du secteur européen de la restauration hors domicile. Or, c’est là le cœur de la valorisation des carcasses européennes qui est visé. Le différentiel entre les pièces arrière et les avants est beaucoup plus profond au sein de l'UE qu’au Canada. La valorisation des carcasses européennes est donc beaucoup plus dépendante de celle des aloyaux : on estime que ceux-ci représentent près d’un tiers de la valeur pour les animaux de race à viande, alors qu’ils ne font que 20 % des volumes. »


La confiance du consommateur pourrait encore s'effriter

Cette « déstabilisation de ces prix », pointée du doigt par le rapport, « ne sera sans doute pas permanente et systématique ». Mais le risque sera « grandement accru d’une part au printemps-été (saison privilégiée pour la consommation de viandes grillées) et surtout en cas de dévaluation du taux de change du dollar canadien par rapport à l'euro. »

Autre point, plus psychologique, souligné par le rapport : les potentiels effets sur le consommateur français. « La consommation européenne de viande fait face à de multiples crises. La confiance du consommateur européen est actuellement très fragile. Or, les modes de production canadiens sont encore loin de répondre à des standards aussi exigeants que dans l'UE. »

En important davantage de viande canadienne, on risque fort d’importer aussi davantage de suspicion vis-à-vis du produit en général, quelle que soit son origine.


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Paris, 24 February 2017