A new vision for agriculture
momagri, movement for a world agricultural organization, is a think tank chaired by Christian Pèes.
It brings together, managers from the agricultural world and important people from external perspectives,
such as health, development, strategy and defense. Its objective is to promote regulation
of agricultural markets by creating new evaluation tools, such as economic models and indicators,
and by drawing up proposals for an agricultural and international food policy.
A look at the news

A little extra to the pot



Thierry Pouch, Permanent Assemblies of Chambers of Agriculture (APCA),
economic letter, may 2017

May 22, 2017

For milk producers, there is light at the end of the tunnel. The price of butter has indeed risen significantly since August 2016 (+ 69% in one year
1) to return to its 2013 level. On the other hand, the price of skimmed milk powder remains at its lowest.

In the latest editorial of the chambers of agriculture’s economic letter
2, Thierry Pouch questions these divergent developments which once again characterize the dysfunctions of agricultural markets.

Though explanations may be known, they remain nonetheless symptomatic. With regards butter, there has been an increase in world demand and a drop in milk collection, partly due to the reduction of milk production initiated in September 2016. With regards milk powder, Community intervention stocks (350 000 tonnes) were accumulated to limit the crisis before the introduction of aid for reducing production.

Given that these powder stocks account for less than 2.5% of the annual European milk yield, one would be tempted to put their influence into perspective with regards price formation, but this is not the case. The harsh reality of agricultural markets is that a few percent difference in the gap between supply and demand sends prices flying. Thus, here lies what Thierry Pouch calls the “paradox”, the changeover took place for butter, but not powder, creating this historical gap.

This situation will undoubtedly relaunch the issue of “the distribution of added value within dairy sectors” because the influence of industrial products (butter and powder) in the formation of prices paid to farmers is too great in view of the market openings that make up its valuations. And more broadly, a little more, this episode will feed into the history of counterexamples to the economic theory of market equilibrium: left to themselves, agricultural markets are structurally unstable.


Momagri Editorial Board




Et soudain, le prix du beurre flamba, et continue de flamber. Quel retournement de situation. Voilà encore quelques mois, tous les produits laitiers étaient dans le marasme économique le plus total, avec notamment des prix au plus bas. Depuis le milieu de l’année 2016, le prix du beurre se détache des autres prix et connaît une flambée impressionnante. Car par contraste, les prix de la poudre éprouvent de sérieuses difficultés pour emprunter la voie ouverte par le beurre. Un paradoxe qui suggère d’en chercher les raisons.

C’est à y perdre son latin. Les prix des produits laitiers étaient depuis 2014 entrés dans un cycle baissier qui, on le constate aujourd’hui, a laissé des traces dans la trésorerie des exploitations laitières, au point de suggérer de se pencher sur les conditions économiques de leur résilience. Au regard de la sortie des quotas laitiers et de la surabondance de l’offre, c’est bien à un cycle baissier durable auquel les producteurs étaient confrontés. Il est pourtant suggéré de ne pas faire un usage trop intempestif de ce vocable de « durabilité », surtout lorsqu’il s’agit des marchés des produits agricoles, dont on connaît depuis 2007 l’extrême volatilité. Car les prix des produits laitiers ont entamé un redressement depuis le second semestre de l’année dernière. Les contrastes sont toutefois si importants entre les types de produits, qu’il ne faudrait pas se réjouir trop vite. Quoi qu’il en soit, il en est un, le beurre, dont le prix est en train de flamber. Que se passe-t-il donc sur le marché de cette matière ?

Au préalable, indiquons que, depuis le début de l’année, le prix de la tonne de beurre a franchi un seuil jusque-là rarement atteint, voire jamais, 4 500€. Il était encore en dessous des 3 000€ il y a à peine un an. En comparaison avec le prix de la tonne de poudre de lait, l’écart est conséquent. Il faut y voir bien évidemment l’impact des mesures adoptées par l’Union européenne pour réduire la collecte de lait (-2 % sur l’année 2016, près de -5 % pour le seul cas français). Mais la production recule également dans les autres grands bassins mondiaux de production. Il s’en est suivi un ralentissement de la production de beurre (-3 % pour l’UE), et, parallèlement, un déstockage massif.

Ce rationnement de l’offre mondiale, et singulièrement européenne, se heurte à une demande mondiale en forte croissance depuis quelques mois. L’Asie et le Moyen-Orient tirent la demande vers le haut. En France, les consommateurs renouent avec les matières grasses d’origine animale. Les Etats-Unis ne sont pas en reste, dans la mesure où, avec une consommation en progression de +22 % en dix ans, laquelle mérite d’être examinée attentivement dans un pays où le taux de prévalence de l’obésité est, on le sait, l’un des plus élevés du monde. La recherche médicale indique en effet que l’absorption d’acides gras saturés ne serait pas aussi nuisible pour la santé publique que ce qui avait été avancé durant des décennies.

Mis bout à bout, ces paramètres apportent des éléments d’explication à la flambée actuelle du prix du beurre. Celle-ci a deux types de conséquences. L’une favorable, puisque la parité €/$ était jusqu’à présent en faveur de la devise « européenne » (19 pays de l’UE composant la zone euro), les 28 ayant enregistré un surcroît d’exportations (+28 %). Le second type d’impact a trait au comportement des industriels de la transformation pour lesquels la hausse en cours ne peut que se répercuter à terme sur le prix des produits à la consommation (biscuiterie, pâtisserie, chocolaterie, fromages fondus…). De quoi réactiver la problématique de la répartition de la valeur ajoutée au sein des filières laitières.

Nous en sommes donc là. La volatilité des prix des produits laitiers, et, par extension, de tous les produits agricoles, est chronique. Elle suggère de trouver des leviers pour les lisser, afin que les acteurs situés en amont ou en aval soient moins exposés au risque de prix. Davantage de régulation sur les marchés ? Sur ce thème, la convergence fait défaut dans l’UE, en particulier sur les moyens qu’il conviendra de mettre sur la table. Consolider la contractualisation pour sécuriser les approvisionnements ? Les industriels le souhaitent. Instaurer un marché à terme du beurre en Europe ? Encore faudrait-il que cet outil soit en mesure d’administrer la preuve de son efficacité.

Agriculteurs, industriels, législateurs et économistes ont par conséquent encore à travailler ensemble pour scruter les voies qui permettraient de stabiliser les marchés des produits laitiers. Nous ne sommes qu’au début d’un long processus de réflexion. En attendant, avec un tel prix, le consommateur va devoir se préparer à réduire l’épaisseur de la couche de beurre sur sa tartine, et la portion qu’il entend mettre dans ses épinards.


1 http://www.lafranceagricole.fr/r/Publie/FA/p1/Infographies/Web/2017-05-31/food04-2017_en.pdf
2 http://www.chambres-agriculture.fr/fileadmin/user_upload/National/(...)/LetEco373_mai2017.pdf


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Paris, 13 December 2018