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Le G20 approche et déjà, la France commence à lancer les « réunions ministérielles » dont le but est de rassembler avant le sommet de novembre, les ministres des pays concernés afin de préparer les négociations point par point. Les 18 et 19 février, les ministres des Finances du G20 se sont donc réunis à Paris. Objectif : « cerner les déséquilibres internationaux », et avancer sur la question de la régulation des marchés de matières premières agricoles, qui pour l’heure, ne fait pas l’unanimité parmi le Groupe des 20.
C’est dans ce contexte que le Centre d’Analyse Stratégique, organisme directement rattaché au gouvernement et qui a pour mission de l’éclairer dans la définition et la mise en œuvre de ses politiques, a communiqué dans une note d’analyse publiée en janvier, ses propositions pour une meilleure régulation de marchés financiers agricoles.
Dans cette note, Johanne Buba et Maxime Liegey, économistes au CAS, dressent un premier constat fondamental : les marchés de matières premières ne sont pas des marchés comme les autres. En effet, les matières premières sont « des intrants de l’économie réelle et leur évolution de prix a des conséquences directes et immédiates sur les investissements, la production ou encore l’alimentation ». Or ces dernières années, les cours des matières premières agricoles sont devenus de plus en plus volatils.
A l’origine de cette volatilité, plusieurs phénomènes: le regain des spéculateurs pour les marchés agricoles, les tensions accrues entre l’offre et la demande, la baisse des niveaux des stocks, les aléas climatiques. Toutefois, il est difficile de discerner dans quelle mesure chacun de ces facteurs a contribué à l’instabilité des prix car peu de données existent, notamment sur les marchés financiers qui restent relativement opaques.
C’est pourquoi le CAS considère que le préambule indispensable à toute régulation des marchés financiarisés est une meilleure transparence, et un encadrement plus poussé des différents acteurs qui y opèrent. Deux mesures phares sont mises en avant.
Le CAS souhaite tout d’abord que toutes les transactions et positions des opérateurs soient enregistrées, à la fois sur les marchés organisés, mais aussi sur les marchés de gré à gré. En cas d’anomalie, c'est-à-dire dans le cas de prises de positions trop importantes par un seul et même opérateur, ce serait alors aux autorités de marché, type AEMF1 en Europe, d’intervenir.
De plus, le CAS préconise l’instauration d’une chambre de compensation sur les marchés de gré à gré où transiteraient toutes les transactions, sur le même modèle que les marchés organisés. La visibilité sur les opérations en cours serait ainsi améliorée.
Le CAS estime à juste titre, qu’il est en parallèle indispensable d’avoir une meilleure transparence sur les marchés physiques et notamment sur les niveaux de ressources, de stocks, et d’offre et demande à court et moyen termes.
Ces propositions du CAS sont capitales. Elles constituent une première phase indispensable dans la route qui mène vers une régulation de la spéculation sur les marchés agricoles. Néanmoins, si l’on veut optimiser l’efficacité de ces mesures, plusieurs conditions préalables sont requises :
1) Disposer d’outils de simulations et de compréhension du fonctionnement des marchés agricoles qui intègrent les derniers développements en matière de formalisation des risques (exogènes et endogènes) et de modélisation de la spéculation, pour évaluer les sources de déstabilisation des marchés et les origines de la volatilité ;
2) Disposer de bases de données et de statistiques, qui fourniraient des informations homogènes, globales et transversales sur l’état des marchés physiques (fondamentaux tels que l’offre et la demande, le niveau des stocks ; et informations parallèles telles que l’endettement des agriculteurs, les aides sociales, etc…), et des marchés financiers (contrats de dérivés, dépôts de gage des parties financières, compensations de contrats de dérives..) ;
3) Mettre en place une réglementation internationale « homogène » sur les marchés financiers de manière à éviter une concurrence entre les places financières et des contournements rendus possibles par une absence de règles internationales ;
4) Poursuivre l’investissement dans le secteur agricole afin de produire plus et mieux, de limiter les pertes, et de fluidifier les échanges, à l’échelle locale et mondiale.
Pour accroître l’efficacité de ces mesures, il est également important d’initier une nouvelle approche de surveillance, de gestion et de régulation des marchés agricoles à travers la création d’une Organisation Mondiale de l’Agriculture, chargée d’évaluer l’état des marchés agricoles et de mettre en place les mécanismes de régulation adaptés sur les marchés physiques et financiers.
Cette OMA ne serait pas une organisation internationale supplémentaire, mais une plateforme regroupant toutes les compétences indispensables pour « gouverner » les marchés agricoles, et aujourd’hui éparpillées : l’OMC pour le commerce, la FAO pour la sécurité alimentaire, la Banque Mondiale pour le développement, le FMI pour les questions financières et monétaires…
En effet, la régulation des marchés agricoles ne sera efficace que si ces conditions préalables sont acceptées et actées au niveau international. Toutes les grandes puissances agricoles doivent suivre une même ligne, une même logique de régulation qui soit cohérente et généralisable à tous. Sans quoi, des fractures naîtront entre les différents blocs régionaux qui alimenteront encore plus l’instabilité des marchés agricoles.
Cette organisation agirait à la fois en amont en améliorant la transparence sur les marchés agricoles via un système d’informations fiable et global (bases de données, études, audits), mais aussi en aval par des mesures de régulation appropriées (système d’alerte sur le même principe que les agences de notation, instauration de prix d’équilibre, gestion des niveaux de stocks régionaux et locaux, etc….). C’est de ce thème de la nouvelle gouvernance agricole, fondamental si l’on souhaite stabiliser durablement les marchés agricoles, qu’il sera question lors des prochaines rencontres internationales, et notamment la deuxième édition du « Dakar Agricole » qui aura lieu au Sénégal les 18 et 19 avril prochain.
1 Autorité Européenne des Marchés Financiers
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