Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Tribune

Une libéralisation sans régulation, c’est comme une démocratie sans loi !


La rédaction du MOMA


La thèse qu’une libéralisation non régulée des marchés agricoles sera facteur de développement est fondée sur une idéologie inadaptée aux spécificités de l’agriculture.

Dans le cadre des négociations à l’OMC, l’agriculture est présentée comme le marché qu’il faut libéraliser en premier, afin d’enclencher un nouveau dynamisme du commerce mondial.
Le directeur de l’OMC, Pascal Lamy, considère, en outre, qu’en libéralisant les marchés agricoles, on favorisera le développement des pays les plus pauvres car ils pourraient ainsi exporter plus et importer à moindre coût. D’où le nom de Doha, cycle du développement. Cette démonstration, qui s’appuie sur la conviction que le multilatéralisme et la théorie de Ricardo sont les bons remèdes pour l’avenir de l’humanité, est fausse et dangereuse. Pourquoi ?

1) Tout d’abord, comme le démontre le modèle MOMAGRI, les prix agricoles seront d’autant plus volatils que la libéralisation non régulée sera grande.

Cela créera une insécurité permanente pour les agriculteurs, détruira les agricultures traditionnelles et poussera à la concentration de la production dans quelques grandes « fermes du monde ». La spéculation en sera favorisée et les pratiques de dumping social et environnemental facilitées. La libéralisation sans régulation exposera donc les marchés agricoles à l’effet « kangourou » et tendra à l’amplifier.

2) Or, on entend souvent dire que le meilleur antidote à ces fluctuations est justement la libéralisation la plus large possible,

censée permettre de mutualiser les risques et de stabiliser les prix. C’est une idée reçue infirmée par les faits. Le modèle MOMAGRI démontre que dans ce scénario, les prix des matières premières agricoles sont encore plus volatils et donc, les risques pour l’humanité encore plus grands. Dans ce contexte, qui tire son épingle du jeu ? Les pays qui adoptent des règlementations protectionnistes déguisées. C’est ce que les USA sont en train de faire. En fait, le libre échange est essentiel à condition que la Communauté internationale définisse des règles qui en évitent les excès.

3) Les marchés agricoles doivent être gérés comme une grande démocratie à l’échelle de la planète.

Il faut des règles qui encadrent les comportements induits par l’hyper volatilité des prix. Une libéralisation aveugle qui ne prend pas en compte les spécificités de l’agriculture est comme l’application d’un remède qui ne correspond pas à la pathologie du malade. Comme ces saignées qui autrefois étaient censées soulager les patients de tous les maux et qui contribuaient souvent à les tuer. Nous savons aujourd’hui qu’un vrai bilan médical permet de choisir le bon traitement. Il est temps d’abandonner les remèdes du 19ème siècle pour appliquer ceux du 21ème siècle. Avec le modèle MOMAGRI, nous n’avons plus d’excuses puisque nous commençons à disposer des instruments de diagnostic nécessaires. C’est bien la finalité du MOMA : contribuer à construire les modes de régulation appropriés et définir les traitements qui permettront à tous les Etats de la planète de trouver les voies d’une coopération internationale efficace pour un secteur aussi spécifique et stratégique que l’Agriculture.

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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le mercredi 23 mai 2012