Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
momagri, mouvement pour une organisation mondiale de l'agriculture
Tribune


Quelle régulation pour les marchés agricoles ?



Par Bastien Gibert,
Conseiller de momagri


Expliquer et anticiper la volatilité des prix agricoles sont devenus les deux objectifs principalement visés par les experts agricoles ces derniers temps. Nul doute que le contexte actuel, caractérisé par une volatilité élevée, des turbulences économiques importantes et une succession de réunions de chefs d’Etat dans le cadre du G20 pour en limiter les excès, y est pour beaucoup.

La première difficulté à laquelle se heurtent les experts réside dans l’identification des facteurs déstabilisateurs et des canaux de transmission qui véhiculent l’instabilité dans les différents marchés et secteurs économiques. En effet, depuis plusieurs années, les variations des cours ne se font plus uniquement en fonction de l’écart direct entre une offre rigide et une demande en croissance, du fait de la seule survenance d’aléas climatiques extrêmes. La globalisation des économies, la mondialisation des échanges, la financiarisation des marchés des matières premières agricoles et la multiplication des interconnexions entre les secteurs économiques ont fait apparaître des facteurs complémentaires à haut potentiel de déstabilisation : les taux de change, les taux d’intérêt, les microstructures particulières de certains marchés où une part minoritaire de la production mondiale fait l’objet d’échanges internationaux, les achats de terres, les biocarburants, la psychologie des acteurs et, bien évidemment, la spéculation.

La liste est longue, et si tout le monde reconnaît aujourd’hui la nature structurelle de la volatilité des prix agricoles, hormis quelques irréductibles économistes, personne n’est aujourd’hui en mesure d’expliquer a posteriori (a priori n’en parlons pas), avec exactitude et dans quelles proportions quels sont les facteurs qui ont joué un rôle dans telle flambée ou telle baisse des prix, comme ce fut le cas durant la crise alimentaire de 2008.

N’oublions pas que la volatilité excessive des prix n’est que le symptôme apparent d’un mal plus profond et souvent diffus. Dans le cas de la crise financière, les subprimes ont rapidement été pointés du doigt, et des mesures concrètes et globales ont été initiées de manière à en limiter le développement et l’impact. Pour l’agriculture, les choses sont malheureusement beaucoup moins évidentes même si le développement massif d’une spéculation non maîtrisée sur des marchés opaques et non régulés a pu être observé depuis 2004.

La seconde difficulté à laquelle se heurtent les experts tient à la nature et au dosage du cocktail « médicamenteux » à administrer car on sait pertinemment que de nombreux risques peuvent provenir d’un traitement inadéquat, mais aussi aux dangers d’une l’absence de traitement comme le suggère toujours certains experts qui voit dans une libéralisation toujours plus poussée et dérégulée des échanges le remède miracle.

La période actuelle est donc capitale et elle offre une occasion unique d’approfondir ces problématiques qui ont animé tant de débats et de discussions entre les économistes à travers les siècles, et de proposer de nouveaux outils d’analyse des marchés. Si la formation d’un consensus entre les experts sur l’ensemble de ces questions relève encore de l’utopie, certains constats s’imposent d’ores et déjà comme les effets néfastes d’une volatilité excessive des prix sur les équilibres agricoles et alimentaires et l’urgence d’améliorer le fonctionnement général des marchés en s’efforçant de mettre en œuvre un meilleur encadrement de la spéculation. Car, si cette dernière n’est pas l’unique facteur déstabilisateur, chercher à la réguler conduira la communauté internationale à initier un processus vertueux dont le principal objet sera de traiter les déséquilibres structurels sur lesquelles la spéculation se propage.

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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le mercredi 23 mai 2012