Les marchés agricoles sont structurellement volatils et ils doivent être mieux régulés. C’est la conclusion du rapport « Prévenir et gérer l’instabilité des marchés agricoles »1, dévoilé le 22 septembre par ses trois auteurs : Jean-Pierre Jouyet2, Christian de Boissieu3 et Serge Guillon4. Tous sont membres du groupe de réflexion « Demain l’agriculture », constitué par le ministre de l’Agriculture Bruno le Maire en février 2010. Son objectif est de repenser l’Agriculture dans le contexte actuel caractérisé par des crises à répétition et l’apparition de nouveaux défis économiques ou sociétaux internationaux. Ce rapport se focalise plus spécifiquement sur les aspects économiques et financiers des marchés agricoles.
Les trois auteurs dressent un constat sans équivoque : dans un contexte général d’instabilité des monnaies, de facteurs permanents de tension (déséquilibres offre/demande, flambée des prix des autres matières premières comme le pétrole), et de financiarisation accrue des marchés, la volatilité structurelle des prix agricoles s’est fortement renforcée, affectant directement les équilibres économiques et sociaux internationaux.
Face à cette situation, les auteurs préconisent trois grandes mesures :
- Une meilleure transparence de l’information à la fois sur les marchés physiques (les niveaux de stockage par exemple) et sur les marchés financiers (les marchés de gré à gré) ;
- Une régulation « anti crises » (prévention et gestion des crises par l’instauration de mécanismes d’alerte, etc.) qui se distinguerait d’une régulation « purement économique » des marchés (action sur l’offre, les prix, etc.) ;
- La mise en place d’une gouvernance mondiale spécifique aux marchés agricoles, dans le cadre du G20 et complémentaire des institutions de Bretton Woods.
Si « Prévenir et gérer l’instabilité des marchés agricoles » ne constitue qu’un document d’étape, on peut néanmoins le considérer comme un rapport de rupture vis-à-vis de la doctrine qui dominait jusqu’alors.
Ainsi, en démontrant que la volatilité des prix agricoles est structurelle et essentiellement due au fonctionnement même des marchés agricoles et à une financiarisation non contrôlée, ce rapport souligne les dangers d’une libéralisation non régulée des échanges.
Ce faisant, il remet en cause le bien fondé des négociations initiées bien avant les récentes crises économique et alimentaire, qu’il s’agisse de la réforme programmée de la PAC ou des discussions du cycle de Doha de l’OMC, car elles reposent sur le même postulat aujourd’hui dépassé: « les prix agricoles seraient durablement orientés à la hausse et la libéralisation des échanges améliorerait, en conséquence, le fonctionnement des marchés agricoles en diminuant la volatilité des cours ». Or, comme le rapport le montre bien, cette hypothèse est clairement remise en cause.
Le constat est donc posé ; le plus difficile reste à faire : définir les modalités pratiques d’application d’une nouvelle régulation des marchés agricoles internationaux, à la fois au niveau économique et politique.
Si on assiste à une convergence des points de vue sur cette question, comme le prouve la position commune de la France et de l’Allemagne sur la nécessité de repenser la PAC5 et d’en faire le ciment d’une Europe renouvelée, le temps joue malheureusement contre nous. La situation est critique et les prochains sommets du G20 en Corée du sud et en France devront non seulement traiter cette question de fond, mais aussi déboucher sur des recommandations concrètes.
1 http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/Nouveau_rapport_etape_Jouyet_Boissieu_Guillon.pdf
2 Ancien ministre et président de l’Autorité des marchés financiers
3 Président du Conseil d’analyse économique et président du Conseil stratégique de l’agriculture et de l’agro-industrie durables
4 Contrôleur général économique et financier
5 Voir l’article de momagri La France et l’Allemagne adoptent une position commune pour une PAC forte après 2013. |