Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Bill Gates
Tribune


L’innovation dans le monde agricole



Bill Gates,
Co-Président de la Fondation Bill & Melinda Gates



D’ici 2050, la population mondiale aura dépassé les 9 milliards d’individus. Alors que près d’un milliard de personnes souffrent aujourd’hui de la faim dans le monde, certains s’interrogent sur la capacité de l’agriculture mondiale à faire face à cette forte croissance démographique. Comme le rappelle Bill Gates, dans la lettre annuelle de sa fondation Bill & Melinda Gates1, si l’agriculture a déjà relevé des défis similaires par le passé, un nouveau contexte doit toutefois être instauré de manière à replacer tout d’abord l’agriculture au cœur des politiques nationales et des initiatives internationales, et à redonner ensuite la priorité à l’innovation. Car, sans une amélioration significative de la productivité et des rendements, la production agricole ne pourra pas augmenter de 70% d’ici 2050, objectif que l’ONU considère comme primoridal pour garantir la sécurité alimentaire mondiale. A ces deux critères fondamentaux, momagri estime qu’il convient d’en adjoindre un troisième : une régulation adaptée des marchés agricoles internationaux. Production, innovation et régulation constituent en effet le trépied indispensable à la lutte durable contre l’insécurité alimentaire mondiale.

La rédaction de momagri



À l’heure actuelle, plus d’un milliard d’humains, soit environ 15 % de la population mondiale, vivent dans un état d’extrême pauvreté. Chaque jour ou presque, ils se demandent si leur famille aura assez à manger. L’ironie de la situation, c’est que la plupart d’entre eux vivent et travaillent dans des fermes. Le problème de ces fermes, qui s’étendent en général sur quelques hectares seulement, c’est qu’elles ne produisent pas assez de nourriture pour faire vivre une famille entière.

Quinze pour cent de personnes extrêmement pauvres, cela représente en réalité une grande avancée. Il y a cinquante ans, la planète comptait environ 40 % de pauvres. Dans les années 60 et 70, plusieurs chercheurs, parmi lesquels Norman Borlaug, ont alors créé de nouvelles variétés de graines de riz, de blé et de maïs qui ont aidé les fermiers à augmenter considérablement leur rendement ; la « Révolution verte » était en marche. Dans certaines régions, par exemple en l’Extrême-Orient, la consommation de nourriture a augmenté de 50 %. Au niveau mondial, le prix du blé a baissé de plus de 65 %. Ces changements ont sauvé d’innombrables vies et aidé des nations à se développer.

Nous sommes capables d’accélérer ce progrès historique. En faisant montre d’innovation, nous pouvons partager des solutions existantes avec les agriculteurs qui en ont besoin. Grâce à des connaissances sur la gestion des sols et à des outils comme le système d’irrigation au goutte à goutte, nous pouvons aider les agriculteurs modestes à produire davantage, dès aujourd’hui. Nous pouvons également explorer de nouvelles approches et créer de nouveaux outils pour révolutionner la vie des agriculteurs. Mais nous n’y parviendrons pas si nous ne continuons pas à investir dans l’innovation agricole et dans le climat économique et politique actuel, la provenance potentielle de ces fonds est pour moi une véritable source d’inquiétudes.

Le monde doit faire un choix clair. En investissant des sommes assez modestes, nous pouvons aider plus d’agriculteurs pauvres à nourrir leurs familles. Sans cela, une personne sur sept continuera à se voir injustement menacée par la famine. Cette année, la lettre que je vous adresse est un plaidoyer pour vous demander de faire le choix d’aider les personnes extrêmement pauvres à accéder à l’auto-suffisance. […]

L’agriculture est un exemple typique de ce qui est fondamental pour les populations pauvres mais que les pays riches ignorent. Au XIXe siècle, la majorité de la population des États-Unis vivait de l’agriculture. Désormais, moins de 2 % de la main-d’œuvre est active dans ce domaine, et moins de 15 % des dépenses américaines concernent la nourriture. Les problèmes de l’agriculture font rarement la une. Seules exceptions : lorsque des aliments sont contaminés, lorsque les aides gouvernementales font débat ou en temps de famine, comme c’est le cas actuellement dans la corne de l’Afrique.

Malgré le fossé entre le monde développé et l’agriculture, les problèmes liés à l’alimentation sont importants pour nous tous. Dans les années 1960 et 1970, lorsque j’étais au lycée, les gens s’inquiétaient de ne tout simplement pas pouvoir produire suffisamment pour nourrir la planète. Un livre très populaire paru en 1968, La Bombe P de Paul Ehrlich, commençait avec l’affirmation : « La bataille pour nourrir l’humanité tout entière est terminée. Dans les années 1970, des centaines de millions de personnes mourront de la famine malgré les programmes intensifs entrepris jusqu’à présent. À ce jour, rien ne peut empêcher une augmentation substantielle du taux de mortalité au niveau mondial… » Heureusement, cette terrible prédiction était erronée, en grande partie grâce à la Révolution verte.

Mais ce succès mondial dans la lutte contre la famine s’est accompagné d’une certaine complaisance. Avec le temps, les gouvernements des pays développés et en voie de développement ont délaissé l’agriculture. Les aides dans ce domaine sont passées de 17 % de l’ensemble des aides des pays riches en 1987 à seulement 4 % en 2006. Ces dix dernières années, la demande en nourriture s’est intensifiée en raison de la croissance de la population et du développement économique. En effet, les gens s’enrichissent, et ont tendance à manger davantage de viande, ce qui fait croître indirectement la demande en céréales. La croissance de l’offre n’a pas suivi, faisant s’envoler les prix. Pendant ce temps, la menace du changement climatique se concrétise. Des études préliminaires montrent que la hausse de la température de la planète à elle seule peut réduire le rendement des principales cultures de plus de 25 %. Le changement climatique provoquera également davantage de périodes de sécheresse et d’inondations qui peuvent réduire à néant toute une saison de culture. De plus en plus de personnes tirent la sonnette d’alarme sur l’avenir de la planète et son autosuffisance, tandis que la population devrait atteindre les 9,3 milliards d’êtres humains en 2050.

Je pense que ces nouvelles terribles prédictions ne sont pas une fatalité. Nous sommes en mesure d’aider les cultivateurs les plus pauvres à augmenter durablement leur productivité, afin qu’ils puissent se nourrir et nourrir leurs familles. Ainsi, ils contribueraient à la sécurité alimentaire au niveau mondial. Mais cela ne sera possible que si nous faisons de l’innovation dans le monde agricole une priorité.

1 http://www.gatesfoundation.org/annual-letter/2012/Pages/home-fr.aspx
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Paris, le lundi 28 juillet 2014