Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Tribune


L’agriculture :
une voie vers l’intégration régionale en Méditerranée ?



Hiba El Dahr,
Chargée de mission Agriculture développement et échanges internationaux, Centre d’études et de prospective (Ministère de l’Agriculture)



Alors que l’agriculture est l’un des piliers fondamentaux des économies de la Méditerranée, les facteurs de risques et de déstabilisation se multiplient dans un contexte économique et politique turbulent : volatilité des prix alimentaires, financiarisation des marchés des matières premières agricoles, révoltes arabes, etc. Comme le rappelle une étude récente du Centre d’études et de prospective du ministère de l’Agriculture, dont nous vous conseillons la lecture1, les crises alimentaires qui ont touché la Méditerranée sont des signaux forts de l’importance à accorder à l’agriculture dans les politiques nationales, du fait de son poids économique et social, et au renforcement de la coopération régionale. En effet, seule une approche méditerranéenne, élargie à l’ensemble des problématiques agricoles, semble en mesure de permettre à ces Etats de réaliser les multiples objectifs (stabilité des prix, accès des plus pauvres à l’alimentation, réduction de la dépendance aux importations, …) auxquels ils sont confrontés.

La rédaction de momagri



L’agriculture : activité structurante des économies rurales en Méditerranée

Malgré le déclin de sa contribution dans le PIB et l’emploi, l’agriculture pèse toujours lourd dans les économies méditerranéennes : de 9 % à 13,7 % du PIB sur la rive Sud et jusqu’à 21 % en Albanie, 20 % en Syrie et 17,2 % au Maroc. […] Le secteur emploie 20 % de la population active des Pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée (PSEM) […] Au total, la région compte 40 millions d’actifs agricoles et environ 17 millions d’exploitations dont 70% sur la rive sud. […]

La situation agro-commerciale révèle une place importante des produits agricoles et alimentaires dans les échanges. L’agriculture (y compris les produits alimentaires) […] représente entre 10 % et 25 % du total des approvisionnements des PSEM (sauf pour Israël et la Turquie). La part agricole et alimentaire dans les exportations est tout aussi importante pour de nombreux pays, notamment la Grèce (20,4 %) ou la Serbie (18 %). […]

Le caractère stratégique de l’agriculture en Méditerranée s’apprécie mieux au regard des besoins de la région et des efforts des gouvernements, notamment au Sud, pour la sécurité alimentaire quantitative à travers des politiques de régulation. Malgré le retrait progressif de l’État par l’application des plans d’ajustement structurel des années 1980, des mesures d’administration de prix ont été maintenues dans de nombreux pays du Sud. […]

Les grands défis des agricultures méditerranéennes

Si le développement agricole a été un des piliers des politiques mises en place par la plupart des pays depuis les années 1960, les dynamiques à l’œuvre reflètent une situation critique due à des fragilités structurelles aggravées par des politiques inadaptées. […]

Les économies des PSEM, depuis les années 1970, se sont tournées principalement vers l’exportation de pétrole et les services, au détriment de l’agriculture. Cette fragilité structurelle des économies du Sud et de l’Est, se combinant à une utilisation controversée des richesses nationales, s’est traduite par une progression de la faim et de la malnutrition suite à la flambée des prix alimentaires de 2007-2008.

À l’origine de cette situation, on trouve un déficit commercial qui se creuse dans les PSEM depuis près d’un demi-siècle, à l’exception de la Turquie (seul pays excédentaire de la sous-région) et des fruits et légumes (seule filière en excédent commercial). 50 % de la nourriture de ces pays est importée. […]

Cette dépendance croissante dans les approvisionnements alimentaires s’explique entre autres par une productivité agricole insuffisante pour répondre à l’explosion de la demande engendrée par une croissance démographique soutenue sur la rive Sud .[…]

Outre la pression de la demande, la dépendance de la Méditerranée méridionale vis-à-vis des marchés extérieurs s’explique historiquement par les orientations politiques et macroéconomiques des gouvernements. Favorisant les importations au détriment des investissements dans les agricultures nationales, ces politiques ont dégradé la compétitivité de nombreuses filières (à l’exception des fruits et légumes), qui souffrent aujourd’hui d’une sousproductivité contrastant avec le Nord. À ce sous-investissement s’ajoutent des contraintes structurelles liées aux ressources en terre et en eau et aux conditions climatiques qui handicapent fortement la production agricole. La croissance démographique et la forte urbanisation réduisent la disponibilité de la terre par actif agricole. […]

Vers une intégration régionale des agricultures du Sud

La période est cruciale pour de nouvelles orientations en faveur de l’agriculture méditerranéenne : la future PAC européenne se prépare et les PSEM connaissent des transformations profondes qui auront un impact fort sur leur économie rurale. Les analyses fondées sur la doctrine libre-échangiste, qui voient dans la seule ouverture commerciale de l’espace euro-méditerranéen une stratégie permettant le développement économique attendu dans les PSEM et la stimulation de la croissance au Nord, sont de plus en plus contestées. […]

Les enjeux de la sécurité alimentaire en Méditerranée imposent une logique de coopération qui s’affranchirait de la seule dynamique commerciale pour répondre aux défis alimentaire, rural, territorial, social et environnemental. En optant pour une « Méditerranéisation » de la PAC, la région pourrait emprunter à cette dernière ce qu’elle avait favorisé au Nord en termes de sécurité alimentaire, en stimulant les changements structurels dans les agricultures des PSEM (politique foncière, renforcement des structures en amont et en aval) et en améliorant les facteurs de productivité (progrès technique, gestion des sols et de l’eau).

1 Pour lire le texte dans son intégralité sur le site du Ministère de l’Agriculture : http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/Analyse_34_CEP_Agriculture_et_Mediterranee_new.pdf
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Paris, le jeudi 2 octobre 2014