Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Tribune


L’agriculture au cœur d’une « politique de développement » réclamée par Oxfam



La rédaction de momagri



Dans son récent rapport intitulé « Vers un consensus sur le développement à Séoul » 1 et publié en octobre 2010, l’ONG Oxfam appelle à ce que le prochain sommet du G20 qui se tiendra en Corée du sud au mois de novembre, soit l’occasion pour la communauté internationale d’adopter un véritable « consensus sur le développement » synthétisant les problématiques de la croissance, du climat et de la faim dans le monde.

Créé au lendemain de l’éclatement de la crise financière en 2008, le G20 est devenu le grand forum mondial où se réunissent les chefs d’Etat et de gouvernement. Jusqu’à aujourd’hui, les questions traitées ont principalement porté sur les aspects techniques des crises économiques et financières, n’abordant pas au fond les sujets relatifs au développement des populations et à la faim dans le monde.

Or, comme le rappelle ce rapport, l’interconnexion croissante des marchés et des économies confère souvent à un choc ou à une crise, un caractère global et systémique. Cette « caractéristique étant appelée à s’accentuer » selon l’ONG, il est nécessaire de traiter l’ensemble des problématiques de fond.

Cela est particulièrement vrai pour l’agriculture. L’amélioration de la sécurité alimentaire internationale et la stabilisation des marchés constituent un enjeu majeur, où les variables financières et monétaires jouent un rôle majeur du fait de la financiarisation de l’agriculture.

Dès lors, et afin de mettre en œuvre un programme de développement mondial réellement efficace, Oxfam considère qu’au niveau agricole, le G20 devra s’atteler à quatre questions principales :

    - « S’attaquer aux causes de la faim en élaborant des mécanismes pour prévenir les crises mondiales des prix des denrées alimentaires, et en garantissant une plus grande stabilité des marchés alimentaires » ;

    - « Investir en faveur des petits exploitants agricoles » ;

    - « S’assurer qu’une renaissance agricole mondiale produit non seulement davantage de nourriture, mais constitue un moyen plus durable, plus résilient et plus équitable pour les populations pauvres » ;

    - « Garantir une action globale en matière d’acquisitions internationales de terres ».
Pour rendre effective et efficace cette nouvelle « politique de développement », Oxfam propose d’agir à quatre niveaux:
    - Au niveau fiscal.
    Oxfam estime qu’à ce jour, la fiscalité internationale reste inéquitable, empêchant de nombreux pays de lever des ressources en interne ou d’appliquer des taxes appropriées. Dès lors, l’ONG appelle le G20 à continuer sa lutte contre les paradis fiscaux, qui privent illégalement les pays en développement, des ressources leur faisant cruellement défaut.

    - Au niveau commercial
    Le rapport met en cause un système d’échange multilatéral qui resterait profondément faussé. Or, des règles commerciales équitables sont essentielles pour garantir le développement selon Oxfam. C’est pourquoi les pays du G20 doivent s’entendre sur la mise en place de nouveaux accords financiers qui prendraient en compte l’aide au commerce pour améliorer la structure économique interne des pays en développement.

    - Au niveau du financement externe
    Oxfam propose de nouveaux moyens de financement qui seraient de nouvelles sources de revenus pour le développement, comme par exemple une taxe sur le secteur financier (de l’ordre de 0.05% sur toutes les transactions), qui permettrait en outre, de limiter la spéculation. Un moyen pour le G8 de tenir ses promesses et de débloquer d’ici 2012 les 20 milliards de dollars manquants par rapport à ses engagements initiaux.

    - Au niveau de la régulation financière
    L’ONG appelle à la mise en place d’un nouveau cadre réglementaire visant à prévenir les futures crises financières et à protéger les plus vulnérables. Le G20 doit en outre veiller à ce que certains organismes internationaux comme le Conseil de stabilité financière (CSF) et la Banque des règlements internationaux (BRI) jouent un plus grand rôle dans la régulation des marchés.
Le rapport d’Oxfam se positionne ainsi dans la droite ligne du constat fait par momagri et qui commence à être repris au niveau international par la France, le Brésil, l’Allemagne, la FAO. Ce constat souligne l’importance de développer l’agriculture pour lutter contre la faim dans le monde et la nécessité de réguler les marchés agricoles, soumis à une financiarisation grandissante et peu contrôlée. Un certain consensus est donc en train de naître sur les objectifs à atteindre et sur le rôle initiateur que le G20 doit jouer.

Cependant le plus dur reste à venir car ce consensus doit rapidement déboucher sur des politiques concrètes. C’est à ce travail particulièrement difficile que la France doit s’atteler dans le cadre de sa présidence du G8/G20 à partir du 12 novembre, afin d’aboutir à des préconisations politiques et économiques actées par l’ensemble des pays.

1 http://www.oxfam.org/fr/policy/vers-un-consensus-sur-le-developpement-seoul
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Paris, le lundi 21 avril 2014