Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Édito

L’Union européenne a-t-elle encore
les moyens de ses ambitions ?



Catherine Guy-Quint,
ancienne parlementaire européenne (1999-2009)1

Alors que le nouveau Parlement européen est en train de prendre ses fonctions, cette question mérite d’être posée. Et ce d’autant que nous traversons l’une des plus graves crises financière et économique depuis 1929.

Les événements récents ont démontré que la sortie de crise ne passera que par des réponses globales et coordonnées. L’échelon européen devrait donc être considéré par tous comme une chance.

Or, la réalité est différente. Et les moyens financiers et politiques au service de l’Union européenne sont aujourd’hui très insuffisants pour répondre aux nombreux défis qui conditionnent tant l’avenir de la population européenne, que la place des Etats membres sur la scène internationale.


1. Le budget européen qui s’élève à moins de 1% du PIB des Etats membres depuis maintenant 4 années, permet-t-il de répondre aux ambitions de l’Union européenne ?

La réponse est négative. La dégradation progressive de la réalité des politiques européennes ne trompe plus que ceux qui n’analysent pas sérieusement la mise en œuvre des projets européens.

L’exemple du 7ème PCRD (Programme-cadre pour la recherche et le développement 2007-2013) illustre cet état de fait et révèle le combat entre les programmes européens et les intérêts individuels de chaque Etat membre.

Le Conseil européen veut ainsi « sacrifier » sur l’autel de la crise économique et financière une partie du budget qui y est consacré, alors même que le PCRD est le fleuron de la politique de financement de la recherche européenne. L’issue du débat à venir entre le Parlement européen qui s’y oppose et le Conseil qui pousse dans ce sens, marquera très certainement un nouveau tournant.

Ainsi, d’un côté, le budget européen ne peut plus mettre en œuvre les projets formulés. Et, de l’autre, les Etats membres campent sur leur refus de donner davantage de marges de manœuvre budgétaires à l’UE, devant faire face eux-mêmes à des dépenses budgétaires accrues pour répondre à la crise et au chômage croissant.

Après 10 ans de travail à la Commission des budgets du Parlement européen, je ne peux que faire un constat très pessimiste des dérives qui entravent le fonctionnement de l’Union européenne.

Ainsi, dès mon arrivée au Parlement européen en 1999, j’ai constaté un véritable décalage entre les projets, les annonces, les budgets votés et la réalité effective. Pour comprendre cette situation, il faut chercher à qui elle profite. Et bien la réponse est simple : à tous les Etats membres !

En effet, et très peu le savent : ce qu’il y a de pire dans le fonctionnement du budget européen est le « non consommé » qui retourne systématiquement dans les budgets nationaux. Cette disposition que le Parlement européen a en vain combattue, aboutit à une attitude perverse dans la consommation des budgets européens par les Etats membres. Cette dynamique de circulation des budgets explique, d’après moi, le peu d’allant des gouvernements à consommer véritablement l’argent européen.

La mécanique budgétaire est aujourd’hui au point mort. Comment en sommes-nous arrivés là ? Les raisons sont multiples et ne peuvent se résumer au poids du budget de la politique agricole commune (PAC) (42%) que les Etats du Nord de l’Europe stigmatisent.

De toute manière, si l’on continue à appauvrir le projet européen, le budget actuel peut tout à fait suffire. Mais il interdit complètement les politiques promises aux peuples européens : la mobilité des jeunes, les politiques étrangères et de défense communes, … tout en vidant de son sens la seule politique intégrée, celle de l’agriculture.

2. Existe-t-il encore une dynamique politique forte susceptible de palier la faiblesse du budget ?

A cette question, j’apporterai une fois encore une réponse pessimiste car les Etats membres n’ont plus, selon moi, « la culture ni l’envie du projet européen ».

Malgré les déclarations d’intentions répétées des différents Chefs d’Etat lors des Sommets, les Etats membres ne croient plus aujourd’hui à la plus-value apportée par les politiques européennes !

Le projet Galileo en est un bel exemple. Il n’a été sauvé que par la volonté politique du Parlement européen et de la Commission européenne, au grand dam des Etats membres qui, pour des raisons tenant à leurs propres intérêts, ne le souhaitaient pas.

Nous sommes entrés dans l’ère du « sauve-qui-peut-individuel » qui se traduit par un comportement de repli national niant le sens politique de tous les projets européens.

En attendant la remobilisation des responsables politiques, j’observe néanmoins avec intérêt la dynamique suscitée par des initiatives associatives et privées qui pourraient bien prendre le relais.

L’exemple du think tank « momagri » est à ce titre un cas d’école : afin de sortir de l’affrontement idéologique qui caractérise les discussions relatives à la réforme de la PAC, ce mouvement pour une organisation mondiale de l’agriculture trace une voie alternative en définissant des nouveaux outils d’évaluation et des principes de régulation au service du projet européen dans un cadre mondialisé.

Quant à la réappropriation de la culture du projet européen par les Etats membres, des projets très concrets initiés par la société civile pourront y contribuer.

J’en citerai deux. Le premier qui facilite la mobilité des jeunes apprentis, peut transmettre l’envie d’Europe à la jeunesse. Le second, le micro-crédit, qui est un outil au service de la croissance, apportera une aide à de nombreux européens, rendant tangible l’intérêt de l’Union européenne.

C’est ainsi que les chambres de métiers françaises et allemandes m’ont demandé de créer une mobilité des jeunes apprentis au sein de l’Union européenne. La jeunesse sera l’une des courroies de relance de la culture du projet européen.

Après plus de deux ans de travail, des dispositions nouvelles promulguant le microcrédit, voient enfin le jour dans l’Union européenne. De tels programmes peuvent faciliter le passage du chômage vers le travail indépendant, en permettant l'accès au financement pour les personnes auxquelles les banques refusent le financement de leur projet en raison de l'insuffisance des garanties produites.




L’Union européenne aura besoin de moyens plus ambitieux et donc d’un budget plus conséquent lorsque les Etats membres se seront réappropriés le projet politique européen.

« Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ne voient la nécessité que dans la crise », espérons que cette réflexion de Jean Monnet guidera l’esprit des nouveaux élus européens !




Catherine Guy-Quint, qui vient de rejoindre momagri en tant que conseiller spécial, a, pendant 10 ans, été députée européenne (1999-2009). Coordinatrice de la Commission des budgets et de la Commission temporaire sur les défis politiques et les moyens budgétaires de l'Union élargie 2007-2013. Son travail s’est particulièrement focalisé sur les dossiers suivants :

- Budget européen
- Stratégie de Lisbonne
- Suivi de la Politique Agricole Commune
- Mesures en faveur des PME
- Démocratie européenne et politique d'information
- Mobilité au sein de l’Europe (entrepreneurs, apprentis …)
- Environnement et réchauffement climatique

Proche de Dominique Strauss-Kahn, Catherine Guy-Quint s’est toujours efforcée de rapprocher l’Europe des citoyens – un credo qui sera une composante majeure de son mandat. Très rapidement, l’ancienne enseignante agricole (1973-1978) s’intéresse aux questions de suffisance alimentaire mondiale et de développement, qu’elle considère à juste titre être indispensables à l’avenir de l’Europe et pour l’équilibre quotidien de l’ensemble des citoyens européens ; si bien que dans les années à venir, elle y consacrera encore une grande partie de son action.


1 Cf. biographie de Catherine Guy-Quint à la fin de l’article.
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Paris, le samedi 25 octobre 2014