Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
L'Europe gardera-t-elle ses paysans
Tribune


L'Europe gardera-t-elle ses paysans ?



La rédaction momagri



L'Europe gardera-t-elle ses paysans ?, telle est la question posée par Henri Nallet, ancien ministre de l'Agriculture du gouvernement Rocard, dans son nouvel essai paru en octobre 2010. Observateur privilégié de la question agricole depuis une trentaine d'années, Henri Nallet ose ici poser les questions qui dérangent. Nous vous recommandons ainsi la lecture de cet essai pertinent et passionnant dont nous vous proposons une synthèse ci-dessous.



Alors que la question agricole revient sur le devant de la scène dans les discussions internationales et que l'Union européenne est en train de renégocier la Politique Agricole Commune, Henri Nallet prend aujourd'hui la parole. Il revient tout d'abord sur les défis auxquels la PAC est aujourd'hui confrontée, et lance de nouvelles pistes sur ce que pourrait être l'agriculture européenne de demain.

Henri Nallet ouvre son essai en rappelant quelle est l'idéologie sous-jacente qui a servi de terreau à l'évolution des politiques agricoles dans le monde et plus particulièrement de la PAC en Europe. Selon lui, cette idéologie qui est l'ultralibéralisme économique, s'est imposée lorsque les Etats-Unis ont décidé de trouver un débouché pour leurs produits agricoles. C'est l'origine du mouvement auquel les Européens ont du s'adapter. Henri Nallet décrit bien quelles ont été les différentes étapes du démantèlement de la PAC et la capitulation des Européens face aux tenants des « signaux du marché et du découplage ». Pourtant à l'heure actuelle, les tenants de la libéralisation des échanges font face à une remise en cause de plus en plus forte des effets supposés bénéfiques de cette politique économique. Leur réponse se retranche derrière l'épouvantail d'un retour au protectionnisme. Mais le système actuel sans régulation ne porte-t-il pas en lui les germes d'un protectionnisme ? Dans ce contexte, la Commission européenne peine à reconsidérer son discours, comme prise en étau entre la naissance de nouvelles interrogations après la dernière crise alimentaire, et le respect de ses positions à l'OMC.

Dès lors, Henri Nallet appelle à ce que la régulation des marchés agricoles soit au cœur du prochain G20 français, car pour l'ancien ministre, il est clair que l'UE ne pourra pas faire de la « régulation » toute seule dans son coin. L'idée d'Henri Nallet, qui rejoint celles de momagri, serait d'établir un « système mondial de régulation » et de constituer « quelques grands espaces agricoles qui tendront vers l'autosuffisance alimentaire, ne dépendant qu'à la marge des marchés internationaux ». Pourtant aujourd'hui encore, certains souhaitent que la PAC soit démantelée, et les aides découplées. Les préoccupations des citoyens européens pour l'environnement et les questions sanitaires, expliquent en partie le procès auquel la PAC doit faire face depuis quelques années.

Mais Henri Nallet rappelle que derrière les bons sentiments de l'écologie politique, il ne faut pas oublier que le démantèlement de la PAC reste étroitement lié à l'avenir des agriculteurs, de l'emploi, ainsi que du problème plus large de la sécurité alimentaire mondiale. D'où la nécessité d'arriver à articuler les préoccupations environnementales et la stabilisation des marchés, d'associer « intensification libérale » et « agriculture durable ». Convaincu qu'une action est possible pour faire bouger ces lignes, Henri Nallet propose de lier aide aux revenus des agriculteurs et agriculture durable.

Cette aide au revenu serait composée « d'aides financières à partir d'objectifs environnementaux simples, chiffrés, décidés en concertation par région homogène, agréés et contrôlés par la Commission ou une agence où siègerait des agronomes, des professionnels et des représentants de la société civile. Cette politique de soutien à la « durabilité » serait complétée par des mesures visant à améliorer la productivité du secteur agricole ».

Le concept d'aide au revenu serait justifié par un échange de produits alimentaires en quantité et en qualité suffisante. ll définit son concept d'aide au revenu comme flexible : « Quand, une année, les prix de marché sont élevés, elle peut être affectée à un fonds, en prévision d'autres années moins bonnes ». L'aide pourrait aussi être plafonnée à un certain montant, contrairement aux DPU, puisqu'elle serait destinée avant tout à assurer un revenu acceptable.
Pour étayer sa thèse, Henri Nallet s'appuie sur l'exemple américain, qui ne s'embarrasse guère de théories sur le découplage, assumant la place importante du secteur agricole dans l'économie du pays : cela devrait, selon lui, aider les Européens à déculpabiliser.

Il appelle alors l'UE à une affirmation de soi, de ses intérêts et de ses objectifs de puissance … et au courage de dire que, faute de prix permettant de rémunérer « normalement » le travail des paysans, il n'y en aura bientôt plus en Europe.

Au titre des outils de régulation recommandés : la mise en place de stocks pour lutter contre la spéculation, une réglementation des marchés à terme visant à les « rebrancher » aux quantités physiques disponibles, voire une interdiction de la spéculation sur les produits alimentaires de base, et enfin, la préférence communautaire.

En conclusion, Henri Nallet attend de la Présidence française du G20, qu'elle émette une première orientation de principe qui pourrait se traduire par la recommandation suivante : « Régulation plutôt que libéralisation », ce qui serait déjà une première victoire pour l'ancien ministre de l'Agriculture. Le souhait d'Henri Nallet a des chances de se réaliser car les récentes déclarations de Nicolas Sarkozy semblent confirmer sa détermination à œuvrer pour que toutes les puissances du G20 s'accordent sur un consensus concernant le dossier agricole.
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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le mercredi 23 mai 2012