Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
G20 de Séoul
Tribune


G20 de Séoul : quelles répercussions pour l’agriculture ?



La rédaction de momagri



Après les sommets de Londres et Pittsburgh marqués par l'urgence de trouver des solutions à la crise financière, le G20 de Toronto de juin 2010 a marqué le début de la réflexion sur la nécessaire réforme de la gouvernance financière internationale. Les chefs d'Etat et de gouvernements s'étaient alors penchés sur les questions de la dette et du retour de la croissance économique. Le G20 de Séoul, qui s'est tenu les 11 et 12 novembre, en est le prolongement direct. Il visait à réduire les déséquilibres de tous ordres et promouvoir une reprise économique, durable et équilibrée, dans un contexte international marqué par une crise de la dette et une « guerre » des monnaies. Si la question agricole n'a pas été directement abordée, elle est pourtant directement corrélée. Cela renforce d'autant l'intérêt de la proposition de Nicolas Sarkozy de focaliser le prochain G20 de 2011 en France sur les problématiques des matières premières et notamment agricoles.




Les cinq chantiers prioritaires mis en avant lors du G20 de Séoul.

1 – Promouvoir une croissance durable et équilibrée. La crise des subprimes a profondément affecté la croissance économique mondiale et elle a été suivie par une crise de la dette et de confiance touchant la quasi-totalité des pays du monde. La priorité aujourd'hui affichée est de lutter contre les « déséquilibres macroéconomiques » tels que le chômage ou la faim dans le monde en réduisant les tensions existantes entre les pays émergents exportateurs et leurs clients lourdement endettés. Afin d'aboutir à une « croissance équilibrée », les pays du G20 ont décidé d'établir avec le FMI, des directives indicatives pour détecter les grands déséquilibres des comptes courants, et d'endiguer les risques de marchés qui concourent à accroître la volatilité des prix et la vulnérabilité des pays les plus pauvres.

2 - Lutter contre la « guerre » des monnaies. Pour stimuler leur croissance atone, de nombreux pays ont volontairement maintenu la sous-évaluation de leurs monnaies, à l'instar notamment de la Chine et des Etats-Unis, ce qui a engendré de fortes tensions sur les marchés internationaux. Sans pour autant définir des modalités concrètes, le G20 a pris la résolution d'évoluer vers des taux de change plus proches de la réalité du marché, d'éviter toute dévaluation compétitive, et de contrôler les capitaux spéculatifs.

3 – Améliorer la réglementation financière. La crise financière de 2008, par sa durée et son ampleur, a révélé l'insuffisance de la réglementation financière internationale en matière de prise de position sur les marchés, et le manque de transparence des marchés dérivés de gré à gré. Pour cela, les dirigeants du G20 ont entériné les accords de Bâle III visant à accroître le ratio des fonds propres détenu par les institutions bancaires, et validé l'idée d'une surveillance accrue des marchés des dérivés négociés de gré à gré.

4 - Relancer le commerce international. Pour relancer leur économie intérieure et améliorer la sécurité de leur approvisionnement, les grandes puissances économiques ont pour la plupart mis en œuvre des mesures protectionnistes. La contraction du commerce international qui en a résulté s'est accompagnée de déséquilibres commerciaux importants et de nouvelles sources de tensions, affectant un peu plus une coopération internationale déjà mise à mal. C'est pour y remédier que l'idée d'une libéralisation plus poussée des échanges a été renouvelée, sans pour autant statuer sur des modalités concrètes.

5 - Réformer le Fonds Monétaire International (FMI). La période récente a souligné le rôle stratégique du FMI comme organe de gouvernance indispensable des équilibres économiques internationaux. Toutefois, sa structure et ses modalités d'action doivent être repensées de manière à prendre en compte les enjeux futurs et à être représentatives des nouvelles puissances économiques. C'est dans ce sens qu'un certain nombre de réformes ont été entérinées, et notamment celle relative au transfert de 6% des droits de vote aux nouvelles puissances émergentes telles que la Chine ou le Brésil.

En quoi l'agriculture est concernée ?

1 - L'objectif premier de promouvoir une croissance durable et équilibrée concerne en premier lieu l'agriculture. Les secteurs agricoles sont pour la plupart, soutenus par des gouvernements endettés au travers de politiques publiques spécifiques, fortement dotées financièrement. Par ailleurs, les exploitations agricoles sont de plus en plus endettées, aussi bien à court terme (soutiens de trésorerie) qu'à plus long terme (investissements productifs). Dès lors, les taux d'intérêt pratiqués par les Banques centrales jouent un rôle clé dans le coût de l'endettement des agriculteurs, dans la définition des budgets agricoles nationaux, et à terme sur la compétitivité du secteur agricole. D'après momagri©, les écarts de taux directeurs réels pratiqués aux Etats-Unis et en Europe pour endiguer la crise de la dette, se sont traduits par un avantage compétitif relatif pour les Etats-Unis, estimé à 4,487 milliards de Dollars entre 2007 et 20091.

2 - Il en est de même des propositions avancées pour lutter contre la guerre des monnaies car les taux de change ont un impact grandissant sur la compétitivité agricole. La libéralisation progressive des échanges agricoles s'est accompagnée d'un accroissement continu des flux commerciaux, tant en valeur qu'en volume, notamment depuis la conclusion du Cycle d'Uruguay en 1994 (Accord à Marrakech du GATT). Les conditions de concurrence sur les marchés internationaux en ont été profondément modifiées, et elles ont donc conféré aux taux de change une importance accrue dans la compétitivité agricole internationale. D'après momagri©, les écarts de taux de change réels entre le Dollar et l'Euro ont procuré à l'agriculture américaine un avantage relatif estimé à 4,4 milliards de Dollars par rapport à l'agriculture européenne rien que pour l'année 2009, soit l'équivalent de 50 Airbus A380.

3 – Les modalités d'amélioration de la réglementation financière concernent également directement les marchés agricoles qui sont soumis à une financiarisation croissante sur des marchés non régulés. La financiarisation2 des marchés agricoles est un phénomène récent mais très dynamique. En 2008, le volume des contrats échangés sur les matières premières était cinq fois supérieur à la moyenne constatée pour les autres supports tels que les taux d'intérêt, les actions ou les métaux précieux. Par ailleurs, plus de 80% des transactions sur les marchés à terme sont aujourd'hui réalisées sur les marchés de gré à gré, qui constituent des places grises non régulées. En 2008, plus de 90% des positions sur ces marchés ne faisaient pas l'objet d'un débouclage physique, et elles pouvaient donc être considérées comme des opérations de pure spéculation. Dès lors, et en l'absence de contrôle des mouvements spéculatifs, la volatilité des prix des matières premières agricoles a été renforcée ce qui est un facteur supplémentaire de déstabilisation des marchés agricoles.

4 – L'agriculture est l'un des dossiers stratégiques du Commerce international. L'agriculture constitue l'un des volets des négociations de l'OMC sur la libéralisation du commerce mondial. L'absence de consensus international sur le volet agricole, notamment sur la réduction des soutiens internes, lors des quatre dernières réunions ministérielles de l'OMC tenues depuis 2003 dans le cadre du Cycle de Doha, explique en grande partie l'échec des négociations jusqu'à ce jour. Par ailleurs, les mesures protectionnistes mises en place par certains Etats agro-exportateurs comme la Russie ou l'Ukraine ont fortement perturbé les marchés des matières premières agricoles et la volatilité des cours, et peuvent à terme, affecter les équilibres agricoles et la sécurité alimentaire internationale.

5 – La financiarisation de l'agriculture plaide pour une gouvernance agricole élargie au FMI. En conséquence des points précédents, la crise de la dette, les déséquilibres de change et la financiarisation croissante de l'agriculture nécessite une gouvernance agricole renouvelée de manière à intégrer ces problématiques dans les discussions agricoles en cours. Il est donc indispensable d'ouvrir les négociations agricoles actuellement menées dans le cadre de l'OMC (dont le mandat est spécifique au Commerce) aux autres institutions directement concernées, et en premier lieu le FMI pour les questions monétaires et financières.

1 Cette note est extraite d'un rapport plus complet réalisé par le think tank momagri©. Ce rapport élabore un indicateur mesurant la réalité des soutiens directs et indirects à l'agriculture dans le cadre de son projet de développement d'une agence de notation sur l'agriculture et ses enjeux.
2 La financiarisation s'apprécie notamment par l'importance croissante du recours au financement par endettement des différents acteurs qui interviennent sur les marchés. La valorisation des différents actifs s'effectue alors essentiellement à travers les marchés financiers de plus en plus sensibles au contexte économique international et à l'évolution d'indicateurs économiques les plus variés.
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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le mercredi 23 mai 2012