Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
surproduction
Tribune

Depuis plusieurs années les agriculteurs produisent trop, au détriment de leur propre prospérité.
Qu’en est-il aujourd’hui?



Daryll E. Ray et Harwood D. Schaffer
Agricultural Policy Analysis Center (APAC)


Anticiper les niveaux des prix auxquels s’établiront à terme les produits agricoles est devenu un jeu auquel se risquent de moins en moins d’experts. Qu’on le veuille ou non, la simple confrontation des offres et des demandes physiques ne suffit plus à expliquer les mouvements de prix. L’incertitude croissante sur les marchés agricoles dans un contexte global de crise avérée et l’apparition de nouveaux facteurs déstabilisateurs, à l’instar de la spéculation accrue, rendent les anticipations des plus hasardeuses et aléatoires. Comme le soulignent Daryll E. Ray et Harwood D. Schaffer de l’Agricultural Policy Analysis Center (APAC)1, les agriculteurs y sont confrontés au même titre. Ils sont en effet incapables de prévoir précisément quel sera le niveau de leur production et le prix auquel ils pourront vendre cette dernière. C’est là l’une des spécificités des marchés agricoles. Soulignant d’une part le fait que des prix profitables encouragent la production et donc l’augmentation à terme de l’offre, et d’autre part que la demande des pays émergents risque de se réduire à mesure que ces pays vont développer leur agriculture , Daryll E. Ray et Harwood D. Schaffer se demandent, à l’aune de cette spécificité, si les prix agricoles mondiaux vont rester durablement élevés. Rappelons que le bilan de santé de la PAC a été construit sur cette hypothèse…

La rédaction de momagri




A la lecture du rapport de Jerry Hagstrom portant sur une conférence de 3 jours intitulée : « Sommet sur l'Investissement dans l’Agriculture pour les Amériques », nous avons été frappés par les propos de Jason Henderson qui a dit « Je n'ai jamais rencontré un agriculteur qui n’était pas disposé à trop produire au détriment de sa propre prospérité ».

Dans cette unique phrase, Henderson, Vice-Président exécutif de la branche Omaha de la Federal Reserve Bank de Kansas City, résume ce que les économistes agricoles ont compris depuis longtemps. Tôt ou tard, les productions agricoles dépassent la demande, créant ainsi des périodes pluriannuelles de prix bas. La même chose est vraie à court-terme pour le bétail, bien que les éleveurs peuvent ajuster plus rapidement leur production que les agriculteurs provoquant des cycles qui ont été historiquement des cycles du porc et des bovins.

Cette tendance à la sur production n'est pas un phénomène nouveau dans l'agriculture américaine. Peu de temps après l’arrivée des premiers colons dans le Nord américain, les agriculteurs ont commencé à expédier à Londres un nouveau produit appelé : tabac. Fumer est devenu très à la mode et la production de tabac est devenue très lucrative.

Le prix était tellement lucratif que nombreux sont ceux qui se sont mis à produire du tabac, à tel point qu’en 40 ans, le marché était totalement inondé. Les prix ont alors chuté de façon spectaculaire et la diminution des surfaces de plantation de tabac s’est imposée afin de revenir à des niveaux de prix rentables.

Pendant de longues années, la production de l'indigo dans le Sud des Etats-Unis a été rentable, mais avec une production accrue en Amérique Centrale et du Sud, l'avènement de la guerre, et la perte de la prime par livre des britanniques, les productions américaines n’ont plus été concurrentielles et le marché intérieur s'est effondré pour ne jamais repartir.

Cette tendance des prix rentables, suivie d’une augmentation des productions et des surfaces, avec de longues périodes de prix bas, inquiètent les producteurs américains de maïs, de coton et le blé depuis toujours, en particulier depuis la fin de la guerre civile et l'ouverture des grandes plaines aux cultures agricoles. Cette situation s’est répétée après la première et la seconde guerre mondiale et le boom des exportations des années 1970.

Nous vivons actuellement un boom similaire et lors du sommet sur l'investissement, Gerald Bange, Président du Conseil du World Agricultural Outlook (Perspectives pour L’Agriculture du Monde) de l'USDA , annonce : « Nous ne verrons plus le maïs à $2 ou $3 aux Etats-Unis ». Aujourd’hui, son optimisme est fondé sur la production d'éthanol et une augmentation des exportations.

Actuellement, les exportations agricoles, destinées à la production d’éthanol, vers la Chine, l'Inde et la Russie ont entraîné une augmentation de la prospérité des agriculteurs américains. Selon le Rapport Hagstrom, du 24 octobre 2011, vol. 1 n ° 194, Henderson nous met en garde contre « des marchés mondiaux en croissance. Croissance qui ne durera pas ».

La théorie d’Henderson se fonde sur les différentes étapes par lesquelles les pays passent lors de leur développement. Dans un premier temps, un pays commence par augmenter ses importations d'aliments, comme l’a fait le Brésil dans les années 1970 et la Russie avec la viande dans les années 1990.

La Russie et la Chine, sont rendues à la seconde étape et cherchent à « développer la production de protéines pour nourrir leurs populations et réduire ainsi leurs importations de viande ». Pour ce faire, elles augmentent leurs importations de farine de soja.

Le Brésil est aujourd'hui rendu à la troisième étape, qui consiste à augmenter ses propres productions de sorte qu'il n’a plus à importer de nourriture pour ses propres animaux.

Au cours de la quatrième étape, un pays commence à rivaliser avec ses anciens fournisseurs, en exportant ses cultures et ses protéines. Le Brésil est déjà rendu à la quatrième étape en ce qui concerne le soja et est susceptible de l’être bientôt pour le maïs, le blé, la viande de bœuf, le porc et la volaille.

Si la tendance se maintient, la Russie et la Chine ne seront pas trop loin derrière.

1 http://www.agpolicy.org/weekcol/588.html
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Paris, le jeudi 17 avril 2014