Conférence organisée par le Commissaire à l’Agriculture et au développement rural
A quelques semaines de l’annonce par Dacian Ciolos des premières orientations de la réforme de la PAC, prévue mi-novembre, il est intéressant de relever quelques éléments qui ont émergé du débat ouvert depuis le début de l’année.
Si tous les observateurs ont salué une évolution de l’esprit et de la méthode de travail du nouveau Commissaire, aucune déclaration publique n’a encore véritablement remise en cause les orientations formulées par Marian Fischer Boel, en particulier sur le Bilan de santé de la PAC. Et c’est, à juste raison, ce qui alimente le scepticisme de ceux qui redoutent que la réforme soit une « affaire déjà réglée ».
Momagri considère de son côté que la démarche enclenchée par Dacian Ciolos est essentielle pour permettre une évolution des esprits en direction d’un système différent qui résolve tant la volatilité que le niveau de dumping des prix agricoles. La « révolution intellectuelle » attendue est si importante qu’elle nécessite du temps pour s’accomplir.
Par conséquent, qu’il s’agisse du Forum public ou de la Conférence « La PAC après 2013 », nous sommes dans un processus à multiples facettes : opération de communication, évaluation des forces en présence, amorce d’une recherche de consensus, et de test de nouvelles idées.
A l’actif de Dacian Ciolos, il y a indéniablement le consensus affiché autour du fait que l’agriculture et l’alimentation sont des domaines stratégiques. Nous retiendrons également ses premières prises de position sur le maintien du budget actuel de la PAC par exemple, qui recueillent l’adhésion d’une majorité des acteurs concernés (organisations agricoles, ONG, eurodéputés…). A cet égard, comment ne pas s’interroger sur la coïncidence des points de convergence entre le discours de Dacian Ciolos et le rapport sur l’avenir de la PAC après 2013 de l’eurodéputé George Lyon voté à la majorité en plénière au mois de juillet dernier ?
Que mettre à son passif, si ce n’est des éléments qui ne sont pas de son ressort, à savoir la position sur le budget global de l’UE et sur les grands principes budgétaires qui seront attachés à la future politique agricole européenne ?
Décrypter l’action de Dacian Ciolos n’est donc pas suffisant pour évaluer la réalité du changement de cap. Il s’agit également de suivre de près le travail des budgétaires, tant au Parlement européen qu’à la Commission, sans oublier la position de certains Etats membres (la Pologne, et plusieurs Etats membres de l’Europe de l’Est) qui pourraient faire pencher la balance d’un côté ou d’un autre. Et c’est bien en ce sens que travaille momagri.
Compte-rendu synthétique du Forum et de la Conférence « La PAC après 2013 »
1. Une majorité des citoyens européens :
- considère l’agriculture comme étant un sujet très important (46%), confirmant par-là le sondage réalisé en début d’année par l’Eurobaromètre,
- a très peu de connaissance sur la PAC (57%),
- attend de l’agriculture des produits sûrs et sains,
- est plutôt en faveur d’un soutien financier (39% pleinement d’accord, 44% plutôt d’accord et seulement 8% opposés) ;
2. Les réponses publiées sur le forum ont été tellement nombreuses, denses et diversifiées (« a rainbow of responses ») que les experts chargés du dépouillement des réponses ont avoué avoir eu des difficultés pour en tirer des enseignements généraux.
Ainsi, toutes les positions ont été exprimées : des partisans d’un marché totalement libre (position plutôt allemande) à ceux en faveur d’une politique agricole forte (position plutôt française). Une ligne de fracture est nettement apparue entre les défenseurs des « petits agriculteurs devant se battre pour survivre » et les partisans des « grosses exploitations compétitives ».
Ces éléments révèlent :
- un déficit dommageable de communication sur la PAC ;
- des visions encore très éloignées sur plusieurs points clés (le niveau des soutiens publics, le rôle du marché, la rémunération des biens publics, l’exigence de sécurité alimentaire, le degré des protections aux frontières, la régulation des marchés à terme …)
… qui expliquent toute la difficulté de prédire une orientation précise de la réforme de la PAC.
3. Le caractère stratégique de l’agriculture est bien ressorti, mais pour deux principales raisons : l’environnement et la sécurité alimentaire.
Les problèmes liés à l’activité même des agriculteurs ont été, selon nous, insuffisamment évoqués.
4. Plusieurs propositions et analyses diffusées par momagri commencent à « prendre du poids » dans le débat public :
- « nous avons besoin d’une PAC flexible combinant des mesures ciblées et adaptées aux différentes situations de crise afin de soutenir au mieux le revenu des agriculteurs » (F. Mantino, le directeur de la recherche de l’Institut Italien pour la recherche en économie agricole).
-« la future PAC doit permettre aux agriculteurs de « vivre des prix et non des aides » et de faire face aux « défaillances de marché et à l’instabilité structurelle des prix ».
- « il faut arrêter de sacrifier l’agriculture sur l’autel de la libéralisation (syndicat polonais) ».
-« la stabilisation des revenus passe par la stabilisation des prix, bien entendu à un niveau qui permette à l’agriculteur de vivre de sa production ».
5. Bertrand Hervieu a souligné le « glissement de sémantique de la multifonctionnalité au bien public ». Or, derrière la question des biens publics se profile celle des revenus des agriculteurs. Et la question du « comment payer ces biens publics » est restée sans réponse.
6. Une appréhension du sujet de la volatilité des prix encore sommaire et marquée par l’idéologie « OCDE ».
En effet un des experts présents, Chris Gilbert, directeur du programme doctoral en Economie et Management à l’université de Trento en Italie, a déclaré qu’il n’y avait sur ce sujet encore aucune certitude. Il a par ailleurs ajouté que « le monde n’était pas simple et que toutes les considérations étaient vraies ». A titre d’exemple, il a indiqué que « la libéralisation était tout à la fois une partie du problème et une partie de la réponse ». A la question de savoir « si la libéralisation réduisait ou augmentait la volatilité », il a répondu « oui et non ».
7. L’intervention de Marc Dufumier a été particulièrement applaudie. Il a en effet dénoncé la dépendance de l’UE sur les protéines animales et a réclamé la réintroduction de droits de douane aux frontières pour ces produits.
Il a également été l’un des rares à souligner que l’agriculture ne correspondait pas à une économie de concurrence pure et parfaite, ce qui justifiait pleinement une régulation.
8. En conclusion, on comprend bien l’appel final du Commissaire à une PAC forte, efficace et équilibrée, car les trois 3 adjectifs résument les dominantes des différentes interventions :
- « forte », parce que l’agriculture porte de nombreux enjeux et attentes des citoyens (cf. résultats du Débat public), le budget ne devra donc pas être réduit… ;
- « efficace », traduisant la reconnaissance que la PAC actuelle ne fonctionne plus, d’où la nécessité de la réforme et répondant donc à tous les détracteurs de la PAC (les pro et les contre) ;
- « équilibrée », relayant les nombreuses critiques sur les déséquilibres de soutien entre les productions et les régions : les orientations proposées s’appuieront inévitablement sur cet argument. Les modalités d’attribution des aides ont effectivement été régulièrement dénoncées.
Qu’avez-vous retenu de la Conférence ?
Christian Pèes, vice-président de momagri et président d’Euralis
« Dacian Ciolos est à la recherche d’équilibres entre de multiples attentes et des visions très diversifiées. Tout le problème va être de savoir où mettre le curseur ».
Julien Valentin, membre du conseil d’administration des Jeunes Agriculteurs, vice-président du CEJA
« Je demeure étonné qu’aucun expert n’ait relevé les risques déjà perceptibles à cette date de hausse des prix du blé. Cela prouve que nous sommes totalement démunis face à la volatilité des prix. Il y a urgence à réguler les marchés agricoles. »
Quelques propos relevés
Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA
« Le tunnel de prix est un concept à étudier … Il y a effectivement une distinction à faire entre une variabilité « gérable » des prix et une hypervolatilité des prix qui correspond à une situation de crise. »
Nadège Chambon, Notre Europe
« Tous les acteurs présents sont convaincus de la nécessité d’une PAC forte […] Comment faire maintenant pour convaincre les budgétaires ?» |