Le conseil international des céréales (CIC) prévoit une production record de blé pour 2008, à 646 Mt, soit 7% de plus que les quantités produites en 2007. Certains en concluent que l’année 2008 sera celle de l’apaisement des tensions sur le marché des matières premières agricoles, il est tout de même plus prudent de prendre du recul vis-à-vis de ces prévisions, et notamment ses implications sur les cours mondiaux.
Si aujourd’hui, les estimations sont optimistes, rien d’indique que cela va perdurer d’ici Juillet 2008 : rien ne garantit que les prix resteront élevés et rien ne peut assurer que les conditions actuelles, notamment les conditions climatiques favorables joueront encore en juillet lors de la prochaine moisson. Sans jouer les Cassandre, la situation peut se retourner très rapidement d’autant que l’un des indicateurs majeurs de la stabilité des marchés, le niveau des stocks mondiaux a atteint un niveau préoccupant (le même qu’en 1947) et ne peut plus jouer le rôle d’amortisseur. Cette tendance s’observe dans la plupart des « greniers » du monde. Ainsi début mars, le ministère américain de l’Agriculture (USDA) a confirmé une diminution des stocks de blé américain de 800 000 t. Par ailleurs, les aléas climatiques, circonscrits géographiquement, peuvent affecter instantanément et durablement une production donnée. Si les aléas climatiques n’affectent dans la majorité des cas moins de 5% de la production mondiale, ils influencent grandement les anticipations des acteurs économiques du marché, qu’ils s’agissent des producteurs, des spéculateurs et des Etats. Et c’est là que réside toute la spécificité des marchés agricoles car des écarts de quelques pourcents entre l’offre et la demande se sont toujours traduits par des variations de prix très importantes. En 2007, 603 MT de blé ont été produits et 617 MT consommés. L’écart ne représente que 2 % alors que les prix ont doublé. Il est donc essentiel de ne pas tomber dans une simplification à outrance dès lors que l’on fait des prévisions, en adoptant un raisonnement « toute chose égale par ailleurs » selon lequel les anticipations des producteurs, des spéculateurs et les risques naturels ne jouent aucun rôle dans la formation des prix. Un tel raisonnement est faux et dangereux, comme l’Histoire a pu nous le démontrer à maintes reprises. En témoigne l’exemple récent de l’Australie en 2007, lorsque, du jour au lendemain, les anticipations, jusqu’alors optimistes des acteurs du marché ont été bouleversées suite à l’annonce par le gouvernement Australien de récoltes deux fois inférieures aux estimations. Si une telle erreur de jugement est impardonnable dans l’Industrie, elle l’est tout à fait dans l’Agriculture car personne ne peut savoir à l’avance quelle quantité sera produite et quelle sera sa qualité, avec une marge d’erreur inférieure à 20%. Ce n’est pas pour autant qu’il faut être défaitiste et se laisser guider par les mouvements erratiques du marché. Il est primordial de mieux appréhender cette réalité complexe qu’est l’Agriculture, et les différents mécanismes, qu’ils soient économiques ou psychologiques, qui sont à l’origine de la forte volatilité des prix des matières premières agricoles. C’est l’un des objectifs du modèle MOMAGRI, aujourd’hui achevé, que d’apporter des réponses à ces questions qui sont aujourd’hui sans réponses. |