Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
élections européennes 2014
Tribune


Lettre ouverte aux candidats aux élections européennes
du 25 mai 2014



Pierre Pagesse,


Président de momagri



Paris, le 12 mai 2014


L’UE est à contre-courant des stratégies agricoles et alimentaires mondiales : il est urgent de donner un nouveau cap stratégique à la PAC !


Chère Madame, cher Monsieur,

Peu de candidats à l’élection européenne sont issus du monde agricole ou connaissent l’agriculture. Pourtant de vos décisions d’élus dépendra la capacité de l’Union Européenne à nourrir les générations de demain, tant sur le plan quantitatif que qualitatif.

C’est ainsi que l’agriculture occupe une place de plus en plus stratégique dans les priorités des grandes puissances de la planète (Etats-Unis, Chine, Inde, Brésil, Russie, Canada …) du fait de la conjonction de plusieurs facteurs : l’accroissement démographique mondial, les crises alimentaires à répétition, mais aussi la mondialisation, les tensions en Europe de l’Est, la nouvelle donne des marchés agricoles avec leur financiarisation et l’amplification attendue du phénomène d’instabilité des marchés.

L’agriculture est ainsi redevenue un enjeu géopolitique majeur sur la scène internationale et sera à l’origine de fortes tensions sur la sécurité alimentaire mondiale dans les années à venir.

Or la PAC qui vient d’être votée pour les sept années à venir, ignore totalement cet environnement géostratégique d’une extrême sensibilité.

Fait aggravant dans un contexte mondialisé et de libre-échange, notre nouvelle politique agricole ne dispose d’aucun moyen d’action pour endiguer le phénomène destructeur pour les agriculteurs que représente l’hypervolatilité des cours. En cause une approche économique erronée qui sous-estime les risques de marché affectant l’agriculture et qui nie l’efficacité de mécanismes stabilisateurs.

C’est ainsi que l’Union européenne est la seule région du monde à fonder l’essentiel de sa politique agricole sur des aides directes (les Droits à Paiement de Base) totalement déconnectés de la réalité économique, alors que les dernières aides découplées américaines viennent d’être supprimées.

Tous les grands pays producteurs ont mis en place des mécanismes assurantiels et contracycliques en réponse à l’instabilité des marchés agricoles. C’est ainsi par exemple que le récent vote du nouveau Farm Bill américain garantit par des mécanismes habiles le revenu des Farmers.

S’y ajoutent des mécanismes de stimulation de la demande, telle l’aide alimentaire qui profite à 47 millions d’Américains (plus de 50% du budget agricole américain) ou l’appui au développement des biocarburants au Brésil qui sécurisent mécaniquement une partie de l’offre agricole.

La PAC ignore donc aussi les nouvelles réalités économiques de l’agriculture.

Autant dire que l’introduction d’une agriculture européenne aussi exposée dans des accords de libre-échange avec les Etats-Unis et le Mercosur provoquerait un affaiblissement considérable de la position des agriculteurs européens. L’UE importe déjà l’équivalent de la surface agricole utile française (27 millions d’hectares), il est donc temps de réorienter la PAC pour éviter que cette situation ne s’aggrave.

Sachant que les experts s’accordent pour reconnaître que l’instabilité des marchés agricoles et la compétition internationale se durciront encore dans les années à venir, il devient urgent de provoquer une prise de conscience : la PAC ne peut plus rester une politique à contre-courant des autres grandes politiques agricoles de la planète.

Le Commissaire européen chargé de l’agriculture, Dacian Ciolos, a redressé la trajectoire initiale ouverte à la fin des années 1990, visant à déréguler les mécanismes de soutien agricole. Mais une évolution doit encore être réalisée au cours de la mandature à venir. La révision à mi-parcours du cadre financier pluri-annuel européen en 2016-2017 pourra en être l’occasion.

Les futurs élus européens ont donc la possibilité de se mobiliser dès le début de la mandature pour ouvrir une réflexion approfondie visant à donner un nouveau cap stratégique à la PAC 2020.

Sur quelles bases engager cette nécessaire réflexion ? D’abord sur une analyse des réalités économiques de l’agriculture puis sur une comparaison avec les politiques agricoles des autres grandes puissances de la planète.

Les problématiques agricoles ne peuvent être réduites à de simples considérations commerciales dictées par l’application des théories du commerce international. La sécurité des approvisionnements alimentaires conjuguée au nécessaire maintien des équilibres politiques et sociaux confèrent à l’agriculture un statut spécifique relevant directement de la sécurité nationale.

C’est en ce sens que momagri proposera un nouveau cap stratégique pour la PAC dès le mois de juillet 2014. Une PAC 2020 qui serait notamment refondue autour d’un dispositif contracyclique, stabilisateur des revenus et à un coût global constant pour le budget communautaire, tout en étant largement compatible avec les engagements européens vis-à-vis de l’OMC.

Dans cette perspective, nous souhaiterions vivement que vous vous engagiez en faveur :

    - du caractère géostratégique de l’agriculture et de sa capacité à nourrir la population européenne dans des conditions de sécurité alimentaire affirmée ;

    - d’une introduction de mécanismes qui protègent les agriculteurs des variations erratiques du marché afin de leur donner la visibilité nécessaire à l’exercice de leur métier nourricier ;

    - d’un refus de tout accord de libre-échange dans un contexte où nos agriculteurs ne disposeraient pas des mêmes armes que leurs concurrents face à l’instabilité des marchés.
En vous remerciant pour l’attention que vous porterez à ce courrier, je vous prie d’agréer, chère Madame, cher Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.



Pierre Pagesse
Président de momagri

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Paris, le vendredi 17 novembre 2017