Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.

Carlos Sere
Témoignage


Rio+20 : quels enjeux pour l’agriculture et la gouvernance mondiale ?



Carlos Sere,


Chef du département des stratégies de développement
du Fond international pour le développement agricole (FIDA)
Interview par le Centre d’actualité de l’ONU


La Conférence des Nations Unies sur le développement durable, la Conférence Rio+20, s’est tenue du 20 au 22 juin derniers au Brésil. Vingt ans après le sommet de la Terre, les dirigeants du monde entier se sont retrouvés afin de prendre des engagements pour le développement durable. Si les résultats de ce sommet ont été bien en-deça des attentes et des espérances d’une grande partie des acteurs présents, en particulier les ONG, cet évènement a néanmoins été l’occasion d’aborder des questions fondamentales pour l’avenir de la planète, notamment l’agriculture, la sécurité alimentaire et la gouvernance mondiale. A ce titre, nous vous invitons à lire l’interview de Carlos Sere, Chef du département des stratégies de développement du du Fond international pour le développement agricole (FIDA), réalisée par le centre d’actualité de l’ONU quelques jours avant le sommet, qui résume bien les enjeux de cette Conférence en termes d’agriculture et de gouvernance1. Comme il le souligne, le vrai défi consiste à réussir à aborder de manière globale les différents enjeux liés à l’agriculture, la pauvreté, l’environnement, l’eau ou encore le développement. Sans une véritable gouvernance agricole et alimentaire mondiale, permettant d’aborder de façon transversale et concertée des thèmes aussi interdépendants, les défis du 21ème siècle ne pourront en effet pas être relevés.

La rédaction de momagri




Le centre d’actualité de l’ONU : quelle est la situation alimentaire mondiale à l'heure actuelle ?

Carlos Sere : la situation alimentaire dans le monde est la suivante : nous avons une population qui ne cesse d’augmenter, des revenus qui croissent, un changement dans les modes de consommation, une population qui consomme de plus en plus de denrées animales, légumes, fruits, huiles, tout cela ne fait qu'augmenter le volume de produits alimentaire nécessaires pour satisfaire une demande croissante.

Et en parallèle, les ressources du monde sont de plus en plus limitées. La situation est très préoccupante, avec en plus, récemment, une très forte volatilité des prix. Ainsi, une sécheresse en Australie ou en Russie augmenterait rapidement le prix du blé, car il n'y a pas suffisamment de stocks pour réguler les marchés. Durant de nombreuses années, nous avons pris les produits alimentaires comme un acquis, mais depuis quelques années nourrir la population est devenue un enjeu critique, voire stratégique.

Une autre donnée importante est l'augmentation du prix du pétrole et la nécessité par conséquent de trouver de nouvelles sources d'énergies renouvelables comme notamment le bio-éthanol produit à partir du maïs. Ce qui fait que nous sommes en train de lier le marché de l'alimentation au marché de l'énergie. Et cela ne fait qu’aggraver la volatilité des prix.

Le centre d’actualité de l’ONU : Quel est l’impact de la volatilité des prix sur les stocks alimentaires ?

Carlos Sere : Les pays pensaient que s’ils n'avaient pas obtenu une bonne récolte, ils pourraient acheter sur le marché mondial. Mais avec la crise alimentaire de ces dernières années, ils ont réalisé que, parfois, même s’ils veulent acheter, certains pays interdisent les exportations. Il devient donc crucial de penser davantage à l'autosuffisance alimentaire plutôt que d'avoir recours à l’achat de produits alimentaires.

Le centre d’actualité de l’ONU : Quel est l’objectif du Rio +20 sur la sécurité alimentaire et l'agriculture durable ?

Carlos Sere : Pour le FIDA, notre objectif est de mettre l’alimentation et les petits agriculteurs au centre des débats de la conférence de Rio.

Les petits exploitants agricoles des pays en développement maîtrisent le sol, l'eau et la main-d'œuvre. Il est essentiel de penser à cela lorsque vous pensez à la production alimentaire. Nombreux sont ceux qui considèrent les petits exploitants agricoles comme un autre problème social.

Or, c’est un élément essentiel pour la durabilité du monde, car en contrôlant une grande partie des terres les petits agriculteurs gênèrent d'autres services environnementaux, par exemple, la séquestration du carbone. Nous faisons vraiment en sorte que les petits agriculteurs restent au centre du nouveau paradigme de la durabilité.

Le centre d’actualité de l’ONU : Que peut-on faire pour contribuer à la sécurité alimentaire et la durabilité ?

Carlos Sere : Que chacun soit responsable de sa consommation et de son style de vie semble important. Mais le plus important serait une bonne gouvernance des processus politiques qui conduisent à ces décisions. S'engager dans le processus politique, dans le débat, la compréhension de ces questions, et faire en sorte que le point de vue de la population entre dans ce processus... est, selon moi, ce qui ferait la différence.

Si nous pouvions parvenir à un environnement politique propice à cela et veiller à ce que les bonnes décisions politiques soient mises en place... cela aurait un impact majeur sur la vie des gens.

Le centre d’actualité de l’ONU : Quel est le principal défi de la sécurité alimentaire et de la durabilité de l'agriculture lors du Rio+20 ?

Carlos Sere : Je dirais que le véritable défi de la conférence de Rio +20, est que nous devons réaliser que nous devons impérativement travailler en partenariat. Nous avons tous essayé de faire de notre mieux dans nos secteurs respectifs, certains d'entre nous travaillent dans l'agriculture, d'autres dans l'environnement, et d'autres encore sur l’eau, etc. Le véritable défi consiste à nous rendre compte que, à l'avenir, ces approches sectorielles ne fonctionneront pas. Si nous voulons lutter contre la pauvreté, nous devons gérer l'agriculture, les politiques sociales et la dimension environnementale, ensemble, car ces questions sont toutes liées entre elles.

Je pense que notre principal défi à Rio est de penser en ces termes, de trouver l’énergie nécessaire pour que la gouvernance de ces processus fonctionne et se doter de moyens de le faire de façon gérable. Car le monde est complexe et nous ne pouvons gérer qu’une partie des choses. Imaginer de nouvelles voies à travers des partenariats, de la collaboration, trouver des moyens pour mieux gérer cette complexité, c'est le véritable défi du Rio + 20.

1 http://www.un.org/apps/news/story.asp?NewsID=42262&Cr=Sustainable+Development&Cr1=
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Paris, le vendredi 24 mai 2019