Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Témoignage

Négociations à l’OMC : fin du développement durable


Déclaration conjointe de 165 millions d’agriculteurs de cinq continents


Quelques jours avant l’échec de la réunion du G-4 à Postdam1, le COPA-COGECA2 et les organisations agricoles issues des cinq continents ont manifesté une nouvelle fois, dans une déclaration conjointe, leurs inquiétudes face aux dernières évolutions du Cycle de Doha.

En dépit de leur dénomination, les négociations du « Cycle de Doha pour le développement » prennent une tournure qui, en réalité, fragilise les trois piliers du développement durable. Alors même que l’agriculture représente les fondations de la croissance économique mondiale et qu’elle est en mesure de répondre aux enjeux sociaux et environnementaux du XXIème siècle, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ne tient pas compte aujourd’hui de ses spécificités.

Le MOMA renouvelle donc son soutien au COPA-COGECA et aux organisations agricoles porte-parole de plus de 165 millions d’agriculteurs du monde, en reprenant ici leur communiqué dans son intégralité.



« Nous, les dirigeants agricoles des pays développés et en développement du monde entier, partageons de vives préoccupations concernant le volet agriculture du cycle de négociations de Doha à l’OMC.

Actuellement, les négociations commerciales sont dominées par les intérêts de quelques grands exportateurs agricoles. Le rôle particulier joué par l’agriculture, qui est de garantir aux populations locales la sécurité alimentaire, de préserver la viabilité des communautés rurales et de protéger les précieuses ressources naturelles de la Terre, est complètement ignoré.

De plus, les négociateurs devraient garder à l’esprit que le cycle de Doha est un « cycle de développement » et non un « cycle d’accès aux marchés ». Il n’est nullement tenu compte du besoin vital, pour les pays en développement, de développer leur base agricole pour assurer à leur population rurale la sécurité alimentaire et des moyens de subsistance.

Plus de deux tiers des membres de l’OMC, y compris le G10, le G33, les pays ACP et l’UE, ont clairement indiqué que leurs préoccupations, dont la sensibilité aux importations, devaient être prises en compte à l’OMC. Toutefois, le Président des négociations sur l’agriculture lui-même, M. Crawford Falconer, ne fait pratiquement aucune référence aux questions non commerciales dans les rapports qu’il vient de publier sur la manière dont il envisage la suite des négociations.

Il se concentre plutôt sur les intérêts des pays exportateurs de denrées alimentaires tels que les pays du groupe de Cairns, les Etats-Unis et les membres du G20 en proposant une réduction moyenne des droits de douane de plus de 50% et en avançant des mesures totalement insuffisantes pour permettre aux différents pays de protéger leurs produits plus sensibles ou particuliers.

Nous soutenons pleinement l’objectif de l’OMC qui est que tous ses membres respectent les mêmes règles claires et transparentes dans le commerce international et qu’ils n’utilisent pas d’instruments politiques mettant à mal la stabilité des marchés mondiaux. Ces règles doivent cependant permettre aux différents pays de mettre en œuvre des politiques qui tiennent compte des préoccupations de leurs propres citoyens en matière d’alimentation et d’agriculture.

Si la proposition de M. Falconer devait être acceptée, cela mettrait en danger la production agricole dans de nombreuses régions du monde, ce qui aurait de graves conséquences pour la moitié de la population mondiale, qui vit dans des zones rurales, en majorité dans des pays en développement relativement pauvres. Face à la concurrence des exploitations à grande échelle et des multinationales de la distribution, comment les agriculteurs peuvent-ils assurer une production durable et prendre soin de leurs terres de manière à protéger l’environnement et à contribuer à résoudre les problèmes qui nous mènent actuellement vers un changement climatique ?

Il serait absurde de mettre en place des règles commerciales qui empêcheraient l’agriculture de jouer son rôle multifonctionnel vital, surtout si l’on garde à l’esprit que moins de 10% de la production alimentaire mondiale totale fait l’objet d’échanges internationaux. C’est pourquoi nous en appelons aux millions d’agriculteurs et à leurs familles partout dans le monde pour qu’ils se fassent entendre et exigent des résultats justes et équitables à l’OMC qui tiendraient compte des priorités listées ci-dessous.

> Les négociations doivent être transparentes et démocratiques et impliquer tous les membres de l’OMC.

> Les résultats du cycle de négociations de Doha doivent être équilibrés et équitables pour assurer la coexistence de différentes formes d’agriculture.

> Tous les membres de l’OMC doivent avoir le droit de garantir leur sécurité alimentaire en maintenant un niveau adéquat de production intérieure.

> Tous les membres de l’OMC doivent avoir le droit de répondre aux préoccupations non commerciales de leurs citoyens, y compris celles qui touchent à la sécurité alimentaire, à la sécurité sanitaire des aliments, à l’environnement, aux communautés rurales et au bien-être animal.

> Il faut pleinement prendre en considération la possibilité d’accorder un traitement particulier et différencié aux pays en développement pour combler les besoins réels de leurs petits agriculteurs vulnérables et pauvres en ressources et pour garantir à ces pays la souveraineté alimentaire.

> Un équilibre doit être trouvé entre les efforts effectués par les membres de l’OMC dans les domaines du soutien interne, de la concurrence à l’exportation et de l’accès aux marchés.

> Les réductions des droits de douane doivent être nettement inférieures à ce que propose le président Falconer de façon à refléter la position de tous les membres de l’OMC, et pas seulement des membres du G20 et des Etats-Unis.

> Il est inacceptable de plafonner les droits de douane.

> Il doit être permis à chaque pays de désigner un nombre approprié de produits sensibles. Ces produits doivent être traités avec une grande flexibilité.

> Des garde-fous doivent être maintenus aussi bien pour les pays en développement que pour les pays développés.

> Les règles visant à protéger les indications géographiques doivent être renforcées.

Nous souhaitons qu’un accord soit conclu à l’OMC mais une absence d’accord vaut mieux qu’un mauvais accord. »



Les responsables politiques ne peuvent plus ignorer les appels angoissés de ces 165 millions d’agriculteurs. Ils requièrent de nouvelles régulations, adaptées aux marchés agricoles, qui prennent en compte non seulement le volet commercial mais aussi l’ensemble des dimensions environnementale, sanitaire ou encore socioculturelle auxquelles l’agriculture est rattachée.

Inscrire durablement ces principes de régulation du commerce agricole international pour garantir la souveraineté et la sécurité alimentaires, et permettre l’émergence d’une nouvelle coopération mondiale dédiée à l’agriculture, tels sont les objectifs du MOMA. A travers son travail d‘information et la construction des nouveaux outils d’aide à la décision que constituent le modèle NRA et l’agence internationale de notation et d’évaluation, le MOMA veut favoriser des échanges équilibrés et responsables entre les différentes nations du monde.


1 Les délégations du Brésil et de l’Inde ont en effet décidé, le jeudi 21 juin, de clore prématurément les discussions avec les Etats-Unis et l’Union Européenne, rassemblés à Postdam en Allemagne sous l’égide de l’Organisation Mondiale du Commerce.
2 Comité des Organisation Professionnelles Agricoles de l’Union Européenne (COPA) et Confédération Générale des Coopératives Agricoles de l’Union Européenne, www.copa-cogeca.be.
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Paris, le vendredi 24 mai 2019