Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Témoignage

La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture



Rapport SOFA 2013,

FAO


A l’heure où les divers enjeux et facteurs de la sécurité alimentaire – développement agricole, environnement, stabilité économique, sociale, politique et géopolitique des Etats, échanges commerciaux, financiarisation des marchés… - ont rarement été aussi intimement liés les uns aux autres, la mise en œuvre d’une véritable gouvernance agricole et alimentaire mondiale n’a jamais été aussi essentielle.

Pour ce faire, la mise à disposition de données et d’indicateurs à même d’accompagner les processus de décision tant au niveau local qu’international est primordiale ainsi que le souligne le dernier rapport de la FAO sur la situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture dont nous reproduisons ici un extrait1.

En effet, construire des indicateurs et des instruments d’évaluation transparents et appropriés est une contribution essentielle à la pérennisation de la sécurité alimentaire et à l’émergence d’une gouvernance mondiale en matière d’Agriculture et de sécurité alimentaire. La plus grande difficulté réside cependant dans la capacité d’un indicateur à évaluer conjointement l’efficience économique et l’optimisation de la sécurité alimentaire, deux dimensions intimement liés. C’est dans cette optique que notre think tank a créé une agence de notation : l’Agence momagri. L’une de ses missions est de fournir aux décideurs et différentes parties prenantes du monde agricole des indicateurs susceptibles de répondre aux questions au cœur des préoccupations internationales.

La rédaction de momagri




De meilleures données pour une meilleure prise de décisions

Pour être efficaces, l’élaboration des politiques, l’obligation redditionnelle et les activités de plaidoyer doivent s’appuyer sur une évaluation correcte de la situation nutritionnelle. Le présent rapport a montré que de nombreux pays ne disposent pas des données et des indicateurs de base nécessaires pour apprécier et suivre cette situation, un état de fait qui témoigne également du manque de recherches sur les liens entre le système alimentaire et la nutrition. Or, ces recherches sont indispensables pour concevoir une collecte de données efficiente et aider à l’élaboration d’indicateurs présentant un bon rapport coût-efficacité.

L’absence de données adéquates s’est révélée problématique en Colombie, lors de l’élaboration du Plan d’amélioration de l’alimentation et de la nutrition d’Antioquia (Garrett et Natalicchio, 2011). Une enquête réalisée en 2005 en Éthiopie a montré que la malnutrition atteignait des sommets dans les régions où la productivité agricole était la plus élevée. Cette situation paradoxale n’aurait peut-être pas été détectée sans les données produites par cette enquête.

Des informations nutritionnelles précises et disponibles en temps opportun contribuent aussi à l’efficacité des initiatives de plaidoyer (IDS, 2012). La collecte, à intervalles réguliers, de données sur les résultats obtenus est importante pour l’établissement d’un consensus, pour la coordination et pour la répartition des fonds. De ce fait, la demande d’informations doit également être gérée entre secteurs. Un suivi efficace représente un volet important de la gouvernance de la nutrition.


Une coordination efficace est essentielle

La malnutrition ayant des causes multiples – régimes alimentaires médiocres, eau insalubre, maladies et soins inappropriés aux enfants –, il est nécessaire de recourir à des interventions multisectorielles et de les coordonner. L’expérience tirée des programmes conjoints des Nations Unies, en particulier dans le domaine d’activité «Enfance, sécurité alimentaire et nutrition» du Fonds pour la réalisation des OMD, montre l’importance de la coordination entre toutes les parties prenantes, notamment les autorités locales et la société civile (Fonds pour la réalisation des OMD, 2013).

L’efficacité de la coordination horizontale a été l’une des clés de la réussite du programme Faim Zéro ainsi que d’autres programmes, moins ambitieux toutefois.

Au Brésil, la formulation, l’adoption et la mise en œuvre des politiques en faveur de la nutrition sont coordonnées par le Système national de sécurité alimentaire et de nutrition (SISAN). Ce système regroupe 17 ministères et est dirigé par le Président.

Toujours au Brésil, le Congrès a contribué à la collaboration intersectorielle en légitimant les initiatives et en facilitant la communication entre les différentes parties prenantes, comme les ministères, les administrations d’État, les administrations municipales et la société civile (Acosta, 2011a). Cette dernière a également joué un rôle important à travers le Conseil national de la sécurité alimentaire (Conselho Nacional de Segurança Alimentar e Nutricional – CONSEA), constitué pour deux tiers de membres de la société civile et pour un tiers de représentants des pouvoirs publics. Le CONSEA assure des fonctions d’appui, de suivi et de conseil pour la formulation des politiques et programmes d’alimentation et de nutrition.

Au Pérou, les bons résultats obtenus dans la réduction de la malnutrition sont dus en partie à la croissance économique, mais bien plus encore à l’amélioration des structures et mécanismes de coordination nationale, à l’augmentation des financements publics et privés consacrés aux programmes nutritionnels, et à l’alignement des programmes sociaux avec la stratégie nutritionnelle nationale (Acosta, 2011b).

La Table ronde pour la réduction de la pauvreté (Mesa de Concertación para la Lucha Contra la Pobreza – MCLCP) a largement concouru à renforcer le dialogue et la coordination. Depuis les années 80, on a tenté à de nombreuses reprises de créer des organes similaires en Amérique latine et dans les Caraïbes, mais beaucoup n’ont eu qu’un impact limité, du fait de fonctions de coordination et de dialogue mélangées, du manque d’un financement adéquat et d’une absence de volonté politique. Les exemples du CONSEA et de la MCLCP illustrent les facteurs qui facilitent la mise en oeuvre de mécanismes et d’organes destinés à améliorer la gouvernance de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. On observe des différences, mais les principaux enseignements sont les mêmes dans les deux dispositifs:
    • Le processus doit être conduit par les pays.
    • Des organes séparés doivent être mis en place pour la coordination gouvernementale interne, d’une part, et pour le dialogue sur les mesures à prendre, la participation et la coordination de l’action des parties prenantes, d’autre part.
    • Les arrangements institutionnels doivent être dotés de ressources adéquates.
    • Des organes décentralisés doivent être créés afin de permettre à ces mécanismes de fonctionner aux niveaux national et infranational.
Les incitations à intensifier la coopération intersectorielle et à améliorer la coopération verticale résultent pour partie de modalités de financement particulières. Dans le cadre du programme Bolsa Família au Brésil, par exemple, les paiements aux familles pauvres étaient assortis d’une obligation d’envoyer les enfants à l’école et de réaliser des bilans de santé réguliers, ce qui a encouragé la coordination entre les ministères de la santé et de l’éducation. De même, le programme de repas scolaires était tenu d’effectuer ses achats de produits alimentaires auprès des producteurs locaux. Le Gouvernement brésilien a également fourni un soutien supplémentaire aux municipalités les plus pauvres pour la mise en oeuvre du programme Bolsa Família (Acosta, 2011a).

De manière générale, la transparence des allocations budgétaires est un facteur déterminant pour préserver la collaboration intersectorielle.

L’introduction de nouveaux types de semences ou de produits alimentaires impose que la législation et la réglementation nécessaires soient en place, pour traiter les questions environnementales et sanitaires, par exemple. Là encore, la collaboration intersectorielle joue un rôle important.

Au Burkina Faso et au Mali, par exemple, les Ministères de l’environnement jouent un rôle moteur pour ce qui est de la réglementation en matière de biosécurité, mais le Ministère de la santé est également un acteur important, tout comme le Ministère de l’agriculture. Parallèlement, les organisations paysannes, les organisations de femmes rurales, les organisations de consommateurs, les ONG et l’industrie alimentaire sont directement associées au processus, et cherchent toutes à l’infléchir en fonction de leurs intérêts propres (Birner et al., 2007).

La législation et la réglementation sont également des facteurs importants pour la gouvernance de la chaîne de production, dont la complexité augmente à mesure que le système alimentaire se transforme.

Les organismes doivent disposer des capacités requises en matière de coordination, de planification, de mise en oeuvre, de suivi et d’évaluation. En Zambie, l’augmentation du nombre de nutritionnistes qualifiés travaillant dans le principal organe de coordination pourrait améliorer cette dernière (Taylor, 2012b). La formation du personnel à la nutrition contribue également beaucoup à instaurer un langage commun entre les acteurs des différents secteurs. Au Sénégal, l’intervention d’ONG compétentes et la formation ont permis au programme de renforcement de la nutrition de fonctionner correctement au niveau local (Garrett et Natalicchio, 2011).

Une meilleure gouvernance, facilitée par un soutien politique de haut niveau, des systèmes alimentaires à tous les niveaux est nécessaire à l’élaboration d’une vision commune, à l’appui à des politiques reposant sur des éléments concrets et à la promotion d’une coordination et d’une collaboration efficaces au moyen de mesures intégrées et multisectorielles.


1 L’intégralité du rapport est disponible sur le site de la FAO http://www.fao.org/docrep/018/i3300f/i3300f.pdf
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Paris, le samedi 23 septembre 2017