Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.

Rapport sur la sécurité alimentaire
Témoignage

La lutte de l’UE contre l’insécurité alimentaire d’ici 2025



Rapport sur la sécurité alimentaire 2014, Caritas Europa



Si la nourriture ne manque pas pour nourrir la planète, c’est le système alimentaire en lui-même qui est incapable aujourd’hui d’assurer la sécurité alimentaire d’environ 842 millions de personnes souffrant de faim ou de malnutrition.

Comme le soulève un récent rapport de Caritas Europa, dont nous reproduisons ici des extraits1, l’Union européenne a un rôle à jouer dans la lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire dans le monde. Pourtant, certaines des pratiques observées sur les marchés européens peuvent s’avérer largement préjudiciables, à l’instar de l’impact potentiel de la hausse de la spéculation sur les matières premières agricoles sur la volatilité des prix et in fine son effet potentiellement déstabilisateur pour les pays en développement (PED).

Ainsi, 21 des 29 pays du continent africain ne sont pas à même de garantir par eux-mêmes leur demande alimentaire intérieure. En cause ? Leur extrême sensibilité à la moindre fluctuation des prix internationaux.

Comment alors inscrire les politiques européennes dans une dynamique vertueuse sans conséquences néfastes sur la sécurité alimentaire des pays pauvres ? Caritas recommande notamment la poursuite des efforts de régulation des marchés agricoles financiarisés initiée par l’Union européenne (engagée à travers la Directive MiFID II).

S’il n’existe pas de solution universelle en matière de lutte contre l’insécurité alimentaire, force est de constater que la libéralisation des échanges non contrôlée a montré ses limites, surtout dans les PED où le potentiel agricole n’est pas encore arrivé à maturité. La promotion d’une gouvernance mondiale fondée sur la régulation des marchés agricoles devient ainsi une condition sine qua non de leur développement.

La rédaction de momagri




Une cohérence des politiques pour le développement

La politique agricole commune européenne, conclu en décembre 2013, pourrait être potentiellement en concurrence avec les marchés agricoles locaux des pays pauvres. Seul un plus grand engagement européen pour une cohérence des politiques pour le développement (CPD), et une plus grande adhésion à une approche fondée sur les droits de l'homme peuvent faire en sorte que ces politiques soient cohérentes avec les objectifs de réduction de la pauvreté et réceptives aux besoins et aux droits des communautés les plus pauvres.

La CPD implique que l’ensemble des politiques menées par l'UE viennent en appui aux besoins des pays en développement, et tout du moins ne soient pas en contradiction avec l'objectif de la réduction de la pauvreté. Etre conforme à l'article 208 implique l'adoption du principe fondamental de « ne causer aucune préjudice » aux relations extérieures de l'UE. Une approche fondée sur les droits de l’homme apporte une meilleure compréhension à la notion CPD, car elle sous entend une relation plus dynamique entre ceux qui ont des droits et ceux qui ont des obligations, le partage des responsabilités et l’engagement dans le respect progressif des droits.

Caritas Europa est un membre de CONCORD - réseau européen des ONG. En Novembre 2013 CONCORD a publié son rapport annuel au titre suivant « Pleins feux sur la cohérence de la politique de l'UE pour le développement », qui donne des exemples sur la façon dont les investissements de l'UE dans l'agriculture impacte négativement la vie des populations dans de nombreux pays africains. Les politiques de l'UE ayant des répercussions négatives sur la vie des populations pauvres, mises en avant par Caritas Europa sont les suivantes :
    - La spéculation alimentaire

    Les prix alimentaires mondiaux très volatils et en augmentation semblent être une nouvelle réalité. De nombreux facteurs influent sur les prix alimentaires tels que la sécheresse, les chaînes d'approvisionnement, les infrastructures inadéquates, l'accroissement de la production d'éthanol, le prix du pétrole, ou l'insuffisance des stocks.

    - L’évolution des prix des matières premières internationales

    Cependant, on ne peut plus seulement expliquer les crises alimentaires mondiales par ces facteurs. De nombreuses études concluent que la spéculation sur les matières premières alimentaires a été un facteur important concernant l'évolution des prix au cours des dernières années. L’indice global 2011 de la faim a identifié la spéculation comme un des principaux déclencheurs de la hausse des prix et la volatilité erratique. En particulier, la spéculation sur les produits alimentaires qui a considérablement augmenté au cours des 10 dernières années. La part des spéculateurs est passée de 23% en 1998 à 69% en 2008.
Caritas soutient des programmes dans plusieurs pays d'Afrique subsaharienne qui visent à accroître la sécurité alimentaire des petits exploitants agricoles particulièrement vulnérables à la hausse des prix des aliments de base. En Éthiopie, par exemple, un ménage moyen consacre les deux tiers de son revenu à l'alimentation. Une petite hausse du prix a donc un impact fort sur les stratégies d'adaptation des ménages. Aujourd'hui, 21 des 29 pays africains ne sont pas en mesure de répondre eux-mêmes à la demande de nourriture.

De nombreux pays africains sont contraints à importer la nourriture, et par conséquent, sont très sensibles à l'évolution des prix internationaux. Le prix des aliments importés est généralement lié au prix mondial. En République démocratique du Congo, où 70 pour cent de la population n’a pas un accès suffisant à la nourriture, les prix des aliments de base ont augmenté de façon continue au cours des dernières années.


La CPD et l'UE : SPECULATION ALIMENTAIRE

Les recommandations de Caritas pour l'UE sont les suivantes :
    - Privilégier une meilleure régulation des marchés des matières premières agricoles. En janvier 2014 un accord a été conclu sur une directive européenne concernant le marché des instruments financiers (MIFID II) présenté comme un moyen de réguler la spéculation excessive sur les denrées alimentaires.

    - Bien qu'il existe de nombreuses lacunes en ce qui concerne la spéculation sur les denrées alimentaires, Caritas se félicite de l'accord, car il y aura dorénavant plus de transparence sur les échanges de produits agricoles et les limites de position seront introduites dans la négociation de produits dérivés de denrées alimentaires. Néanmoins, de graves lacunes subsistent.

    - Ces lacunes pourraient menacer l'efficacité des nouvelles règles sur les limites de positions. Critiquées par Caritas depuis le début du processus législatif, les limites seront fixées par les autorités nationales et non par l'AEMF ou d'autres autorités de l'UE. Il est prévu que MiFID ne soit pas opérationnel avant 2016. Un risque d’une course à la sous-enchère existe. Afin d'être attractif pour les acteurs financiers les États membres peuvent utiliser des mesures de régulation laxistes;

    - Garantir que les règles MiFID II sur la transparence et les limites de position sont mises en œuvre de manière très stricte, afin de stopper une spéculation excessive sur les denrées alimentaires des marchés européens des matières premières. Il est important d’assurer une veille critique sur la manière dont les limites de position sont mises en œuvre par les autorités compétentes;

    - Demander que les acteurs financiers européens renoncent à une spéculation excessive sur les marchés à terme des matières premières. Avec la crise financière, la population européenne a perdu confiance dans le fonctionnement des marchés financiers européens et des banques. Les banques devraient être en capacité de garantir que leurs activités d'investissement n'ont pas de conséquences négatives sur les prix des produits de base.
Les garanties sont les suivantes :
    - Dans le cadre de leurs activités de gestion de fonds, elles doivent s’engager à renoncer à investir dans des produits financiers dont les rendements sont directement liés aux prix des produits agricoles.

    - Elles ne doivent pas proposer à leurs clients de produits ni de fonds qui sont liés à des paris faits sur les prix des matières premières agricoles ou leurs différences de prix.

    - Elles doivent informer leurs clients sur les éventuelles conséquences humanitaires négatives des investissements spéculatifs sur les marchés des matières premières agricoles.

1 Retrouvez l’intégralité du rapport en anglais en suivant ce lien http://www.caritas.eu/sites/default/files/caritas_europa_food_report_2014_-_eu_role_to_end_hunger_by_2025.pdf
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Paris, le vendredi 17 novembre 2017