Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
SergeLefebvre
Témoignage

La gestion de l’offre au Canada



Par Serge Lefebvre,
2e vice-président de la Fédération des producteurs d’œufs
de consommation du Québec

Face aux effets néfastes de l’instabilité grandissante des marchés agricoles sur les cultures locales, le Canada a mis en place, il y a plus de trente ans, son propre mécanisme de régulation reposant sur le principe de gestion de l’offre. Lors du dernier Forum du Dakar Agricole1, Serge Lefebvre, Secrétaire Général de l’Union des producteurs agricoles du Québec, a rappelé le fonctionnement et les avantages liés à ce système, dans une intervention que nous vous invitons à lire ci-dessous. Programmé pour être réformé à l’horizon 2013, le premier ministre canadien Stephen Harper réaffirmait début juin son soutien à un tel dispositif.

La rédaction momagri




Pour ceux qui ne le savent pas, la gestion de l’offre au Canada comprend des particularités uniques. C’est un mécanisme de régulation en vertu duquel les producteurs canadiens de lait, de volailles et d’œufs ajustent leur production de manière à répondre aux besoins du marché intérieur. À l’origine, il y a plus de 30 ans, la gestion de l’offre a été mise en place pour stabiliser les revenus des producteurs et productrices agricoles et mettre fin à l’injection massive de fonds gouvernementaux en support aux producteurs. Ce système a encore tout son sens aujourd’hui. Nos mécanismes de gestion de l’offre qui ne visent nullement l’exportation sont fondés sur trois piliers :

    1. La gestion de la production : les producteurs produisent sous quota pour répondre aux besoins du marché intérieur. En cas de surplus, ces derniers, par un système d’autoréglementation, s’engagent à en assumer les frais.

    2. Le contrôle des importations : le gouvernement canadien s’engage à limiter l’entrée des produits importés, de sorte que les besoins de son marché soient comblés principalement par les producteurs du Canada.

    3. Une politique de prix couvrant les coûts de production : le gouvernement canadien a mis en place, à travers une législation, un mécanisme permettant aux producteurs de recevoir un prix qui couvre leurs coûts de production. Aucune subvention de soutien au revenu n’est versée par les pouvoirs publics.
Force est de reconnaître que la gestion de l’offre est avantageuse pour toute la société canadienne. En effet, les consommateurs ont accès à des produits de grande qualité, en quantité suffisante et à des prix raisonnables. Les producteurs reçoivent du marché une rémunération basée sur leurs coûts de production. Les transformateurs obtiennent une grande stabilité de leurs approvisionnements et des résultats financiers enviables. L’État et les contribuables, pour leur part, n’ont pas à financer de programmes de sécurité du revenu. De plus, la gestion de l’offre favorise une agriculture respectueuse des ressources et des personnes, une agriculture efficace, à dimension humaine répartie sur l’ensemble du territoire canadien.

Selon plusieurs observateurs, ce mécanisme est conforme aux principes du développement durable, comme adopté dans le rapport Brundtland et explicité lors du Sommet de la terre qui s’est tenu à Rio de Janeiro en 1992 et du Sommet mondial pour le développement durable de Johannesbourg en 2002. La gestion de l’offre autonome par les producteurs répond aux besoins actuels sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire leurs exigences. Ce système de gestion de l’offre se situe aux confins des trois dimensions du développement durable, soit : l’économique, l’écologique et le social. Il constitue donc un outil de promotion du développement durable, de la spécificité agricole et des droits humains fondamentaux.

Il va sans dire que la gouvernance mondiale des systèmes alimentaires aurait tout intérêt à permettre aux agriculteurs de tous les pays du monde de jouer un rôle structurant. Les pays devraient ainsi, s’ils le souhaitent, pouvoir imposer des tarifs aux importations de certains produits agricoles pour donner l’opportunité aux activités agricoles locales jugées importantes de pouvoir se développer adéquatement, à l’abri des guerres commerciales internationales et des pratiques commerciales déloyales qui pourraient être pratiquées par certains pays exportateurs. À cet effet, le modèle canadien de gestion de l’offre peut assurément être une source d’inspiration.

En ce sens, l’Union des producteurs agricoles, par l’entremise de l’UPA Développement International, appuie des organisations paysannes en Afrique et ailleurs dans le monde à développer des mécanismes collectifs de mise en marché permettant aux agriculteurs et paysans de jouer un rôle actif sur les marchés locaux.

1 CF. Tribune Momagri du 09-05-11 : http://momagri.org/FR/tribunes/Synthese-des-Ateliers-du-Dakar-Agricole_902.html
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Paris, le samedi 25 octobre 2014