Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Daryll E. Ray, APAC
Témoignage

La Seconde Edition du Dakar Agricole:
Les leçons du passé, un regard vers l'avenir



Par Daryll E. Ray & Harwood D. Schaffer,
Agricultural Policy Analysis Center (APAC)

Les prix élevés et volatils des produits agricoles de 2007/2008 et 2010/2011 ont donné du répit aux agriculteurs après des années de prix faibles et souvent en dessous des prix de production, mais ils ont aussi provoqué des émeutes de la faim dans le monde entier et une augmentation importante du nombre de personnes soufrant de la faim chronique - d'environ 850 millions de personnes à plus de 1 milliard de personnes. De loin, l'impact le plus dévastateur a été ressenti dans les pays en développement, et en particulier parmi les moins développés.

En conséquence, le président Abdoulaye Wade, du Sénégal, a pris l'initiative d'organiser la deuxième édition du Dakar Agricole 2011, le lundi 18 et le mardi 19 avril 2011 à Dakar, au Sénégal. Cette réunion, programmée deux mois avant les réunions agricoles du G20, comprenait chefs d'Etat, ministres, agriculteurs et des experts du monde entier pour discuter les questions de la régulation agricole et une gouvernance mondiale de l'agriculture.

L'événement a été organisé en collaboration avec le think-tank français, MOMAGRI (Mouvement Pour Une Organisation Mondiale de l'Agriculture), pour répondre aux questions fondamentales actuellement rencontrées par la communauté internationale:

Sous quels principes peut-on réguler les marchés agricoles pour prévenir les crises alimentaires et éviter la répétition des crises agricoles?
Quels instruments et quelle coopération internationale devraient être utilisés pour améliorer la sécurité alimentaire et lutter contre la pauvreté?
Sur quelles bases peut-on créer une nouvelle gouvernance mondiale qui fera de l'agriculture, l'alimentation et la préservation de l'environnement des hautes priorités?

Il est espéré que les conclusions de ce Forum constitueront un pilier essentiel pour les négociations internationales lors du sommet du G20, présidé par la France. Le Dakar Agricole 2011 apportera également un moyen de renforcer « le rôle et la voix des pays du Sud dans la gouvernance mondiale. »

L'un du duo qui écrit cet article, Harwood, a eu l'occasion d'assister à cette réunion et faire une présentation à la session plénière du mardi matin. Ici, nous faisons part d'une discussion que Harwood a eue pendant son séjour à Dakar Agricole 2011. Dans les prochaines rubriques, nous discuterons de la Déclaration Dakar 2011 qui en est ressorti de cette réunion.

Dr Aliou Diagne, économiste et directeur du programme du Centre de riz pour l'Afrique à Cotonou, au Bénin, a parlé de quelques-unes des politiques préconisées par le passé sous les programmes d'ajustement structurel promus par la Banque Mondiale (BM) et le Fonds Monétaire International (FMI) qui ont rendu les problèmes récents pires que ce qu'ils auraient été autrement. En particulier, une culture de rapport orientée vers l'exportation combinée à une dépendance aux importations à bas prix des principaux aliments de base, a été clairement dévastatrice suite aux deux récents pics des prix des céréales.

Dans le cadre des programmes d'ajustement structurel, la Banque Mondiale et le FMI préconisaient que les pays recentrent leur agriculture vers des cultures aux prix plus élevés où ils pourraient avoir un avantage comparatif et générer des devises étrangers. Le raisonnement était que ces pays africains devraient se concentrer sur la croissance de ces cultures comme les bananes, le cacao, le café, le coton, les fleurs, et de laisser la production de céréales aux pays développés et d'autres pays en développement en Asie et l'Amérique latine où le rendement est plus élevé et le coût de production plus faible. Les pays africains pourraient alors utiliser leurs gains pour acheter plus de céréales à un prix plus bas à qu'ils pourraient produire eux-mêmes. A la suite de ces politiques, les pays qui ont été presque autosuffisantes en céréales ont fini par importer une très grande partie des céréales consommées par leurs populations. C'est le cas pour le riz en Afrique de l'Ouest, qui importe jusqu'à 40% de ses besoins en riz.

Cela a du bon sens. Et c'est une politique classique qui pourra dériver d'un manuel scolaire en économie basée sur la théorie de l'avantage comparatif du commerce que tous les économistes peuvent réciter dans leur sommeil. Mais lorsqu'il est appliqué à l'alimentation et l'agriculture… des problèmes surgissent.

Tout d'abord, dans la plupart des pays en développement, des millions d'agriculteurs produisent les principales céréales et autres denrées de base qui sont la fondation du régime alimentaire de leurs propres familles et celles de leurs cousins des villes. Lorsque qu'ils changent pour les cultures destinées à l'exportation, ceux qui profitent des avantages financiers importants de la production de ces cultures, ne sont pas nécessairement ceux qui cultivent la terre et qui ne reçoivent plus les aides gouvernementales comme l'accès aux agents de vulgarisation. En conséquence, ils deviennent dépendants des programmes d'alimentation au lieu de cultiver la plupart de leurs propres aliments et les aliments nécessaires pour nourrir le reste de la population.

Deuxièmement, quand un pays produit assez (on va dire plus de 80 pour cent) de ses aliments de base, une forte hausse des prix internationaux se traduit par une augmentation relativement faible du coût d'importation du reliquat nécessaire. Par contre, quand un pays importe 50 à 80 pourcent de ses besoins alimentaires et les prix double ou triple, tout à coup ils font face à une crise monumentale – les importations alimentaires adéquates deviennent inabordables.

Diagne a suggéré que, pour une question de sécurité alimentaire de leurs populations, les pays en développement devraient s'efforcer à produire au moins 80 pourcent de leurs produits alimentaires de base. Ils n'ont pas besoin de devenir pleinement autonomes dans la production de tous les aliments de base pour assurer la sécurité alimentaire. Ils devraient également développer des marchés régionaux plus intégrés qui englobent les pays voisins et pour la plupart des principaux aliments de base, avoir pour objectif une autosuffisance régionale et non pas nationale. Lorsque les importations de denrées alimentaires de base sont relativement faibles, même avec un choc de prix, comme nous l'avons vu, les coûts sont plus faciles à gérer pour les pays en développement.
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Paris, le dimanche 21 décembre 2014