Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.

Philippe Egger
Témoignage


L’emploi en Afrique : pensez à l’Agriculture !



Philippe Egger,


Directeur du Bureau de Programmation et de gestion de l’Organisation Internationale du Travail (OIT)


Plus de 60 % de la population active en Afrique travaille et vit de l’agriculture, et pourtant, l’Afrique importe près de 50 milliards de dollars de nourriture chaque année. Voici la triste contradiction dressée par Philippe Egger, Directeur du Bureau de Programmation et de gestion de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) dans son récent Editorial que nous reproduisons ici1 dans son intégralité. En cause, la négligence dont on fait preuve les gouvernements et les bailleurs internationaux avec pour conséquence une production agricole en berne sur ces cinquante dernières années, de faibles taux de rendements annuels, dans un contexte de pression démographique constante.

L’Agriculture est un moteur de la croissance africaine, et des politiques peuvent être mise en place pour la stimuler. Parmi les solutions envisagées par Philippe Egger, l’augmentation des taux de change pratiqués, alors que l’on sait que la compétitivité agricole est largement tributaire de la politique monétaire. Pour Philippe Egger, cette stratégie d’intégration dans les marchés internationaux permettra de mieux lutter contre la volatilité des prix, de créer des emplois et d’accroître les revenus des agriculteurs.

D’après un rapport de la Banque Mondiale publié le 4 mars dernier, l’agriculture et l’agro-industrie en Afrique pourraient peser 1 000 milliards de dollars (près de 770 milliards d’euros) d’ici à 2030, contre 313 milliards en 2010, si l’Afrique place l’Agriculture au cœur de son Développement. Il est donc urgent de penser à l’Agriculture, car oui, et momagri le répète depuis sa création, le développement de l’agriculture représente la clé de voûte de toute politique de lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire !

La rédaction de momagri




En Afrique, la croissance économique devrait conserver un rythme soutenu, légèrement au-dessus de la tendance récente de 5 pour cent par an. Le continent s’urbanise rapidement, avec une moyenne de presque 40 pour cent de la population résidant en ville. A première vue, il peut sembler paradoxal de suggérer que l’agriculture devrait être la priorité numéro un de l’Afrique, surtout quand il s’agit de l’emploi. Mais il y a de très bonnes raisons à cela.

Plus de 60 pour cent de la population économiquement active d’Afrique travaillent et vivent de l’agriculture; plus d’un tiers de la valeur ajoutée totale vient de l’agriculture; et, étonnamment, l’Afrique importe près de 50 milliards de dollars de nourriture chaque année, essentiellement pour nourrir une population urbaine en plein essor. C’est l’équivalent de ce que l’Afrique reçoit en aide publique au développement, et plus de cinq fois plus que ce que la Banque africaine de développement investit pour sa future croissance économique.

La réalité est que l’agriculture africaine a été négligée tant par les gouvernements que par les bailleurs internationaux et les conseillers politiques. Le coût de cette négligence est élevé: la production alimentaire par tête a à peine progressé au cours des 50 dernières années, à un rythme de 0,06 pour cent par an. Avec une population qui s’accroît à un rythme annuel de 2,6 pour cent, les importations de nourriture ont augmenté à un taux de 3,4 pour cent par an depuis 1980, les céréales en représentant la plus grande part. L’Afrique reçoit près de la moitié du total de l’aide alimentaire céréalière dans le monde.

Les rendements sont comparativement faibles, avec une moyenne de 1,3 tonne à l’hectare de terre cultivée, moins de la moitié de la moyenne mondiale. Les rendements ont augmenté à un taux annuel à peine supérieur à 1 pour cent, tandis que la moyenne mondiale augmentait de 2 pour cent.


Que faudrait-il pour mettre l’agriculture au premier plan?

L’Afrique doit se focaliser sur l’augmentation de la production alimentaire à l’hectare parmi la grande majorité des petits propriétaires. Une stratégie de «priorité à l’agriculture» – largement débattue dans les années 1970 – consisterait à augmenter le taux de change des devises actuellement utilisées pour importer des denrées alimentaires qui pourraient être produites en Afrique; cela protégerait l’Afrique des aléas de la volatilité des prix des denrées alimentaires et permettrait de relever le niveau des revenus dans les régions rurales, de réduire la pauvreté et d’accroître la demande pour stimuler la croissance. Cela devrait favoriser la création d’emplois plus productifs pour une grande partie de la jeunesse africaine.

Que faudrait-il pour améliorer la production des petits exploitants en Afrique? En 2003, l’Union africaine avait adopté un plan pour l’agriculture qui prévoyait d’accroître le recours aux fertilisants et l’utilisation de techniques plus rigoureuses de gestion de l’eau, un soutien aux infrastructures rurales, à l’accès au marché et à la recherche agronomique. Ces grandes orientations méritent toute notre attention et devraient être largement appliquées.

L’Afrique peut apprendre de ses diverses expériences, des pays aux rendements très faibles comme le Sénégal ou le Soudan à ceux qui ont les meilleurs rendements comme le Malawi ou la Zambie.

Le commerce peut jouer un rôle considérable. La priorité doit aller au commerce intra-africain pour accroître les échanges entre pays excédentaires et déficitaires sur le plan alimentaire. Actuellement, ce sont les importations alimentaires en provenance de régions qui accordent de fortes subventions aux producteurs qui ont la faveur, ce qui fait baisser artificiellement les prix mondiaux.

En Afrique, il n’y aura pas de croissance durable et diversifiée sans croissance soutenue de l’agriculture, qui renforce l’emploi et les revenus d’une large majorité de la population active. Concrétiser cet agenda est une tâche immense pour les dix à vingt prochaines années.


1 http://www.ilo.org/global/about-the-ilo/newsroom/comment-analysis/WCMS_203482/lang--fr/index.htm
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Paris, le vendredi 24 mai 2019