Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
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Témoignage

L’échec du STABEX ne rend pas impossible
la régulation des prix agricoles !



Dominique Lasserre,
conseiller de momagri

Un récent article paru dans Moneyweek titrait « L’impossible régulation des prix agricoles » en prenant appui sur l’échec du STABEX, système de compensations financières destiné à stabiliser les recettes des pays producteurs créé en 1975 puis abandonné en 1990. L’analyse de momagri est différente. Ni le G20 Agricole, ni les organisations qui, telles que momagri, appellent à une régulation des marchés agricoles, n’ont d’ailleurs appelé à recréer une copie de ce mécanisme.

La régulation des prix agricoles ne peut se résumer au modèle du STABEX !

Le STABEX a été créé en réponse aux besoins des années 1970 dans un monde très différent d’aujourd’hui. Non seulement nous avons changé de siècle, mais d’échelle : nous sommes dans un monde globalisé et dérégulé qui ploie sous la pression de plusieurs crises budgétaire, monétaire, démographique …

Tous s’accordent à reconnaître les risques de chaos, de bulle, de tempête, de krach … les qualificatifs s’amoncellent pour interpeller les responsables politiques avant que la pire ne se produise. Et en matière agricole, le pire prend la forme de la famine dans les pays les plus pauvres, de révoltes sociales dans les pays en développement et de problèmes sociaux ou de dépendance étrangère dans les pays industrialisés.

Il ne s’agit plus aujourd’hui de compenser les pertes des recettes d’exportation agricole, et ce d’autant que le prix de référence serait alors celui du marché mondial, qui est un prix de dumping sans lien avec la réalité des coûts de production.

Il s’agit plutôt de définir des règles qui stabilisent les prix dans un tunnel de prix plus ou moins large, selon le degré de développement des zones géographiques considérées. Stabiliser les prix ne signifie pas non plus administrer les prix, mais atténuer les pics et les chutes de prix non soutenables tant pour les consommateurs que pour les producteurs.

La régulation du commerce international et de la volatilité des prix agricoles peuvent emprunter d’autres voies que celles du STABEX. En effet, si les assurances contre les aléas climatiques ou de revenus peuvent être associées à une réflexion plus globale sur les instruments de lutte contre la volatilité des prix, il n’a jamais été question qu’elles en soient le pivot.

La régulation des prix agricoles est possible, mais elle ne se réduit pas à l’accroissement de l’offre agricole et de régulation des opérations financières?

Augmenter la capacité de production agricole est certes un préalable nécessaire mais insuffisant pour répondre au défi d’accroissement de la population mondiale et des besoins alimentaires : il faut une des prix agricoles suffisamment rémunérateurs et stables pour inciter les agriculteurs à produire. L’instabilité des prix est dissuasive. En effet, la volatilité de ces prix ne s’explique plus seulement par la simple équation « offre – demande ».

Si les responsables ont redécouvert la loi de King selon laquelle une faible variation de l’offre peut faire varier considérablement les prix, il leur reste à intégrer :
    - qu’il existera toujours un déséquilibre entre la demande de produits agricoles, globalement rigide et l’offre, fluctuante, difficile à prévoir finement.

    Ainsi, 1 % à 2 % d'inadéquation de l'offre à la demande peut générer des variations de cours, à la baisse ou à la hausse, de 200 à 300 % !

    - qu’une partie de la volatilité des prix agricoles provient des marchés financiers et des anticipations irrationnelles des acteurs.
Réguler la spéculation excessive sur les marchés financiers est également devenue une mesure essentielle, mais insuffisante pour éviter les dérives d’une agriculture financiarisée sur la sécurité alimentaire mondiale.

Rappelons qu’un article du Financial Times en date du 19 mai 2011 soulignait le lien entre la « psychologie des acteurs et la volatilité des prix agricoles », traduisant le fait que les marchés des matières premières agricoles sont devenus des marchés d’anticipation et d’attitudes psychologiques.

Bertrand Munier dans un article récent1 soulignait ainsi que nous ne sommes plus dans schéma « de quantité contre quantité, d’offre contre demande, mais d’offre anticipée contre demande anticipée. Or, les anticipations des uns comme des autres ne sont pas parfaites […] et le résultat en est que les comportements des investisseurs, loin de stabiliser les marchés, en accroissent au contraire la volatilité ».

Les marchés agricoles sont donc des marchés d’anticipation complexe où la psychologie des acteurs joue un rôle certain. C’est pourquoi il est primordial de disposer d’outils d’analyse qui intègrent ces différents facteurs et de promouvoir, par le biais d’une régulation appropriée, une plus grande stabilité des marchés agricoles financiers , mais aussi physiques. C’est toute la démarche engagée par le think tank momagri.



« Notre monde est à la fin d’un système » souligne Jacques Attali dans son dernier livre « Demain, qui gouvernera le monde ? ». Et cette fin de système est d’autant plus dangereuse que les crises financières, économiques, budgétaires, agricoles … sont toutes reliées entre elles et ne peuvent plus être résolues par un Etat seul …. d’où le besoin de gouvernance et de régulation.

Il ne s’agit donc pas de recopier des pages de l’histoire du passé (pas plus le STABEX que la dérégulation !), mais d’en écrire de nouvelles ...


1 Bertrand Munier, « L’instabilité spontanée des marchés de matières premières agricoles », http://www.momagri.org/FR/temoignages/L-instabilite-spontanee-des-marches-de-matieres-premieres-agricoles_886.html , 18 avril 2011
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Paris, le vendredi 31 octobre 2014