Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Témoignage

Xavier Emmanuelli



Président du Samu Social et du Samu Social international

,
ancien Secrétaire d'Etat à l'Urgence et à l'Action humanitaire,
fondateur de Médecins sans Frontières


1 – Quel regard portez vous sur le problème de la pauvreté et de la misère dans les mégapoles ?

Vous avez raison de dissocier pauvreté et misère car la pauvreté est économique et la misère est à la fois culturelle sociale et sociétale.
L’un ne va probablement pas sans l’autre, mais la misère c’est le sous-développement, l’abandon ou la solitude, c’est pourquoi on emploie souvent des termes voisins comme précarité pour montrer également la fragilité des hommes des groupes et des sociétés.
Bien entendu si déjà les problèmes économiques sont résolus, on peut raisonnablement penser que la misère et la précarité seront combattues.
La mégapole est la résultante de cet état de fait.
On
s’aperçoit que les sociétés traditionnelles agricoles ne suffisent plus ni à nourrir, ni à éduquer des populations entières et on constate également un exode rural, mouvement amorcé depuis 20 ans. Certains disent qu‘il est 4 fois plus puissant que les mouvements qui ont présidé à la Révolution industrielle en Occident .
Autant au début de la Révolution industrielle en Occident, les gens étaient assurés d’avoir un emploi dans la ville, certes dans des conditions très difficiles, autant cette solution n’est plus valable dans les sociétés modernes. C’est pourquoi on trouve autour des centres villes des populations entières sans travail, sans logement, sans ressource, et c’est bien plus grave, sans lien social car sans référence culturelle.
On peut dire que cet exil dans les mégapoles laisse les gens à l’état d’abandon car les rites, les rythmes et les coutumes des sociétés traditionnelles ne sont plus pertinents pour ce mode de vie.
A terme, 60% de l’humanité vivra en ville. Le phénomène des mégapoles semble irréversible et universel. Au début du siècle, seulement 2% des populations africaines vivaient dans les villes. Aujourd’hui un Africain sur deux habite une zone urbaine.

2 – Qu’est-ce qui vous séduit dans le projet du Mouvement pour une organisation mondiale de l’agriculture (MOMA) ?

Ce qui me séduit dans le projet de ce mouvement, c’est évidemment le fait que les paysans pourraient trouver des débouchés pour leurs propres produits et vivre de leur travail.
La conception actuelle des secours internationaux depuis des années est basée sur l’assistance et considère donc d’une certaine façon que la partie est jouée, à savoir que des populations entières sont dans l’incapacité de vivre du produit du travail de la terre.
Il semble que l’on se soit résigné à ce que les cultures des pays en voie de développement ne soient pas rentables et c’est un cercle vicieux : si on distribue à bas prix des produits agricoles, ils rentrent en compétition avec les produits locaux qui sont forcément plus chers et demain des importations à très bas prix aggraveront encore la situation !
Le projet d’une Organisation mondiale de l’agriculture est généreux dans la mesure où il va essayer d’inverser cette tendance : on voit très bien la difficulté qu’il va rencontrer en allant à contre-courant d’un système gigantesque et implicite !
Il stimulerait l’autonomie et la responsabilité de ces populations. C’est une manière de lutter contre l’abandon et la fatalité de groupes entiers qui sont obligés de s’exiler, en faisant pression sur les villes et en favorisant l’émigration massive vers d’autres pays.

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Paris, le vendredi 24 mai 2019