Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Témoignage

Discours de monsieur Farba SENGHOR, prononcé lors du colloque de momagri le 19 Octobre 2006



Farba SENGHOR

Ministre de l’Agriculture, de l’Hydraulique Rurale et de la Sécurité Alimentaire du Sénégal



Monsieur le Ministre de l’Agriculture et de la Pêche,
Madame la Ministre déléguée au Commerce Extérieur,
Monsieur le Commissaire Européen pour le Commerce Extérieur,
Monsieur le Sénateur de la Manche,
Monsieur le Président de la Fédération nationale des Syndicats d’Exploitants agricoles (FNSEA), Monsieur le Président de l’Institut pour la Politique agricole et le Commerce,
Monsieur le Président du Mouvement pour l’Organisation Mondiale de l’Agriculture (MOMA), Mesdames, messieurs les experts et scientifiques,
Honorables invités,
Mesdames, messieurs,

Je suis particulièrement heureux ce matin, d’être là parmi vous, au nom de Son Excellence Maître Abdoulaye WADE, Président de la République du Sénégal qui m’a fait le grand honneur de le représenter et qui m’a chargé de vous dire qu’il partage les idéaux développés par le MOMA qui sont en parfaite convergence avec ceux du Forum International du Dakar Agricole organisé, comme vous le savez en février 2005 à Dakar.

Le Président Abdoulaye Wade estime en effet et je le cite : « Que l’agriculture est une chose trop sérieuse pour qu’une élite, quelle qu’elle soit, puisse s’arroger le droit de lui imposer sa règle » C’est la raison pour laquelle, le Président Abdoulaye WADE se réjouit par avance de pouvoir prendre connaissance de vos échanges et conclusions qui traceront sans nul doute de nouvelles perspectives à l’agriculture mondiale, dès lors qu’elles seront fondées sur de nouveaux modèles de régulation. Le Président WADE soutient et adhère à cette démarche novatrice.

Mesdames, messieurs,

Permettez-moi, avant d’en arriver aux conclusions de cette importante matinée, de citer quelques finalités à l’agriculture africaine. Comme vous le savez déjà, l’objectif majeur des Etats africains est de réduire, d’ici à l’horizon 2015, la pauvreté, voire de l’éradiquer et de promouvoir durant la période une agriculture performante, diversifiée, capable à la fois, de fournir une nourriture suffisante et saine aux populations, de procurer suffisamment de divises grâce à la conquête des marchés d’exportations intercontinentales en permettant une insertion efficace du continent dans l’économie mondiale d’une part, mais aussi par la conquête des marchés d’exportations au niveau du continent qui favorise une intégration harmonieuse des espaces économiques du continent africain.

Pour la Communauté Economique et de Développement des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’ambition est d’impliquer tous les 15 pays membres dans une politique agricole concertée susceptible de contribuer efficacement à la lutte contre la pauvreté et d’assurer la sécurité alimentaire.

Pour harmoniser les différentes interventions dans cette partie de l’Afrique, un cadre de concertation des organisations régionales, regroupant sept entités (CILSS, CEDEAO, UEMOA, CMA/AOC, ADRAO, CORAF, CRAT), existe depuis 1999 et se réunit de manière régulière. Dans ce contexte, il a été décidé l’élaboration d’un programme commun harmonisé d’intervention dans l’agriculture, avec des chefs de file pour les différents volets (UEMOA : cadre de politique agricole commune; CEDEAO : marchés régionaux ; CMA/AOC : information agricole ; CORAF : recherche).

La période actuelle est d’ailleurs marquée par la mise en place du marché régional agricole avec l’application de règlements de l’Union Economique Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) (en particulier, tarif extérieur commun et harmonisation des taxes internes) et, d’autre part, par la relance des négociations commerciales entre la CEDEAO, l’Union européenne et l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

Tout en tenant compte des espaces économiques dont il fait partie, le Sénégal a mis en place des stratégies d’intervention cohérentes dans le domaine de l’agriculture. Il a adopté en 2004 une loi d’orientation agricole appelée la Loi d’Orientation Agro-Sylvo-Pastorale (LOASP) qui dresse les grandes lignes des objectifs du Gouvernement en vue de la modernisation du secteur agricole sur les vingt prochaines années. Une Stratégie de Croissance Accélérée dont le secteur agricole et agro-alimentaire est l’un des principaux piliers est mise en œuvre.

Le Plan REVA, « Retour vers l’Agriculture » a été pensé et conçu pour maximiser les impacts des politiques économiques et sociales et des stratégies environnementales.

Il implique et responsabilise les populations cibles dans le processus d’élaboration, de mise en œuvre et de suivi des différents programmes visant le développement agricole du pays.

Il constitue aussi l’une des réponses à l’épineux problème de l’immigration en visant la réalisation d’actions permettant de mieux fixer les populations dans leur région d’origine. REVA va ainsi mobiliser des compétences et des moyens pour les mettre au service des populations qui veulent se fixer dans leur terroir et pour aider les immigrés qui veulent retourner chez eux –volonté souvent exprimée – à initier des projets économiques viables leur garantissant un mieux être durable.

Le Plan REVA apparaît ainsi comme l’instrument de mise en œuvre des stratégies citées ci-dessus (DSRP, SCA, LOASP).

Mesdames, messieurs,

La justification de l’ampleur de toutes ces actions proposées au niveau national et régional découle de la persistance, voire de l’aggravation, des problèmes vécus depuis plusieurs décennies et que l’on peut résumer ainsi : « déséquilibre du commerce international et aggravation de fracture agricole mondiale ».

En effet, les règles, modèles, paradigmes et exigences du commerce mondial des produits agricoles n’ont pas permis d’induire les changements souhaités dans les pays du Sud.

Pour atteindre nos objectifs de développement, il s’agira maintenant à la fois d’imaginer comment concevoir des modèles de développement agricole qui prennent en compte les atouts et les contraintes des régions agricoles en développement et de réfléchir sur comment rééquilibrer le cadre des disciplines internationales pour simultanément favoriser le développement des espaces agricoles émergents et promouvoir les échanges internationaux.

C’est à cela que s’est attelé le Forum International du Dakar Agricole initié par le Président Abdoulaye WADE en février 2005 pour participer efficacement à la résorption de la Fracture agricole mondiale. Je suis heureux de constater que le thème du premier colloque du MOMA : « l’Agriculture mondiale en panne de stratégie : comment concilier libéralisme et développement ? » est dans le sillage du Forum International du Dakar Agricole autrement dit MOMA participe à la résorption de la fracture agricole mondiale.

C’est pourquoi nous saluons très fortement toutes ces initiatives qui visent à examiner de façon attentive ces questions relatives au développement de nos agricultures afin d’en tirer les leçons, d’identifier les réformes à entreprendre pour un réel nouveau départ, une nouvelle voie qui tienne véritablement compte des conditions particulières et spécifiques de tous les acteurs concernés.

Mesdames, messieurs,

J’ai suivi avec intérêt vos travaux de ce matin qui se sont penchés sur ces questions. Des questions essentielles autour de deux tables rondes, qui évoquent les thèses défendues par le MOMA permettez-moi de vous les rappeler :

> La première thèse : « L’agriculture est spécifique et stratégique », a été développée lors de la première table ronde :

Les enjeux de l’agriculture mondiale : concilier Doha, Millenium Round et Conférence de Rio

> La seconde thèse : « Les modèles actuels faussent les décisions internationales : il est nécessaire d’en construire un nouveau adapté au caractère spécifique et stratégique de l’agriculture », a été abordée lors de la seconde table ronde :

De nouveaux instruments économiques au service de la décision politique

Ces travaux qui ont été conduits par des personnalités de grande qualité ont permis de noter avec force que la libéralisation des échanges agricoles internationaux, et l’application de la théorie des avantages comparatifs de Ricardo ont montré leurs limites.

Je sais également que dans l’après-midi deux autres tables rondes auront lieu et aborderont les thèses ci-après :

> La troisième thèse : « Une libéralisation des marchés agricoles sans règle, c’est comme une démocratie sans loi : c’est dangereux pour l’équilibre de la paix dans le monde et l’avenir de l’humanité », sera discutée lors de la troisième table ronde :

Un libéralisme régulé pour une mondialisation durable

> La quatrième thèse : « Il faut inventer de nouveaux cadres d’action pour répondre aux défis de notre siècle et créer une Organisation Mondiale de l’Agriculture », sera détaillée lors de la dernière table ronde :

Pour une gouvernance mondiale de l’agriculture

Nous avons eu un aperçu sur les principes et l’utilité du modèle NRA (Nouvelles Régulations Agricoles) que MOMA et ses partenaires construisaient depuis plusieurs mois.

Ce modèle vise à devenir un véritable modèle de prévision beaucoup plus réaliste et sérieux, en respectant une philosophie de la vérité et de la transparence.

Ce colloque aura donc permis de poser des principes novateurs et d’élaborer des principes d’action pour un nouveau départ.

Nous sommes convaincus que dans sa conception finale et dans sa mise en application, ce nouveau système de gestion de l’Agriculture fournira des réponses nouvelles, justes et durables en matière de gouvernance mondiale. Nous oeuvrerons pour qu’il ne dévie pas de son principe fondateur et fondamental : « supprimer la fracture agricole mondiale au nom de l’équité ».

Je vous remercie


Farba SENGHOR
19 Octobre 2006

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Paris, le mercredi 30 juillet 2014