Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Témoignage

Crise alimentaire, crise énergétique, crise du développement : Renouer avec des cultures oubliées !



Interview de V. Lanata,
ancien Chef d’Etat major de l’Armée de l’Air



Le Général Vincent Lanata, ancien Chef d’Etat major de l’Armée de l’Air et spécialiste en stratégie, est convaincu que l’agriculture est au cœur des enjeux mondiaux de ce siècle. Membre du comité de parrainage de momagri, il observe que de nouvelles voies apparaissent, notamment pour le développement de l’agriculture vivrière dans les pays en développement. Et c’est la raison pour laquelle il a souhaité nous parler de la culture du MORINGA qui présente des qualités exceptionnelles tant pour l’alimentation humaine, que pour la fabrication de biodiesel, et plus généralement pour le développement économique.

La récente crise alimentaire a rappelé aux responsables politiques que les Objectifs du Millénaire pour le Développement, et notamment celui de « réduire de moitié entre 1990 et 2015, la proportion de la population qui souffre de la faim », était loin d’être atteint. Près de 26% des enfants de moins de cinq ans demeurent sous-alimentés dans les régions en développement. Pire, ce sont les enfants vivant dans les zones rurales de ces pays qui sont deux fois plus exposés à l’insuffisance alimentaire que ceux des zones urbaines.

Il est donc tout à fait vital de favoriser les cultures agricoles qui améliorent la sécurité alimentaire, tout en construisant les bases d’un véritable développement économique. Tout comme le Programme des Nations Unies pour le développement a soutenu par exemple, le développement de la culture du NERICA, ou nouveau riz pour l’Afrique, ce qui a permis d’améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Kenya, au Mali, au Nigéria, en Ouganda …, les multi-usages et les propriétés du moringa méritent que la communauté internationale s’y intéresse.

Dominique Lasserre : Le moringa mérite, selon vous, d’être redécouvert car cette plante déjà citée dans la Bible, répond parfaitement à l’un des défis majeurs du XXIème siècle, à savoir de « produire plus et produire mieux ».

Général Vincent Lanata : Effectivement, il est essentiel pour satisfaire les besoins alimentaires, protéger l’environnement, mais aussi pour répondre à la demande énergétique, de résoudre cette équation de « produire plus, tout en produisant mieux ». Et cela est d’autant plus urgent que le développement de cultures destinées aux biocarburants a pu parfois conduire à des abus. Celles-ci sont en effet soit accusées de concurrencer les cultures destinées à l’alimentation humaine, soit rendues responsables de déforestations. Si cela n’est pas le cas dans tous les pays, et notamment en Europe où ces cultures sont réduites, la question se pose pour certains pays émergents.

Une des solutions à cette équation se trouve évidemment dans la recherche agronomique, et dans l’exploration de techniques diversifiées et alternatives. Mais d’autres voies encore plus simples et rapides existent : le développement de cultures anciennes, telles que celle du moringa, qui contrairement à certaines cultures qui se développent aujourd’hui, est capable de répondre à la demande énergétique tout en offrant de réelles qualités tant pour l’alimentation que pour le développement économiques.

On attribue à cet arbre, originaire d’Inde, des vertus quasi miraculeuses, et ce d’autant qu’il est quelque peu tombé dans l’oubli ! Cultivé sous des climats secs et humides, il pousse rapidement à raison de 3 mètres par an. Ses feuilles constituent un légume parmi les plus riches du monde. Une récolte de feuilles et de fruits est possible dès la première année, même sur des terres non agricoles et exposées à la sécheresse, et ce jusqu’à huit fois par an.

Il permet de lutter contre la malnutrition car ses feuilles et ses fruits présentent un concentré de protéines, de vitamines et de minéraux exceptionnels (étude université de biotechnologies de Dublin par le professeur Ian Marison). Cent grammes de feuilles fraiches de moringa apporterait ainsi autant de protéines, vitamines et minéraux qu’un œuf, plus de fer qu’un steak, autant de vitamine C qu’une orange, et enfin autant de calcium qu’un verre de lait.

La feuille de moringa contiendrait ainsi 7 fois plus de vitamines C que l’orange, et 4 fois plus que la carotte, mais aussi 4 fois plus de potassium que la banane. Le World Vegetable Center (Taiwan) l’aurait même qualifié de légume à plus fort potentiel nutritionnel parmi 120 espèces alimentaires étudiées.

Les produits extraits de cet arbre peuvent également être utilisés dans le cadre de la production de biodiesel, tout comme pour la production de dérivés alimentaires et cosmétiques (huile aux caractéristiques proches de celle de l’huile d’olive, miel et composants utilisés pour des produits l’Oréal, par exemple).

La poudre de moringa a, par ailleurs, une action purificatrice de l’eau (thèse 2008 de l’université de Montréal selon laquelle elle éliminerait 85% des nitrates contenus dans l’eau filtrée).

Ses feuilles et ses fruits entrent également dans la composition de tourteaux destinés à l’alimentation des bovins et des volailles. Le moringa présente des qualités d’engrais intéressantes puisqu’il contribue à accroître naturellement le rendement de certaines cultures agricoles. Et enfin, il est possible de procéder à des cultures vivrières entre les arbres. Ce qui, pour moi, est remarquable dans cette plante, est que tout en répondant aux enjeux énergétiques, elle apporte à l’homme une source de nutrition et de développement économique. Vous voyez donc bien que le moringa est très certainement un modèle pour la culture durable, puisqu’elle sert tout à la fois les intérêts environnementaux, sociaux et économiques.

DL : Comment envisagez-vous alors le développement du moringa ?

VL : La crise financière d’une part, et la multiplicité des projets visant à relancer telle ou telle culture agricole sont, il est vrai, autant d’handicaps pour l’émergence de la production du moringa qui aujourd’hui n’est exploité que dans certains pays africains (Madagascar, Congo, ..).

Cela étant, nous sommes entrés dans une ère où tant les responsables politiques que les industriels sont conscients de l’urgence de relancer une agriculture respectueuse de l’environnement et adaptée aux besoins des pays les plus pauvres, et non plus une culture exclusivement exportatrice. Par ailleurs, les industriels sont de plus en plus obligés de rendre des comptes sur la qualité environnementale de leur production. Et le moringa offre alors une véritable alternative d’avenir aux cultures énergétiques aujourd’hui remises en cause par certains.




Ce sujet est loin d’être anecdotique, même si pour l’heure, la culture du moringa est très peu développée dans le monde.

En effet, beaucoup de grands projets émaillent la vie politique internationale, sans que des décisions concrètes suivent de manière significative. Ainsi, en est-il par exemple, des objectifs du Millénaire visant notamment à réduire la pauvreté de 50% à l’horizon 2015. Peu de résultats sont aujourd’hui recensés, même si lors du Sommet des Chefs d’Etat à la FAO en juin 2008, cette ambition a été largement réaffirmée et si Nicolas Sarkozy y a proposé un nouveau partenariat mondial, en faveur de l’agriculture et de l’alimentation.

Momagri qui développe des réflexions visant à faire émerger une nouvelle coopération internationale autour de l’agriculture, construit également des outils d’aide à la décision et au pilotage (le modèle et l’agence de notation). Mais momagri s’attache aussi à mettre en lumière les initiatives porteuses d’avenir pour l’agriculture et les enjeux qui lui sont liés, au premier chef desquels l’alimentation et la lutte contre la faim dans le monde.

C’est dans cet esprit que nous avons ouvert nos colonnes au Général Lanata qui situe son intervention dans la ligne de nos objectifs et de nos combats.

Par Dominique Lasserre, conseiller de momagri
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Paris, le vendredi 24 mai 2019