Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Témoignage

Christine Lagarde



ministre déléguée au Commerce extérieur


Suite à la conférence ministérielle de Honk-Kong, qu’attendez-vous des sessions de travail de l’OMC quelques jours avant les échéances de fin avril et dans la perspective de fin juillet ?

De mon point de vue, la conférence de l’OMC de Hong Kong a été une étape. Le principal acquis est l’engagement des pays développés et des pays émergents à offrir un meilleur accès aux produits des pays les moins avancés (PMA), comme le fait déjà l’Union européenne depuis 2001 avec son initiative « tout sauf les armes ». Mais dans le même temps, l’Union européenne a fait une nouvelle avancée agricole, en acceptant conditionnellement l’élimination de toutes les subventions aux exportations agricoles d’ici la fin 2013, sans voir ses intérêts progresser en matière industrielle et de services. C’est pourquoi nous attendons des rencontres à venir un réel rééquilibrage de la négociation, c’est-à-dire une vraie disponibilité des Etats-Unis et des grands pays émergents comme le Brésil ou l’Inde, à ouvrir leurs marchés de produits manufacturés et de services. Les dates importent peu, il ne saurait y avoir d’accord qui soit déséquilibré.

Sous quelles conditions la libéralisation du commerce international est-elle profitable à tous les pays et notamment aux pays les moins avancés ?

J’observe tout d’abord que les dernières études économiques, y compris celles de la Banque Mondiale, révisent à la baisse les gains de bien être à attendre de ce Cycle de négociation. C’est que les études précédentes ont trop souvent négligé des points fondamentaux : coûts des restructurations, érosion des préférences tarifaires dont bénéficient aujourd’hui les pays en développement, risque accru de fluctuation des cours des matières premières et de hausse des prix des produits alimentaires importés. Les pays les plus pauvres devront obtenir une ouverture des marchés des pays émergents (le commerce Sud-Sud représente 40% des exportations des PED) pour profiter réellement du cycle actuel et compenser l’érosion de leurs préférences. Vous savez, il faut garder à l'esprit que l'ouverture des marchés bénéficiera d'abord aux grands pays exportateurs agricoles qui sont les plus compétitifs et non aux pays les moins avancés où le cycle de production est désorganisé, même si le coût du travail y est particulièrement faible. Il y a aussi les contraintes spécifiques des agricultures de subsistance des pays les plus pauvres dont les filières sont facilement déstabilisées ce qui peut mettre des villages entiers en risque. L’aide au développement devra accompagner ces pays pour renforcer leur capacité à exporter et atténuer les coûts de restructuration; et aussi pour financer la mise en œuvre de politiques d'accompagnement telles que l'éducation, le développement des infrastructures et la mise en place de filets sociaux de sécurité.


Que pensez-vous de l’initiative du MOMA ?

C’est une initiative intéressante qui apporte des idées nouvelles et stimule la réflexion sur des questions aussi fondamentales que le rôle de l’agriculture dans le décollage économique des pays pauvres ou encore les caractéristiques spécifiques des marchés agricoles dont la dimension sociale est importante.
La rénovation de nos systèmes d'analyse est nécessaire pour identifier les actions politiques qui nous permettront de répondre aux enjeux modernes de l'agriculture du XXIième siècle, tels que la sécurité de l'approvisionnement, l'alimentation d'une population mondiale en croissance, la sécurité alimentaire, l'aménagement du territoire et l'environnement.
Le MOMA permettra, je l'espère, d'illustrer que la conception multifonctionnelle de l'agriculture n'est pas une exception européenne mais est potentiellement universelle. En effet, aucune gouvernance mondiale de l'agriculture ne pourra émerger sans s'appuyer sur la multifonctionnalité de l'agriculture.
Bien sûr, cette initiative ne s'adresse pas qu'aux seuls agriculteurs et doit être perçue comme une contribution à la modernisation du modèle agricole européen.

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Paris, le vendredi 24 mai 2019