Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Daryll E. Ray
Témoignage

Aux Etats-Unis, le programme d’aide alimentaire,
durement frappé, alors que le chômage reste élevé



Daryll E. Ray & Harwood D. Schaffer,
Agricultural Policy Analysis Center (APAC)


La crise économique et budgétaire que traversent la plupart des économies, associée à l’hypervolatilité des cours des matières premières agricoles, rendent plus difficile l’accès à l’alimentation, notamment des populations les plus vulnérables. Dès lors, les programmes d’aide alimentaire interne n’en deviennent que plus stratégiques. C’est ce que rappellent Daryll E. Ray & Harwood D. Schaffer de l’Agricultural Policy Analysis Center (APAC), en prenant appui sur l’exemple américain du Supplemental Nutrition Assistance Program (SNAP) qui constitue de ce fait un soutien essentiel à la demande interne. Il participe ainsi indirectement au soutien de la filière agricole américaine, comme le démontrent les résultats de l’indicateur SGPA, publiés récemment1.

Nous vous recommandons la lecture de cet article qui, en plus d’insister sur la dimension éminemment stratégique de l’aide alimentaire interne américaine, pointe les enjeux associés aux discussions en cours dans l’Union européenne depuis que la Commission a été contrainte, suite une décision de justice rendue en avril, de bloquer 80% de son aide alimentaire2.

La rédaction de momagri




La baisse des marchés boursiers de ces dernières semaines serait la conséquence de la faiblesse générale de l'économie américaine et des inquiétudes concernant la stabilité des institutions financières mondiales. Au cours de ces deux ans et demi, le taux de chômage aux Etats-Unis a augmenté et est resté élevé, car les créations d'emplois n'ont pas été suffisantes pour diminuer le taux global du chômage, et notamment le nombre de personnes ayant abandonné toutes recherches de travail.

Les effets de la récession auront un impact sur le Farm Bill de deux manières. Tout d'abord, il y aura probablement moins d'argent disponible pour soutenir l'ensemble des politiques agricoles actuelles qui protègent les agriculteurs contre les catastrophes, qu'elles soient le résultat de problèmes liés à la production ou aux prix bas. Deuxièmement, les recours aux programmes d’aide alimentaire (Supplemental Nutrition Assistance Program - SNAP), les allocations - appelées auparavant les « food stamps » (coupons alimentaires) encore appelé de cette manière par la plupart des gens - ont considérablement augmenté depuis le début de la récession économique.

Avec une utilisation accrue des coupons alimentaires, les coûts liés au programme ont doublé et seront certainement la cible des législateurs à Washington. Car, si nous pouvons nous fier au passé pour comprendre comment ce débat va se dérouler, certains auront tendance à supprimer des éléments importants de la législation agricole, mettant en opposition ceux qu'ils appellent « les riches agriculteurs » contre les enfants affamés.

Nous pensons que ce genre de débat fournit au public une fausse dichotomie, ce n’est pas une situation de : ou…ou/soit…soit. Chaque partie du Farm Bill (programmes agricoles et coupons alimentaires) est justifiée, et ils ne sont pas en concurrence ou en conflit les uns avec les autres.

Certes, on peut affirmer que les paiements directs qui donnent des avantages aux agriculteurs n'ont pas de sens - que les prix soient bas ou élevés, ou que l'assurance revenu subventionnée aident les agriculteurs à faire un profit important lorsque les prix sont au-dessus du coût de production. Mais c'est autre chose de prétendre que les programmes agricoles peuvent être supprimés.

Par le passé, nous avons consacré beaucoup d'encre aux discussions sur les programmes agricoles et sur leur justification. Dans cette colonne, nous pensons qu'il est important de regarder l’autre côté de l'équation, les coupons alimentaires, et la nature de leur utilisation actuelle.

Le ralentissement économique actuel a un impact dramatique sur l'utilisation des programmes des coupons alimentaires. L'USDA (département Américain de l’agriculture), signale qu’en 2006, le nombre de participants, par mois, au programme de coupons alimentaires a été de 26,1 millions de personnes. En mai 2011, ce nombre a augmenté de 75 pour cent, soit 45,8 millions de participants, correspondant à un Américain sur sept. Les allocations annuelles pour l'exercice 2010 dépassent les 64 milliards de dollars, soit le double de 2006, date de la grande récession. L'USDA estime que pour $5 dépensés en allocations de coupons alimentaires, il y a $9 générés par l'activité économique, stimulant l'économie dans toutes les communautés de la nation.

Au cours des deux dernières décennies, la situation de ceux qui dépendent de coupons alimentaires a changé. Dans un rapport de synthèse d’octobre 2010 pour l'exercice précédent http://www.fns.usda.gov/ora/MENU/Published/snap/FILES/Participation/2009CharacteristicsSummary.pdf, l'USDA souligne que « La principale source de revenus pour les participants du programme SNAP n’est plus l'aide sociale mais le travail. En 1989, 42 pour cent de tous les ménages SNAP ont reçu des prestations sociales... En 2009, moins de 10 pour cent ont reçu des prestations ».

Dans un rapport du MSNBC, Krista Cooke écrit « Environ 40 pour cent des bénéficiaires de coupons alimentaires sont des ménages au sein desquels il y a au moins un membre de la famille qui gagne un salaire. Beaucoup plus de personnes pourraient y avoir droit : le gouvernement estime qu’une personne sur trois pourrait bénéficier du programme mais ce n’est pas le cas ».

“ Quand ils travaillent, ils pensent souvent qu'ils ne peuvent pas obtenir d’aide. Mais les familles ne peuvent pas vivre décemment avec des emplois qui payent $10, $11 ou $12 de l'heure, surtout quand il faut ajouter le transport, les vêtements, le loyer ’’, a déclaré Carolyn McLaughlin, directeur exécutif de BronxWorks, une organisation de services sociaux à New York. »

Un grand nombre de ceux qui reçoivent des prestations sociales ont des emplois à temps partiel et bas salaires, et donc pas d’avantages sociaux, ce qui laisse les personnes avec peu d’autonomie dans une économie serrée. D'autres personnes ont été aidées grâce aux coupons alimentaires parce que leurs indemnités de chômage avaient pris fin mais qu’ils étaient toujours demandeurs d’emploi.

Selon un rapport d'ABC News par David Muir « L’hôpital de St. Christophe à Philadelphie est le point zéro de la faim. La salle d'urgence reçoit jusqu’à 250 enfants par jour, et jusqu'à la moitié ont faim. Ils n'ont pas la croissance qu'ils devraient avoir, a déclaré le Docteur Chris Haines, directeur des urgences de l'hôpital. Ce qui me dérange, c'est que le cerveau se développe beaucoup pendant l’enfance et la nutrition est donc primordiale pour son bon développement ».

Pour nous, il semble que la meilleure façon de réduire les coûts du programme des coupons alimentaires est de remettre l'économie sur la bonne voie, en réduisant le nombre de personnes sous-employées voire sans emploi.

1 Cf le rapport complet SGPA (Soutiens Globaux à la Production Agricole) publié le 25/07/2011 http://www.momagri.org/FR/agence-momagri/SGPA-Soutiens-Globaux-a-la-Production-Agricole-rapport-complet_958.html
2 Cf Article momagri Le manque de stocks européens bloque l’aide alimentaire européenne aux plus démunis publié le 18/07/2011 http://www.momagri.org/FR/regards-sur-l-actualite/Le-manque-de-stocks-europeens-bloque-l-aide-alimentaire-europeenne-aux-plus-demunis_955.html
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Paris, le vendredi 24 mai 2019