Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Aidons-nous les agriculteurs qui en ont le plus besoin ?
Témoignage

Aidons-nous les agriculteurs qui en ont le plus besoin ?



La rédaction de Momagri

6 Mars 2017

Retrouvez la vidéo du débat :



Le journaliste de TV Agri Jean-Paul Hébrard a invité le 27 février sur le plateau de télévision éphémère du Village Semence au salon de l'agriculture quatre acteurs du monde agricole : Jacques Carles (Délégué général de Momagri), Jeremy Decerle (Président des JA), Rémy Mainguy (Producteur laitier dans le Maine et Loire) et Jean-Marie Séronie (Agroéconomiste).

Tous les quatre ont ainsi débattu d’une question centrale quant à l’avenir de notre politique agricole commune : Aidons-nous les agriculteurs qui en ont réellement besoin ? L’occasion pour chacun d’eux d’échanger leurs visions sur la PAC, les différents outils et aides à rénover ou à mettre en place, ainsi que les évolutions des politiques agricoles ailleurs dans le monde.

La PAC est aujourd’hui un système « à bout de souffle » soulève d’entrée Jean-Marie Séronie, ce que confirme ensuite Jeremy Decerle, avec la même idée : l’Europe n’a plus de vision pour son agriculture. Et pour cause, les aides aujourd’hui proposées par la PAC, poursuit Jacques Carles, « doivent permettre aux agriculteurs de faire face à la volatilité des prix […] malheureusement la plupart de ces aides sont découplées, et comme elles sont découplées elles n’ont plus aucun lien avec la réalité économique ». Rémy Mainguy insiste lui sur le fait que les agriculteurs sont actuellement « sous perfusion » en permanence, ce qui n’est pas normal. De plus pour le délégué général de Momagri, l’existence des aides actuelles est d’autant plus sujette à débat, qu’il est difficile de justifier leur mobilisation quand les prix sont élevés alors qu’en période de bas prix, elles ne sont pas suffisantes. Pour lui les aides restent néanmoins indispensables pour l’agriculture, car « il est impossible dans les métiers d’investissement lourd d’avoir une visibilité à 6 mois ». Le constat est le même pour Jeremy Decerle qui avertit que « le tout marché ne fonctionne pas ». Contrairement à d’autres pays, « l’Europe n’a pas de politique en période de crise », précise J. Carles, « on ne peut pas demander à des agriculteurs de faire face à des effondrements de prix et ne rien leur proposer en face. » Et il précise que contrairement à de nombreux pays étrangers « la politique européenne est la seule politique qui ne tienne pas compte de cette réalité ».

Rémy Mainguy soulève ensuite le problème de dysfonctionnement des marchés. De ce point de vue, Jean-Marie Séronie préconise de « donner les moyens aux entreprises agricoles de pouvoir s’adapter aux variations de prix ». Il affirme qu’on ne va pas « arriver à gommer les variations de prix ». Jacques Carles, justifie alors qu’« il n’est pas question d’éliminer les variations de prix, il est […] question d’éviter que les variations de prix les plus importantes ne mettent les agriculteurs en difficulté. ».

Le délégué général de Momagri utilise des exemples à l’étranger, et explique que « quand on regarde les politiques agricoles des Etats-Unis, de la Chine, du Brésil, de tous les grands pays producteurs, ce sont des politiques dont les soutiens sont de plus en plus importants parce que les marchés mondiaux sont de plus en plus concurrentiels, de plus en plus spéculatifs. » Jérémy Decerle indique alors qu’aux Etats-Unis « 80% des aides du Farm Bill sont alimentaires ». Jacques Carles confirme en expliquant qu’aux Etats-Unis « l’aide alimentaire interne, qui se chiffre à plus de 100 milliards USD, est une forme de soutien à l’agriculture américaine car elle permet l’écoulement de produits agricoles américains, soit l’équivalent de 20 à 25 milliards USD de subventions à la production agricole qui viennent en plus des aides au revenu pour les personnes les plus pauvres. »

Il faut donc repenser l’ensemble de la PAC et pour Jeremy Decerle, il faut centrer les aides sur ceux qui vivent de l’agriculture. « Il faut retrouver une PAC qui a du sens et qui redéfinisse ceux qu’elle veut aider » estime-t-il, en suggérant de se concentrer sur les actifs agricoles.

Tous s’accordent finalement à dire qu’il manque une vision stratégique de l’agriculture et une réelle ambition agricole, portées par une volonté politique qui au niveau européen fait défaut.


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Paris, le vendredi 24 mai 2019