Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Témoignage

« La spéculation accroît fortement la volatilité »



Interview de Bertrand Munier,
Chef économiste de momagri


Depuis novembre 2008, on observe un regain de la spéculation sur les marchés à terme agricoles. L’occasion pour le chef économiste de momagri, Bertrand Munier, de rappeler que la spéculation, aussi utile soit-elle pour couvrir les risques de marché lorsqu’elle est modérée, devient un facteur déstabilisant lorsqu’elle est excessive – ce qui risque d’être le cas aujourd’hui…

« La spéculation accroît fortement la volatilité »

, par Bertrand Munier, Réussir Grandes Cultures,
décembre 2009, n°231

On considère souvent que la spéculation profitable est stabilisante : les investisseurs à court terme achètent quand les cours sont trop bas et vendent quand ils sont trop hauts. Mais pour que cette affirmation soit correcte, il faut supposer que les spéculateurs anticipent parfaitement le prix d'équilibre à terme. Dans le cas de marchés financiarisés comme ceux des matières premières agricoles, ce n'est pas le cas. Les financiers appuient leurs anticipations sur le comportement des producteurs, n'ajoutant d'information qu'avec une certaine myopie. Or, lorsque ces derniers choisissent leur assolement, ils peuvent commettre des erreurs importantes sur les prix auxquels ils pensent pouvoir vendre leur récolte. Nous sommes face à un système complexe, chaotique, avec une incertitude endogène et non pas liée aux seuls phénomènes naturels. Dans ces conditions, la spéculation ne fait qu'accroître fortement la volatilité des prix, et n'a pas de rôle stabilisant.

Il est vrai que la spéculation est utile pour assurer la liquidité des marchés à terme, ce qui est nécessaire à leur bon fonctionnement. Mais tout est dans l'abus : les montants en jeu sont plusieurs dizaines de fois supérieurs à ce que représente la production agricole annuelle ! Vouloir interdire la spéculation serait une absurdité. En plus de son réel intérêt, nous n'avons pas les moyens techniques de le faire.

En revanche, il faut réguler les marches, particulièrement les marchés de gré à gré totalement opaques. Il faut pour cela réduire l'attrait pour les spéculateurs en baissant les gains espérés et en augmentant les coûts d'accès. On peut aussi imposer aux banques, intermédiaires incontournables, de ne permettre le dénouement d'une opération financière que si cette dernière a été passée sur un marché organisé. Mais l'enjeu le plus fondamental est de mieux organiser la production agricole, d'assurer la régulation des marchés physiques et la reconstitution des stocks. On réduirait ainsi le risque de mettre le feu aux poudres.
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Paris, le vendredi 24 mai 2019