Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Vers un nouvel embargo sur le bœuf brésilien ?

17 septembre 2007


La filière brésilienne de production et d’exportation de viande bovine est une nouvelle fois sous le feu de vives critiques. Une pétition vient ainsi d’être lancée par un groupe d’eurodéputés britanniques et irlandais : ils réclament auprès de la Commission Européenne un blocage des importations depuis ce pays, arguant que la traçabilité n’y est pas fiable.

L’association des agriculteurs irlandais (IFA), avait déjà tiré le signal d’alarme en juillet dernier au retour d’une mission au Brésil. Dans un communiqué repris par le COPA COGECA1 , l’IFA dénonçait des manquements graves en matière d’’identification des animaux et de contrôle de la sûreté des denrées alimentaires. Des failles avaient ainsi été observées dans le système de contrôle de la fièvre aphteuse et de sérieuses lacunes avaient été découvertes en termes de notification des déplacements d’animaux, notamment entre les Etats brésiliens soumis à des restrictions en matière d’exportation et ceux qui ne le sont pas. De surcroît, les membres de la délégation de l’IFA rapportaient l’utilisation d’hormones et d’accélérateurs de croissance interdits dans l’Union Européenne.

Le gouvernement brésilien avait alors assuré dans la foulée que la viande bovine exportée vers l'Union européenne respectait toutes les normes sanitaires. Il réfutait toute remise en cause de la crédibilité des contrôles officiels effectués au Brésil et attribuait à des « problèmes de marché » la demande d'embargo des producteurs irlandais.

Aujourd’hui, les eurodéputés se rallient aux producteurs irlandais pour faire réagir la Commission Européenne. Selon eux, alors que la fièvre aphteuse sévit dans trois régions du Brésil d’où la viande ne peut théoriquement pas être exportée, la viande originaire des autres régions supposées saines ne présente pas de garanties suffisantes. « La Commission va devoir nous écouter » et cesser « sa politique de l'autruche en sortant la tête du sable (…) Alors que nous imposons à nos propres éleveurs des normes extrêmement strictes en matière de biosécurité et de traçabilité, nous autorisons de la viande potentiellement dangereuse à entrer librement en Europe », a déclaré Neil Parish, conservateur britannique à l'origine de la déclaration écrite soumise à la signature des parlementaires européens.

Ironie du sort, une semaine plus tard, Bruxelles rétablit l'embargo sur la viande britannique, encore et toujours pour des raisons sanitaires : de nouveaux cas de fièvre aphteuse ont été découverts dans le sud-est de l'Angleterre.

Le marché international de la viande bovine est coutumier de ces crises politico-sanitaires qui, au gré des embargos successifs, dictent les échanges2 . Bien que ces derniers ne représentent que 10 % de la production mondiale, ce sont eux qui fixent les prix par la mise en concurrence de systèmes de productions variés aux compétitivités inégales et aux standards sanitaires et environnementaux déséquilibrés.


1 Comité des Organisation Professionnelles Agricoles de l’Union Européenne (COPA) et Confédération Générale des Coopératives Agricoles de l’Union Européenne (COGECA), www.copa-cogeca.be.
2 Lire l’article sur le marché international de viande bovine paru le 23/07/07 dans la rubrique Analyses et Commentaires.
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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le mercredi 23 mai 2012