Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Une analyse des enjeux façonnant l’avenir économique de l’Afrique



Résumé du rapport de la Banque Mondiale

27 Février 2017

L’Agriculture demeure la clé de voûte du développement du continent africain. La dernière édition d’Africa’s Pulse du groupe de la Banque mondiale, dont nous reproduisons ci-après le résumé
1, le confirme. Rappelant que l’agriculture « représente un tiers du PIB régional et emploie deux tiers de la population active », le rapport indique que « la croissance agricole permet de réduire la pauvreté trois fois plus efficacement que la croissance des autres secteurs ».

Malheureusement, avec un taux de 1,6 % en 2016, soit le plus bas depuis plus de vingt ans, la croissance de l’Afrique subsaharienne se réduit à peau de chagrin. En cause : la chute des cours des matières premières. La Banque Mondiale n’est d’ailleurs pas très optimiste pour les années à venir, prévoyant des prix des matières premières qui « devraient rester à un niveau nettement inférieur à leur pic de 2011-2014 ». Pour autant, aucune solution n’est véritablement avancée pour remédier à la situation et endiguer les risques associés à des prix internationaux durablement déprimés.

Certes, la Banque Mondiale avance l’importance pour ces pays d’ « ajuster leur politique macroéconomique », « afin d’atténuer les vulnérabilités budgétaires, d’améliorer la mobilisation des ressources nationales et de bâtir des réserves suffisantes pour faire face aux périodes de turbulences dans l’économie mondiale et au resserrement des conditions de financement externe ». En bref, tout ceci sonne surtout comme l’aveu d’un désengagement des institutions internationales au profit d’un « aide-toi, le ciel t’aidera ». En termes de politique macroéconomique, on aurait pu toutefois s’attendre à quelques éléments de discussion sur les conséquences de la parité fixe de la zone CFA avec l’Euro, largement dénoncé notamment par Kako Nubukpo, ancien ministre du Togo
2.

Enfin, alors même que les auteurs constatent le décrochage de l’Afrique en termes de productivité agricole par rapport aux pays de la Révolution verte, et qu’ils avancent que l’essentiel de l’augmentation de la production agricole en Afrique provient de l’augmentation des surfaces cultivées, on retrouve dans le cœur du rapport une mise au pilori des aides à l’achat d’intrants, pourtant de plus en plus courante dans les pays africains.

Si le potentiel de développement agricole africain est colossal avec, à l’échelle mondiale, 45% « des terres propices à l’expansion durable de la production, c’est-à-dire non boisées, non protégées, avec une faible densité de population », l’Afrique « n’embraye » pas autant qu’elle pourrait l’espérer et ce n’est pas la Banque Mondiale qui sera le vecteur le plus dynamique de son décollage agricole.


La rédaction de momagri




Après avoir chuté à 3 % en 2015, la croissance économique en Afrique subsaharienne devrait atteindre 1,6 % en 2016, son taux le plus bas depuis plus de vingt ans. Les bas prix des matières premières et le resserrement des conditions financières, exacerbé par des difficultés à l’échelle nationale découlant de l’incertitude politique, des sécheresses et des tensions politiques et sécuritaires, ont continué de peser sur l’activité dans l’ensemble de la région.

Le ralentissement général de la croissance de l’Afrique subsaharienne reflète la détérioration économique des plus grandes économies de la région. Les exportateurs de pétrole affichent une performance économique particulièrement faible. Parallèlement, dans environ un quart des pays, la croissance économique montre des signes de résilience.

En effet, le schéma de la croissance est loin d’être homogène entre les pays, suggérant que l’Afrique subsaharienne croît à des rythmes différents. De nombreux pays enregistrent un fort ralentissement de leur croissance économique, et d’autres (Éthiopie, Rwanda et Tanzanie) continuent d’afficher un taux de croissance annuel moyen supérieur à 6 %, dépassant ainsi le premier tercile de la répartition régionale, alors que d’autres pays, dont la Côte d’Ivoire et le Sénégal, ont rejoint le tercile supérieur pour la performance économique. Les pays performants, qu’ils soient « établis » ou « en voie d’amélioration », disposent généralement de meilleures politiques monétaires et fiscales, d’un meilleur cadre de réglementation de l’activité économique, d’une structure d’exportation plus diversifiée et d’institutions publiques plus efficaces.

Les prix des matières premières devraient rester nettement inférieurs à leur pic de 2011-2014, malgré une récente remontée due à la modeste reprise économique mondiale. Confrontés à des besoins de financement croissants, les exportateurs de matières premières ont commencé à mettre en place des politiques d’ajustement, qui demeurent cependant irrégulières et insuffisantes. Dans ce contexte, un léger rebond est prévu pour l’Afrique subsaharienne en 2017 puisque l’activité économique devrait remonter à 2,9 %, puis se consolider légèrement en 2018 à un taux de 3,6 %. Cependant, ici encore, la moyenne régionale masque de fortes disparités nationales. Les plus grandes économies de la région et les autres exportateurs de matières premières devraient constater une accélération modeste de la croissance de la production alors que les prix des matières premières continuent de se stabiliser et que les pressions inflationnistes s’affaiblissent, stimulant la croissance de la consommation privée et de l’investissement. Dans les autres pays, l’activité devrait se développer à un rythme soutenu, en partie sous l’effet des investissements dans l’infrastructure.

Les risques à la baisse pour les perspectives économiques restent prépondérants. Sur le plan extérieur, les risques connus restent importants, notamment l’amélioration moins rapide des prix des matières premières et le resserrement des conditions financières mondiales. Sur le plan intérieur, les responsables pourraient ne pas adopter les réformes nécessaires pour renforcer les réserves et atteindre la stabilité macro-économique. Les incertitudes qui entourent les élections, les référendums et les orientations politiques à venir dans un certain nombre de pays posent également des risques. Dans certains pays, les menaces sécuritaires représentent une source de risque supplémentaire.

De nombreux pays doivent ajuster leur politique macroéconomique afin d’atténuer les vulnérabilités budgétaires, d’améliorer la mobilisation des ressources nationales et de bâtir des réserves suffisantes pour faire face aux périodes de turbulences dans l’économie mondiale et au resserrement des conditions de financement externe. Parallèlement, alors que les pays cherchent à stimuler leurs perspectives de croissance externe, l’accélération du rythme des réformes structurelles restera un facteur-clé.

L’amélioration de la productivité agricole est indispensable pour transformer les économies d’Afrique subsaharienne et promouvoir une croissance inclusive et durable. Cependant, la croissance de la production agricole dans la région résulte principalement de l’expansion des surfaces cultivées et non des gains de productivité : en effet, la contribution de l’expansion des terres à la croissance agricole est plus de trois fois supérieure dans la région que dans les autres pays en développement.

Pourtant, les bonnes conditions sont présentes pour stimuler la productivité agricole en Afrique et atteindre une croissance agricole durable. Les marchés régionaux africains croissent rapidement (sous l’effet de la croissance de la population, de l’urbanisation et des revenus), ce qui a des effets incitatifs sur la demande et crée un potentiel de substitution aux importations. Les perspectives sont également prometteuses du côté de l’offre, grâce à un potentiel de rendement non exploité et un environnement politique propice.

Pour améliorer véritablement la productivité, des investissements publics sont nécessaires dans les biens publics ruraux. Malgré une augmentation des investissements visant à renforcer les marchés, développer et diffuser des technologies améliorées, promouvoir l’utilisation d’intrants et construire une base de données agricole, les investissements restent nettement en dessous des objectifs et des besoins. L’amélioration de la qualité des dépenses publiques et l’utilisation efficiente des ressources est encore plus cruciale que l’amélioration du niveau de dépenses. Les pays d’Afrique subsaharienne sous-financent considérablement les investissements à rendement élevé si bien que le rééquilibrage de la composition des dépenses publiques agricoles pourrait se traduire par des gains immenses.

Mais surtout, l’expérience nous a appris que les investissements doivent réduire les contraintes sur différents fronts. Pour que les réformes s’inscrivent dans la durée, elles doivent être ancrées avant tout dans la gestion des pressions politiques et l’utilisation de processus externes en tant que dispositifs d’engagement.


1 Retrouvez l’intégralité du résumé et du rapport en suivant ce lien
http://documents.banquemondiale.org/curated/fr/(...)/pdf/108582-FRENCH-REVISED-OCT-11-(...).pdf

2 Sortir l'Afrique de la servitude monétaire : A qui profite le franc CFA ? , de Kako Nubukpo (Sous la direction de), Bruno Tinel (Sous la direction de), Martial-Ze Belinga (Sous la direction de), Demba Moussa Dembélé (Sous la direction de), paru le 3 octobre 2016, la Dispute
3 Voir page 74 et suivantes


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Paris, le samedi 23 septembre 2017