Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Un risque de retournement des prix du lait ?

23 Avril 2012


Portées par des prix relativement élevés, les productions mondiale et française de lait ont augmenté l’année dernière, conduisant certains producteurs à redouter un retournement des prix dans les semaines à venir.

En 2011, la production mondiale de lait a ainsi progressé de 16 millions de tonnes (+2%), pour atteindre 737 millions de tonnes. En France, cette augmentation a été encore plus marquée avec une hausse de 5% de la production de lait de vache, soit plus d’un million de tonne, pour atteindre près de 25 millions de tonnes en 2011.

Or, cette évolution favorable n’est pas sans inquiéter un certain nombre de producteurs de lait, qui redoutent de voir bientôt une offre trop abondante sur les marchés, pouvant conduire à un retournement brutal des prix. Comme l’a rappelé, le 12 avril dernier lors d’une conférence de presse, Gérard You, économiste à l’Institut de l’élevage, « il suffit de 2 à 3 millions de tonnes de lait en trop pour qu’il y ait un effet de levier considérable sur […] les prix du lait ».

Ces inquiétudes sont d’autant plus fortes que le secteur du lait se caractérise par une volatilité structurelle des prix, exacerbée par des facteurs conjoncturels spécifiques en termes de coûts de production et de fortes variations des marges avant et arrière avec les distributeurs. Ainsi, entre octobre 2010 et juin 2011, le prix moyen payé aux producteurs de lait en France, a chuté de 12%, pour remonter de 20% en novembre 2011, avant de chuter à nouveau de plus de 10% en 3 mois.

Depuis la décision prise en septembre 2008 par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) de mettre un terme à la négociation collective des prix du lait au niveau interprofessionnel, la volatilité des prix agricoles se répercute plus violemment sur les producteurs et les tensions se sont accentuées entre les différents acteurs de la filière amont et aval.

Depuis, des mesures conjoncturelles à répétition sont prises, qui participent plus à brouiller la visibilité des producteurs qu’à les éclairer sur l’avenir, en attendant une réforme de la PAC dont les modalités concrètes d’application s’éloignent à mesure que les tensions budgétaires européennes s’accroissent et que les députés prennent conscience de l’urgence de disposer de mécanismes de régulation adaptés au contexte qui est désormais le nôtre.

Il est donc urgent que les discussions en cours sur la future PAC propose une réforme structurelle des mécanisme d’intervention et de régulation sur ce secteur spécifique afin de limiter l’hypervolatilité des prix que l’on observe aujourd’hui. Le secteur laitier ne doit pas être considéré comme le secteur « éclaireur » d’une réforme de la PAC aujourd’hui déboussolée et devenue obsolète face aux nouveaux enjeux, comme ce fut le cas du secteur ovin dans les années 1990, avec toutes les conséquences que l’on a pu constater sur l’équilibre de la filière.

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Paris, le samedi 25 octobre 2014