Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Trading à Haute Fréquence :
l’illustration d’une finance pousse-au-crime

27 Avril 2015


« Sur les vingt-cinq dernières années, la volatilité sur une journée n’a jamais été aussi importante » déplorait le Fonds Monétaire International (FMI) dans son rapport semestriel sur la stabilité financière. Réduction de liquidité sur les marchés des changes et des obligations, écrasement des taux d’intérêt alors que l’économie réelle bat de l’aile…la planète financière est en surchauffe, exacerbée notamment par le développement des produits dérivés sur les marchés et des opérations qui y sont liées, à l’image du Trading à Haute Fréquence.

Pour le FMI, parallèlement à l’automatisation des plates-formes financières, c’est justement le développement croissant des « transactions à haute fréquence » (High Frequency Trading), qui consistent à acheter et vendre des options de façon très rapide par l’intermédiaire d’algorithmes informatiques, qui pèse de plus en plus sur la stabilité des marchés.

Or, les activités de ces puissants opérateurs des marchés virtuels sont l’illustration parfaite de la déconnexion croissante entre la sphère réelle et la sphère financière, un constat particulièrement vrai pour les matières premières agricoles. 75% à 85% des transactions réalisées sur le blé ne passent pas par le marché de Chicago, mais se réalisent sur des marchés de gré à gré. Le nombre de contrats « futures » agricoles échangés quotidiennement sur le Chicago Board of Trade (CBoT) a ainsi plus que triplé depuis 2000. Plus globalement, La valeur notionnelle des dérivés (c'est-à-dire la valeur faciale qui apparaît sur les contrats de ces produits) dépasse désormais son niveau d'avant la crise des subprimes. Fin 2013, elle s'élevait à $710 000 milliards, contre $684 000 milliards au premier semestre 2008, selon les chiffres de la Banque des règlements internationaux (BRI). L'équivalent de dix fois le PIB mondial, contre trois fois le PIB mondial il y a quinze ans.

A l’heure où les organes de régulation tant américains qu’européens tentent de se renouveler, cette manipulation est une nouvelle preuve de l’opacité et du dysfonctionnement des marchés dérivés et de comportements nocifs, notamment si ils se propagent aux matières premières agricoles, impliquant directement la sécurité alimentaire de milliards d’individus.

Ainsi, le développement erratique et hors de contrôle de ces vingt dernières années des marchés de gré à gré (OTC en anglais), a abouti à une spéculation excessive sur les marchés des matières premières, et notamment agricoles, avec pour corollaire l’hypervolatilité des prix alimentaires, à l’origine de la crise alimentaire de 2007/2008.

Ni algorithme complexe, ni main invisible ne pourront garantir la stabilité des marchés agricoles, surtout dans un monde instable, volatil et imprévisible. Pourtant, face aux conséquences d’une agriculture excessivement financiarisée, les risques sont grands de voir surgir à terme une bulle agricole. Faudra-t-il en arriver là pour finalement réaliser l’urgence de la réforme de l’architecture financière mondiale ?


Haut de page
Paris, le samedi 23 septembre 2017