Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.

Réinventer des outils de régulation.

19 Octobre 2009



Dans un rapport spécial publié le 15 octobre, la Cour des comptes européenne a épinglé les risques liés à la politique de libéralisation des marchés agricoles conduite par la Commission européenne. Examinant l’efficacité de la gestion du marché du lait depuis l’instauration des quotas laitiers en 1984 au regard des principaux objectifs assignés à la politique laitière de l’Union européenne, le rapport a notamment conclu que les outils de gestion du marché (principalement les quotas) ont relativement bien encadré la production, et surtout ont permis de stabiliser les prix. Comparativement à la période ayant précédé les quotas, le prix nominal du lait à la production a en effet peu varié entre 1984 et 2006, soulignant ainsi l’efficacité de la politique par rapport à cet objectif précis.

Sans vouloir rétablir les quotas laitiers, la Cour des comptes européenne a néanmoins recommandé dans ses conclusions de « continuer à superviser l’évolution du marché du lait et des produits laitiers pour éviter que la libéralisation du secteur ne conduise à la réapparition d’une situation de surproduction ». Dans un contexte de démantèlement des quotas laitiers (prévu depuis le Conseil de 2003), il y a en effet tout lieu de croire que le souci de la Commission à rendre les agriculteurs plus réactifs aux « signaux du marché » conduise à des situations de surproduction lorsque les prix sont hauts… Provoquant une instabilité des prix encore plus grande. C'est-à-dire l’opposé du résultat souhaité par la Commission. Sans compter que ce rapport passe sous silence les véritables risques de pénurie que la libéralisation de la filière fait peser – une situation que l’Union européenne a vécu en 2007 déjà.

Depuis quelques mois maintenant, la situation de crise du secteur laitier a prouvé qu’on ne pouvait se passer de politiques de régulation du marché. Les décideurs politiques ont cherché à répondre aux inconvénients des instruments de régulation mis en œuvre il y a une trentaine d’années en prenant le contre-pied des politiques en questions. Faudra-t-il attendre que la politique de libéralisation ait déstabilisé durablement la filière pour s’apercevoir que, plutôt de libéraliser, il faut réinventer des outils de régulation ?

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Regards sur l'actualité
Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le mercredi 8 février 2012