Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Régulation des marchés financiers agricoles :
l’Europe avance

20 Janvier 2014


L’année 2013 aura été une bonne année pour la régulation financière : que cela soit outre-Atlantique ou en Europe, une véritable volonté politique s’est accompagnée d’actes concrets visant à plus de transparence et de contrôle, notamment des marchés des dérivés.

2014, pourrait prolonger cette tendance. Première bonne nouvelle : après plus de deux ans de tractations quant à la révision de la directive européenne sur les marchés d’instruments financiers (MiFID), un accord de principe a été trouvé le 15 janvier dernier entre le Parlement européen et les Etats-membres afin de mieux les encadrer et notamment de limiter la spéculation excessive sur les marchés des matières premières ainsi que le trading à haute fréquence1.

Pour la première fois, les autorités compétentes pourront fixer des limites aux positions qu’un trader ou un groupe de traders pourront détenir sur les marchés de dérivés des matières premières, notamment agricoles.

Cet accord intervient alors que la régulation des marchés financiers figure parmi les principaux dossiers européens depuis 2012. La direction générale de l’agriculture de la Commission européenne avait ainsi mis en place, à titre consultatif, « un groupe d’experts sur les dérivés des produits agricoles de base et les marchés au comptant ».

« Transparence, responsabilité, morale » pourrait devenir le prochain mantra des autorités compétentes en Europe. De Bruxelles à Washington, on assiste à une prise de conscience que les paradigmes d’hier sont aujourd’hui non seulement obsolètes mais erronés, alors que les marchés, agricoles notamment, sont de plus en plus financiarisés et défaillants. Des constats par ailleurs corroborés par une récente étude des services du Parlement européen sur la régulation des marchés des dérivés des produits agricoles2 :
    - Ces marchés se caractérisent par une déconnexion croissante entre la sphère réelle et la sphère financière, un constat particulièrement vrai pour les matières premières agricoles. Ainsi, alors qu’ils étaient quasiment inexistants au début des années ’90, la valeur de réalisation des produits dérivés atteignait près de 639 milliards USD fin juin 2012 (16% de plus que fin 2008), selon la BRI.

    - La spéculation financière joue un rôle dans la volatilité des prix alimentaires et pourrait-être l’une des causes de la flambée des prix alimentaires en 2007-2008 et 2010-2011. Pourtant, l’interprétation des tendances futures des marchés agricoles est encore loin de faire consensus.

    - Le libre jeu des forces du marché n’est pas l’antidote ultime aux crises et à l’hypervolatilité des prix.
Les défaillances de l’architecture financière mondiale sont réelles et particulièrement délétères depuis quelques décennies. Les réformes, comme celle adoptée sur le principe par Bruxelles le 15 janvier dernier, sont essentielles mais doivent être poursuivies dans un contexte de mutation permanente, d’instabilité structurelle et de volatilité extrême. Car déjà certains doutes surgissent quant à la viabilité de ces initiatives. Dans l’accord informel proposé le 15 janvier dernier, le choix des limites de position seront laissées à la discrétion des Etats, tout comme l’est l’application de la future PAC. L’ONG Oxfam craint d’ailleurs « une course au moins-disant régulatoire entre pays européens ». La City n’accueille-t-elle pas déjà les déçus américains des récents tours de vis de la CFTC ?

Face à l’instabilité et à l’incertitude du contexte actuel, l’importance de modéliser les nouvelles réalités des marchés qui sont désormais celles des marchés agricoles n’en est que plus urgente. Et en premier lieu la spéculation grandissante dont ils font l’objet, notamment sur les marchés de gré à gré, et son impact sur la volatilité des prix.

Ainsi, le modèle du think tank momagri, présenté pour la première fois en 2008, cherche à répondre à des questions essentielles afin de mieux appréhender ces réalités : Pourquoi les prix et les revenus agricoles sont-ils aussi instables et volatils ? Ou encore quel serait l'impact d'une libéralisation des échanges sur les prix et les revenus agricoles?


1 Retrouvez ici une récente illustration de ces opérations en nette augmentation ces dernières années http://www.momagri.org/FR/regards-sur-l-actualite/Quand-la-fiction-s-empare-des-marches%85_1317.html
2 Retrouvez l’étude en cliquant ici http://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/divers/join/2013/513989/IPOL-AGRI_DV(2013)513989_EN.pdf
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Paris, le mardi 26 septembre 2017