Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Réduction des paiements directs :
adieu veau, vache, cochon ?

6 Avril 2015


La Commission européenne rogne une fois de plus sur les paiements directs. La dernière proposition de discipline financière adoptée par la Commission européenne le 27 mars dernier sur le budget pour 2016, annonce en effet une réduction des paiements directs de 1,39% pour les montants de plus de 2.000 €. Cet ajustement est destiné à alimenter la réserve de crise du secteur agricole pour 2016, prévue à 441,6 millions d’euros (contre 433 millions d’euros en 2015). Il reste au Parlement et au Conseil européen à valider ou à ajuster ce taux avant fin juin 2015. En 2014, cet ajustement avait été de 1,30 % pour une réserve de 433 Millions € en 2015. Cet arbitrage de la Commission impose finalement aux agriculteurs de renoncer à 1,39% des paiements directs prévus par la PAC. Si la réserve n’est pas utilisée, elle sera remboursée aux agriculteurs.

Cette ponction, aussi utile que puisse être la réserve de crise, n’est finalement qu’une solution d’appoint là où la nouvelle PAC offre des outils et un budget au rabais, soit autant de dispositions inadaptées aux enjeux agricoles contemporains. Pourtant – et la crise laitière de même que la disparition des quotas laitiers le 1er avril dernier en sont la preuve – la nécessité d’un redéploiement des sommes affectées aux paiements directs découplés vers des mécanismes contra-cycliques, flexibles et efficaces, n’a jamais fait autant sens. Un constat récemment partagé par Dominique Chargé, Président de la FNCL1, qui appelait, dans un entretien accordé aux Echos, à une politique agricole commune adaptée à la volatilité, à travers la mise en place d’outils modulables adaptés à l’instabilité intrinsèque des marchés.

Comment, en effet, expliquer que la PAC soit la seule à consacrer près de 60% de son budget à des paiements directs découplés de toute considération de marché, alors que les autres puissances agricoles concentrent leurs efforts budgétaires sur des mécanismes qui réduisent les conséquences néfastes de l’instabilité des marchés sur les revenus agricoles ?

Rien aujourd’hui ne permet de justifier la poursuite du démantèlement des mécanismes européens de gestion de crise agricole, rien également ne justifie que l’agriculture serve de variable d’ajustement à des règlements de compte politiques. Tous les indicateurs sont cependant au vert pour initier un nouveau virage lors de la révision de la PAC en 2016 au nom du caractère stratégique et spécifique de l’agriculture européenne.


1 Fédération Nationale des Coopératives Laitières


Haut de page
Paris, le dimanche 24 septembre 2017