Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Réchauffement climatique et sécurité alimentaire :
le GIEC agite à nouveau le chiffon rouge

7 Avril 2014


Le 31 mars, le GIEC, groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat, a publié le deuxième volet de son 5e rapport sur le changement climatique portant sur l’impact du réchauffement, les mesures d’adaptation et les vulnérabilités. Publié tous les six ans environ, ce nouveau rapport confirme que l’évolution du climat devrait avoir plus d’effets négatifs que positifs, notamment pour l’agriculture et la sécurité alimentaire.

Une augmentation de la température de 2 degrés aurait ainsi un impact considérable sur l’agriculture et pourrait frapper plus tôt que prévu, dans ces deux à trois prochaines décennies. En France, le thermomètre a gagné 1,5°C en un siècle, conduisant à avancer les dates des semis et des récoltes. Or, pour l'ensemble de l'Europe, les projections tablent sur un « le renforcement de fréquence et d'intensité des épisodes de sécheresse et de canicules sur une bonne partie du continent », indique Jean-François Soussana, directeur scientifique « Environnement » de l'INRA membre du GIEC. Il faut rappeler qu’en 2003, la sécheresse et la canicule avaient provoqué une perte des récoltes de 20 à 30%.

Les risques d’affaiblissement des rendements agricoles mondiaux pourraient s’en suivre, notamment du blé dont la progression est déjà freinée de 2% par décennie (1% pour celle du maïs) au moment où la demande mondiale augmentera de 14% d’ici 2050.

Mais le changement climatique n’est pas qu’une question d’ordre environnemental. Le rapport souligne l’impact des événements climatiques extrêmes sur la fluctuation des prix depuis 2007/2008 et la vulnérabilité des marchés agricoles au facteur de la volatilité. Une volatilité qui, exacerbée par les récentes inondations en Europe ou encore les épisodes de sécheresse aux Etats-Unis, fragilise la sécurité alimentaire et la productivité agricole.

Quelles mesures alors adopter pour répondre au mieux aux défis que le GIEC met en scène? Alors que certaines agricultures commencent à revoir leurs pratiques, les experts du GIEC préconisent des mesures d’adaptation visant de meilleures stratégies agricoles couplées à la nécessité d’une amélioration de la recherche, pour une agriculture toujours plus innovante.

Tout cet ensemble de mises en garde doit cependant être abordé avec prudence. D’autres thèses existent et il faut se garder d’un catastrophisme excessif. Par ailleurs, si les conséquences d’un changement climatique peuvent renforcer la volatilité des prix, le facteur « climat » n’intervient que comme une allumette qui peut venir aggraver une situation des marchés structurellement déséquilibrée. Le vrai sujet est de créer à l’échelle internationale de vrais mécanismes de régulation, pour atténuer l’impact des risques non seulement exogènes mais endogènes sur l’agriculture, la faim et la pauvreté. Car ne se préoccuper que des aléas climatiques, tout en laissant les marchés fluctuer librement, en encourageant la disparition des derniers mécanismes de régulation, est particulièrement dangereux.

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Paris, le samedi 23 septembre 2017