Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Qui veut la peau de Phil Hogan ?

30 Novembre 2015


« Big Phil » comme on le surnomme n’est décidément plus en odeur de sainteté...

Dernier coup de sang en date celui du Président de l’European Milk Board (EMB), Romuald Schaber, qui dans une lettre ouverte demande au Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, de démettre le Commissaire Phil Hogan de ses fonctions.

Les raisons d’une telle remontrance ? Un marché laitier sous pression, des exploitations en faillite ou sur le point de l’être et un Commissaire qui s’obstine à refuser la réalité de la crise et ce depuis ses débuts.

Monsieur Schaber pointe ainsi du doigt l’incompétence et l’irresponsabilité du Commissaire qui pourtant « selon l'article 39 du Traité sur le fonctionnement de l'UE, [se doit] d'assurer un niveau de vie équitable à la population agricole ». Car c’est seulement avec l’aide d’un revenu raisonnable que la vitalité du secteur agricole dans de nombreuses régions pourra être assurée.

L’EMB n’est pas le premier organisme syndical à monter au créneau et sera sans doute rejoint par d’autres si Bruxelles persiste dans son inaction. Dernièrement, Thierry Roquefeuil, président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), a demandé la démission de Phil Hogan, répondant à la provocation du commissaire qui avait refusé de reconnaître l’urgence de la crise agricole en Europe lors d’un entretien pour une web-télévision.

La Commission avait fait le pari d’un marché laitier au beau fixe, sans prévoir un seul instant la possibilité d’un retournement de conjoncture, marqué par des prix déprimés et des stocks excédentaires. Pourtant, nous y sommes. Si la filière s’organise au niveau national, au niveau des coopératives, les producteurs se mobilisent (nouvelles formes de contrats, négociations entre les acteurs…), c’est bien de la part de Bruxelles que des réponses structurelles sont attendues. Or, quelles solutions pérennes la Commission a-t-elle proposé pour lutter contre cette situation de crise dont on ne voit pas encore l’issue ?

Plus proche de la position allemande ou britannique que des revendications françaises ou espagnoles, le très libéral Phil Hogan focalise surtout son attention sur la recherche de nouveaux débouchés pour les produits européens, au travers d’accords de libre-échange avec des pays tiers comme le Mexique, l’Australie, les Etats-Unis ou la Nouvelle-Zélande ou d’actions de promotion, plutôt que de considérer des interventions directes sur les marchés.

La gravité de la crise, qui contraste avec l’attentisme et le déni de la Commission, exige plus que jamais d’initier un nouveau cap stratégique, si l’on ne souhaite pas voir l’agriculture européenne sombrer et emportée par une crise aujourd’hui difficilement maîtrisable sans mesures appropriées.


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Paris, le samedi 23 septembre 2017