Réunis le 20 septembre dernier à Bruxelles, les ministres de l’Agriculture des Etats membres de l’Union européenne ne sont pas parvenus à trouver un accord concernant l’aide alimentaire interne.
En avril dernier, la Commission européenne s’était vue adresser un arrêt de la Cour européenne de Justice, bloquant 80% des fonds alloués au Programme européen d’aide aux plus démunis (Pead). Le Conseil des ministres de l’Agriculture devait résoudre la situation, mais toute prise de décision a encore été reportée. Six Etats, l'Allemagne, le Royaume-Uni, la Suède, le Danemark, les Pays-Bas et la République tchèque, se sont en effet opposés à une solution qui aurait permis d’éviter que les fonds alloués au Pead passent de 480 millions d'euros cette année à 113,5 millions d'euros en 2012. Ils soulignent le fait que les excédents agricoles qui alimentaient ce programme ont pratiquement disparu, au point d'être remplacés ces dernières années par des achats massifs de nourriture, financés par la Politique agricole commune (PAC). Or, selon eux, ces achats n’ont rien à voir avec la PAC et devraient relever des politiques sociales à la charge des Etats nationaux.
Selon Alain Seugé, président du réseau français de ces banques et vice-président de la Fédération européenne, les coupes devraient entraîner des conséquences sociales inquiétantes : "En France, le PEAD représente 23 à 55% des denrées collectées selon les associations. En Espagne, c'est 50% des approvisionnements des banques alimentaires; en Italie, les deux tiers; en Pologne et en Hongrie, 90%".
Le commissaire européen à l’Agriculture Dacian Ciolos a alors proposé de maintenir pour les deux années à venir le financement via la PAC, en attendant que les fonds sociaux européens ne prennent le relais en 2014.
Ce blocage révèle un manque de cohérence de la stratégie européenne sur les réformes passées et en cours de la Politique Agricole Commune. Ces réformes ont en effet conduit à une réduction drastique des stocks agricoles européens, qui ne semble pas s’être accompagnée, d’une réflexion suffisante sur le caractère stratégique de ces stocks pour la sécurité alimentaire de l’UE.
Par ailleurs, au-delà de conceptions politiques différentes ou de réflexes égoïstes qui s’exacerbent en temps de crise, on s’interrogera sur les raisons pour laquelle le blocage éclate à un moment où l’Union Europe vit la plus grave crise globale de son histoire.
Alors que la crise grecque et plus largement la crise de l’endettement mettent les Etats Membres face à des décisions d’une extrême importance pour l’avenir de l’Union, on ne peut imaginer qu’ils ne trouveront pas d’ici la fin de l’année une solution même transitoire. Au risque sinon d’accroître encore un peu plus l’incompréhension chez les citoyens européens de l’utilité de l’Union Européenne ?
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