D’après le National Crime Records Bureau (l’agence gouvernementale indienne responsable des statistiques judiciaires), près de 50 000 agriculteurs indiens se sont suicidés entre 2006 et 20081, la dernière année pour laquelle les chiffres sont disponibles. Sur 10 ans, entre 1997 et 2008, il ne s’agit pas moins de 200 000 agriculteurs qui se sont donné la mort dans le sous-continent.
Un phénomène devenu quasi-banal, comme en atteste l’ampleur de ces chiffres, au point que le sujet a fait son entrée dans l’encyclopédie libre en ligne Wikipédia sous le titre « Farmer's suicides in India ». En cause, l’endettement de certains agriculteurs, le manque de disponibilité de crédit pour d’autres, la vétusté des installations, le manque d’appui et d’infrastructures, et surtout la volatilité des prix des produits agricoles, souvent orientés à la baisse, qui diminue considérablement leurs maigres revenus.
Dans sa lutte pour améliorer la sécurité alimentaire de sa population, le gouvernement indien a plutôt mis l’accent ces derniers temps sur les consommateurs, comme en témoigne le projet de loi sur la sécurité alimentaire, destinée à améliorer le sort des ménages en dessous du seuil de pauvreté en leur assurant un minimum alimentaire mensuel. Si ce projet ne doit pas être voté avant un an, en raison des retards pris par l’administration pour estimer le nombre de familles éligibles, les consommateurs n’en restent pas moins la priorité de l’Etat. Vendredi 13 mai dernier, le gouvernement indien a ainsi exprimé son soulagement, par l’intermédiaire du ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation Sharad Pawar, de voir que le pire de l’inflation des denrées alimentaires était passé, et que les prix devraient commencer à baisser.
Certes, il est difficile d’équilibrer la balance entre les intérêts des producteurs et ceux des consommateurs : les premiers souhaitent un prix haut pour rémunérer décemment leur travail, les autres un prix bas pour assurer leur alimentation à bas coût. Cela étant, dans la mesure où les agriculteurs sont souvent les plus pauvres, peut-être faut-il prendre le problème à l’envers : privilégier la capacité de production des agriculteurs, c’est augmenter la sécurité alimentaire globale, et améliorer le sort des ménages agricoles qui sont en dessous du seuil de pauvreté. Quitte à équilibrer en mettant à disposition des plus pauvres une aide alimentaire du type de celle qui est prévue par le projet de loi sur la sécurité alimentaire en discussion au Parlement indien.
1 Cité par The Hindu, quotidien indien national, « How to be an ‘eligible suicide’ », 13 mai 2010 |