Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Pascal Lamy ou la fuite en avant dans la libéralisation

29 septembre 2008



Dans une déclaration faite le 16 septembre devant la 55ème session de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED)1, le directeur général de l’OMC Pascal Lamy a annoncé son intention de rappeler les ministres du Commerce des 152 Etats membres, afin de conduire les négociations du cycle de Doha à leur terme.

« Les raisons pour lesquelles nous devons conclure le Cycle deviennent chaque jour plus pressantes à mesure que les perspectives économiques et financières continuent de se dégrader », a-t-il déclaré. Dans un climat de crise financière, Pascal Lamy craint en effet que les pays succombent à la tentation protectionniste, comme cela a été le cas à l’occasion de la crise de 1929. Or, selon lui, la leçon importante de la Grande Dépression est précisément que « le protectionnisme et l’isolationnisme économique ne fonctionnent pas » (discours prononcé à l’occasion du Forum public de l’OMC le 24 septembre2).

En invitant la communauté internationale à finaliser rapidement le cycle de Doha, Pascal Lamy commet une erreur stratégique à deux niveaux.

Tout d’abord, s’il a raison d’appeler les décideurs à ne pas céder aux sirènes du protectionnisme, encore faut-il se garder de ne pas tomber dans l’excès inverse. La crise financière actuelle a convaincu la plupart des dirigeants internationaux, à l’instar du directeur du FMI Dominique Strauss-Kahn et du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, de la nécessité de revenir à un capitalisme régulé, à une coopération internationale assainie, et de repenser calmement les termes du débat en matière de gouvernance internationale. Il est surprenant que Pascal Lamy, dans le contexte actuel de crise alimentaire, continue de plaider pour une conclusion rapide du cycle de Doha, et une libéralisation accrue des échanges, alors que les conséquences pourraient s’avérer encore plus dramatiques que la crise financière.

Ensuite, cette fuite en avant dans la libéralisation témoigne d’une approche binaire, théorique et idéologique, où la libéralisation totale dans un cadre multilatéral représente l’unique alternative à l’isolationnisme et au protectionnisme. De nombreuses autres options existent, et le fait que le directeur de l’OMC n’en ait pas conscience est inquiétant.

1 55ème Session du Conseil du commerce et du développement de la CNUCED, « L'évolution du système commercial international et du commerce international du point de vue du développement », 16 septembre 2008. http://www.wto.org/french/news_f/sppl_f/sppl100_f.htm
2 P. Lamy, « Un commerce tourné vers l’avenir », http://www.wto.org/french/news_f/sppl_f/sppl101_f.htm

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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le mercredi 23 mai 2012