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Les négociations entre l’Union Européenne et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay et Venezuela en phase d'adhésion) sur l’ouverture des marchés agricoles avaient été relancées une première fois en mai 2010 et déjà, les parlementaires européens s’inquiétaient de possibles conséquences pour l’agriculture européenne1. Cette année, les négociations ont repris du 14 au 18 mars à Bruxelles, avant un nouveau cycle prévu du 2 au 6 mai au Paraguay. Dans ce cadre, les parlementaires ont de nouveau fait savoir leur désapprobation.
Depuis le début des négociations, le Parlement européen n’a pas même à sa disposition une étude chiffrée évaluant avec précision l’impact d’une telle ouverture commerciale sur les marchés agricoles européens. Selon les parlementaires, cette incertitude est dangereuse et ne serait pas un terreau propice pour conclure des accords « à l’aveugle ». Aussi, les parlementaires appellent-ils aujourd’hui la Commission à mener et publier des évaluations d’impact préalables à tout pourparler.
Il est vrai que de nombreuses questions restent en suspens: comment les marchés vont-ils réagir ? Cela va-t-il entraîner un accroissement de la volatilité des cours ? Quels seront les impacts en termes de production, d’approvisionnement, de sécurité alimentaire ?
Or, ces questions capitales aujourd’hui soulevées par le Parlement européen, restent pourtant sans réponse. Rappelons qu’à l’heure actuelle, les décideurs européens ne peuvent s’appuyer sur aucun modèle de simulation capable d’évaluer l’impact d’une ouverture du marché européen à des régions tierces en prenant également en compte les différents risques inhérents aux marchés agricoles, qu’ils soient naturels (aléas climatiques et épizooties), et surtout de marché (financiarisation des marchés agricoles).
Une étude menée par momagri en 2009 démontrait ainsi que dans le cas d’une libéralisation de l’ensemble des marchés agricoles de la planète :
• la volatilité des cours des matières premières agricoles serait amplifiée ;
• les agriculteurs des pays les plus pauvres verraient leur chiffre d’affaires chuter de 60 à 80% certaines années ;
• les agriculteurs des pays émergents importateurs verraient leur chiffre d’affaires baisser de 30% pour la Chine, 40% pour l’Inde selon les années ;
• le chiffre d’affaires des agriculteurs des pays développés chuterait d’environ 30%.
• seuls les pays émergents exportateurs comme le Brésil tireraient leur épingle du jeu.
L’objectif de la Commission européenne d’accroître le commerce agricole de l’UE est certes louable mais cela ne doit pas se faire à terme au détriment des intérêts de l’Europe dans un contexte de redéfinition de la PAC. Identifier, appréhender et évaluer les risques d’une ouverture commerciale constituent un préalable indispensable à toute prise de décision, qu’elle soit économique, politique ou stratégique. Cela est encore plus vrai dans le domaine agricole qui constitue un secteur stratégique. A l’heure où les bienfaits de Doha sont plus que remis en cause, il est important que l’Europe évalue concrètement les coûts et bénéfices sectoriels liés à la signature d’un tel accord, et ne prenne pas de décision irrémédiable qui pourrait déséquilibrer un secteur déjà fragile.
1 Cf article momagri du 21/06/10 : http://momagri.org/FR/regards-sur-l-actualite/Les-parlementaires-europeens-inquiets-des-negociations-de-libre-echange-entre-l-UE-et-le-MERCOSUR-_707.html |