Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Multiplication des accords de libre-échange :
deux poids, deux mesures ?

12 Mai 2014


Alors qu’aura lieu, du 19 au 23 mai prochain, le 5e round des négociations sur le TTIP, on observe un regain d’inquiétude qui gagne de plus en plus d’agriculteurs et de consommateurs. Cependant cette inquiétude ne concerne pas le seul TTIP et elle pourrait à terme fragiliser l’ensemble des accords de libre-échange bilatéraux actuellement en négociation.

L’impression globale est telle qu’outre le manque de transparence et de communication autour des différentes négociations, les bénéfices réels qu’en tireront les protagonistes, notamment agricoles, paraissent nettement déséquilibrés, et ceci d’autant plus que l’on regarde depuis son propre territoire.

Ainsi, vu par les petits producteurs de fromage canadiens, l’impact négatif de l’accord de libre-échange UE/ Canada se ferait sentir en raison de l’arrivée future de 17 000 tonnes de fromages fins européens. Un déséquilibre récemment dénoncé par Marcel Groleau (UPA) : « Lorsque l’on regarde l’accès au marché du bœuf européen, eu égard aux conditions qu’ils ont mises — filière canadienne et non nord-américaine (…) – à terme le bœuf canadien sur les tablettes des épiceries européennes représentera 0,5 % du marché… quand nous leur donnons accès à 40 % de notre marché des fromages fins ».

Pour autant, l’avantage avancé pour l’Europe n’est pas aussi évident aux yeux des européens et des français. L’ancienne ministre du commerce extérieur, Nicole Bricq, avait exprimé sa préoccupation quant aux conséquences de cet accord sur les filières viandes, boeuf et porc. L’eurodéputé vert français, Yannick Jadot a également rappelé qu’ « en pleine crise de l'élevage en Europe - et en Bretagne -, l'accord va accentuer la mondialisation agroalimentaire. L'Europe importera davantage de viande de porc et de boeuf !".

Du côté du TTIP UE-USA, les agriculteurs et consommateurs européens se montrent de plus en plus sceptiques. Les mouvements d’opposition s’organisent notamment à l’approche des élections européennes alors que les études sont de plus en plus nombreuses à évaluer de manière critique les diverses études d'impact du partenariat transatlantique.

D’autres pays comme le Japon, en pourparlers pour la signature d’un accord de libre-échange avec d’une part les Etats-Unis (Partenariat Trans-Pacifique) et de l’autre avec l’Union européenne, se montrent particulièrement réticents à ouvrir leur marché notamment dans les secteurs agricole et agroalimentaire. Et là encore leur réticence peut se comprendre : les produits alimentaires et les boissons de l’UE seraient parmi les grands gagnants d’un accord avec le Japon, importateur net et particulièrement protecteur de ses producteurs avec des droits de douane très élevés.

Enfin, l’accord de libre-échange UE/Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) est loin de faire l’unanimité : le Copa-Cogeca s’oppose aux négociations avançant les effets négatifs sur des secteurs comme la viande bovine, la volaille ou le porc. Du côté sud-américain, ce sont des milliers d’agriculteurs colombiens qui manifestaient le 29 avril dernier pour dénoncer la renégociation des traités de libre-échange avec les Etats-Unis et l’UE.

Finalement, nous sommes aujourd’hui de plus en plus nombreux à exiger une mondialisation « intelligente », à réaliser que le libre jeu du marché n’est pas le remède ultime aux crises exogènes ou endogènes futures : sommes-nous réellement prêts à conclure un accord dont les conséquences économiques seraient aussi néfastes qu'irréversibles pour un secteur stratégique comme l'agriculture européenne ?

S'il est essentiel de lutter contre les pratiques protectionnistes qui déséquilibrent les marchés, il ne convient pas d'adopter la posture opposée qui consisterait à libéraliser totalement les échanges agricoles de zones radicalement différentes en termes économiques ou sociaux.


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Paris, le samedi 23 septembre 2017