Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Moscou joue à la roulette russe avec ses céréaliers

8 Juin 2015


« Gelées », serait presque un doux euphémisme pour qualifier les relations entre l’Europe et la Russie, tant les accrochages politiques et diplomatiques se multiplient : de l’embargo russe aux sanctions européennes, aux personnalités déclarées persona non grata sur le territoire de la Fédération, la sortie de crise ne paraît pas être éminente.

Le dossier agricole est l’un des points de crispation majeur de cette crise. Mais dans cette bataille, une récente décision de Moscou pourrait au contraire fragiliser davantage l’agriculture du pays et à terme peser sur les marchés agricoles mondiaux.

En effet, la Russie va introduire à partir du 1er juillet 2015 de nouvelles barrières sur les exportations de blé, bien que plus basses que celles appliquées au début de l'année à cause de l'effondrement du rouble. Cette taxe flottante s'élèvera au minimum au niveau symbolique de 50 roubles par tonne (0,87 €/t) pour un prix du blé inférieur à 11.000 roubles par tonne (191 €) puis augmentera progressivement.

Pourtant, ces taxes censées protéger le pays à long terme de hausses des prix en cas de rechute du rouble, pourrait pénaliser ses agriculteurs dans la mesure où elles s’apparentent à des mesures dissuasives visant à décourager les céréaliers de vendre leur production à l'étranger, empêchant les prix du blé d'augmenter en Russie.

Pour les céréaliers russes cette annonce est particulièrement inquiétante et frustrante, d’autant plus que la dernière récolte s'est révélée l'une des plus abondantes de la période post-soviétique, à 105 millions de tonnes tous types de céréales compris. Pour certains représentants du secteur, cette mesure ne fait que rendre davantage imprévisible la conclusion de contrats à long terme, qui, plus que jamais, dépendront de la volatilité des cours du blé et du rouble.

En cas de hausse des cours du blé à 300 dollars la tonne, les céréaliers perdront jusqu'à 20% de leurs revenus, s’inquiète ainsi Andreï Sizov, directeur de la société de conseil SovEcon.

La décision russe confirme une fois de plus le penchant du pays pour les politiques de stop and go, qui cette fois-ci risquent de pénaliser sa propre production céréalière, alors que le pays figure à la quatrième place des principaux exportateurs mondiaux de blé.

Pour Moscou, le caractère stratégique de l’agriculture est finalement à géométrie variable et ne répond pour l’heure qu’aux intérêts socio-économiques et géopolitiques immédiats, au détriment des agriculteurs du pays. Pourtant, le danger d’un repli protectionniste est ainsi aujourd’hui réel et n’arrangera en rien non seulement le sort de son agriculture mais la stabilité des marchés internationaux.

Haut de page
Paris, le lundi 25 septembre 2017